‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 67 sur 165 · VI. — LES HEFOULÉS ET LEURS MIGRATIONS · texte numérisé non relu

VI. — LES HEFOULÉS ET LEURS MIGRATIONS

Milet pélasgique. Les colonnes, au nomJjre de dix; sur la façade, s'élevaient à 18 mètres de hauteur, et l'entablement était renommé pour sa sveltesse . Le temple de Diane à Éphèse avait des colonnes de 20 mètres de haut, dont la partie inférieure était sculptée jusqu'à une certaine hauteur. Le principal auteur du plan était Ctésiphon. Le temple avait coûté, dit-on, deux cent vingt années de travail , et fut brûlé par un maniaque du nom d'Érostrate, qui, avide de gloire — passion bien grecque même dans son exagération maladive — n'avait pas trouvé d'autre moyen de rendre son nom immortel.

D'autres arts brillaient ou se développaient en lonie. La peinture y était encore dans lenfance, mais, si les noms d'Apelle et de Parrhasius n'appartiennent pas à l'époque dont nous parlons ici, le fait que ces deux grands peintres sont nés à Ephèse est assez significatif. L'orfèvrerie était florissante, et l'on cite un Théodore de Samos, qui monta sur or lémeraude du fameux anneau de Polycrate. Ce « tyran » — autrement dit chef populaire — de Samos, dont nous avons déjà parlé plus haut, était bien le type de l'Ionien riche et fortuné, à qui la vie sourit de toute manière, et qui, élevé dans un milieu très fin, très intelligent, a tout le loisir nécessaire pour ruminer les impressions de son esprit. Polycrate en était donc arrivé à se trouver malheureux d'être trop heureux, et, dit la légende, comme il tenait beaucoup à son anneau, il voulut s'infliger une privation en le jetant dans la mer. Le lendemain, la fortune obstinée le lui rendit dans les entrailles d'un poisson servi sur sa table. Théodore de Samos avait encore inventé, avec Rhœcas, l'art de fondre des statues. On lui attribue aussi l'invention de l'équerre, du niveau, du tour et des clefs. Glaucos de Chio, un autre statuaire, fondeur de métaux, inventait, dit-on, la soudure. Un autre artiste de Chio, Mêlas, entreprenait le premier de travailler le marbre. Précisément, l'île ionienne de Paros offrait aux sculpteurs de la région de magnifiques carrières de cette substance. A mesure que l'art progresse, les artistes emploient d'ailleurs toutes sortes de matériaux. L'or, le marbre, l'ivoire, le bronze, le bois, la terre cuite, s'alliaient et s'harmonisaient dans la même œuvre. Souvent

l'artiste était en même temps un ingénieuret unmétallurge. Puis, tandis que s'éveillait le souci d'idéaliser l'image des dieux, s'éveillait celui d'inscrire les faits et les généalogies des hommes, pour rinstnidion de la postérité, et des " logographes », comme Hécatée de Milet et Phérécyde de Léros, commençaient à s'acquitter de cette besogne. Tous les logographes ne sont pas ioniens, mais tous écrivent en ionien, parce que llonie a donné le branle. C'est ainsi qu'Hérodote, né sans doute à Hahcarnasse, colonie dorienne, mais établi ensuite à Samos et imprégné d'esprit ionien, devait écrire dans ce dialecte sa fameuse histoire, si voisine de l'épopée par le style, et divisée en neuf livres dédiés aux neuf iMuses.

La réaction de l'Ionre sur la Lydie; le type de Crésus. — Cet art trouvait de riches protecteurs, non seulement chez les riches bourgeois des villes et les chefs des cités, comme Polycrate, mais encore dans la première zone de l'arrière-pays asiatique, là où les « barbares » en contact avec la civilisation grecque appréciaient dans une mesure plus ou moins grande cette civilisation. Le royaume de Lydie, en particulier, joua un rôle spécial à ce point de vue. Ce royaume, dont la capitale était Sardes, occupait la haute vallée de l'Hermos et du Méandre. Il était traversé jjar la « voie royale » allant des rivages de l'Asie Mineure àl'Euphrate, lequel servait lui-même de route versNinive, Babylone, Suse et les autres « grandes capitales » des immenses empires orientaux. Il était, selon les temps, plus ou moins vassal de ces empires; mais son éloignement, en général, lui laissait une très forte dose d'indépendance. Il utilisait des mercenaires grecs, fournis par les cités greccpies du littoral. Le jeu des bannissements contribuait à entretenir ces vocations de condottieri. Le renversement du roi Candaule par Gygès paraît avoir été le triomphe d'un de ces aventuriers mercenaires, qui, détrônant la dynastie antérieure, y substitua la sienne. Les nouveaux rois de Lydie, grecs d'origine, tournèrent leurs ambitions du côté des cités grecques, et l'un d'eux, Alyatte, les réduisit à une sorte de vasselage qui respectait d'ailleurs leur autonomie. Mais le

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