VII. — IN COIN D lONIE EN ATÏIQUE
Dracon porta des lois terribles, où la peine de mort revient souvent, et dont on a dit plus tard, à une époque plus humaine, qu'elles avaient été « écrites avec du sang ». Cette exagération même montre à quel désordre le législateur criminel avait affaire. Il y avait peine de mort, par exemple, pour les voleurs d'herbes ou de fruits. C'est donc que les vergers et les prés étaient au pillage, et qu'il fallait réagir énergiquement, comme la sévérité de Richelieu contre les duellistes devait attester plus tard, en France, la multiplicité particulièrement dangereuse des duels. Toutefois, prodigue de la peine de mort pour les crimes contre la propriété, Dracon n'en abusa pas pour les crimes contre les personnes. Le meurtrier pouvait toujours se soustraire à la peine capitale par la fuite et l'abandon de ses biens. Dracon distingua d'ailleurs deux sortes d'homicides, et jugea nécessaire de les distribuer entre deux juridictions. Les meurtres prémédités continuaient à être jugés par l'Aréopage; mais, fait caractéristique, les meurtriers gardaient toujours le droit de « se bannir » avant la sentence. Les meurtres non prémédités furent jugés par un nouveau tribunal, celui des éphètes — c'est-à-dire « ceux qui envoient en exil » — car c'était par le bannissement qu'on punissait ces sortes de crimes. Ce même tribunal faisait payer « le prix du sang » et réconciliait d'office, par ce moyen, les familles ennemies, en tâchant de tuer dans l'œuf le germe des vendettas futures. Comme on le voit, Dracon, avec ses lois « draconiennes », était moins sévère pour le meurtre que nous ne le sommes aujourd'hui, mais c'est qu'il fallait compter avec l'opinion.
Il faut croire que ces diverses mesures furent assez soutenues par cette opinion pour produire des résultats appréciables. Au témoignage de Thucydide, les Athéniens furent les premiers des Grecs à ne pas porter constamment des armes sur eux. Voilà qui nous éloigne de ce type albanais que nous avons décrit plus haut, et ce petit détail d'habillement, à lui seul, montre quelle transformation sociale s'était accomplie dans la société athénienne. Sous quelle influence victorieuse s'accomplissait cette transformation ?
Le commerce et les perturbations e'conomiques : l'esclavage et le prolétariat. — Nous avoos vu que l'Attique était bien placée pour les communications par mer avec les iles et la côte d'Asie. Le meilleur port de l'Attique se trouvait au sudouest, vers le débouché de la vallée du Céphise. C'était le port de Phalère; mais, dans les temps anciens, aucune ville ne s'élevait là. On sait que la piraterie invitait les indigènes à bâtir leurs bourgades et leurs castels à une certaine distance de la mer, assez près pour profiter de celle-ci, assez loin pour se mettre à l'abri d'un i^aid de corsaires. Or, vers le milieu de la plaine du Céphise, s'élevait un groupe de monticules, dominé par un énorme bloc rocheux d'où l'on pouvait surveiller tout le voisinage. C'est là que s'était bâtie et développée Athènes. Le bloc était devenu l'Acropole, citadelle des rois et des dieux. A cette période de débuts, Athènes était peu commerçante, et longtemps, même après que les Athéniens se furent hasardés à descendre vers le rivage et à utiliser les ports naturels qui s'y trouvaient, elle se laissa éclipser par d'autres ports plus favorisés. Ces ports plus favorisés, comme se trouvant provisoirement sur de meilleures routes, étaient Corinthe, Égine et Chalcis.
Égine et Corinthe représentent un type mixte : celui du port maritime où, à une population soit ionienne, soit achéenne, est venu se superposer un groupe de dominateurs dorions trop peu puissants pour établir la discipline de Sparte, mais assez forts pour faire régner une sécurité propice aux affaires. Corinthe, à cheval sur son isthme, était admirablement placée pour évoluer vers le commerce à peu près pur. Égine, située dans une lie du golfe saronique, tout près d'Athènes, bénéficia tout d'abord d'une avance prise sur les populations de l'Attique, encore imparfaitement outillées pour la navigation. En outre, peuplée orginairement d'Achéens, peu éloignée d'Argos et de Mycènes, elle avait dû hériter en quelque manière de la splendeur de ces cités déchues. Bref, cette petite lie, vers les temps qui précèdent immédiatement le début de l'histoire classique, eut un haut degré de richesse. Elle déclina à mesure qu'Athènes montait.