VII. — u.\ COIN d'ionie en ATTIQUE
se ressentait de cette aptitude au commandement ou à la persuasion exercée autour d'eux par les roitelets homériques. Tous ces nobles se surveillaient et se jalousaient mutuellement, mais les circonstances leur commandaient de rester unis, d'abord parce qu'il fallait se défendre contre les Doriens, ensuite parce que l'unité de la cité attique, réalisée depuis plusieurs siècles, les prenait comme dans un cadre tout formé. Cette surveillance et cette jalousie mutuelles eurent à la longue pour nouvel ejffet de faire abolir l'archontat unique et à vie. Les chefs craignaient trop que l'un d'entre eux ne devînt prépondérant. Ces Achiiles ne voulaient pas d'un Agamemnon, roi des rois. En même temps, comme nous allons le voir, un impérieux besoin de justice agitait la masse et poussait à la création de magistratures. Les eupatrides décidèrent donc qu'il y aurait neuf archontes, et qu'on les renouvellerait chaque année. Six d'entre eux, sous le nom de thesmothètes, furent préposés à la justice. Un autre, le polémarque, prit en main la défense militaire. Un huitième, l'archonte éponyme, donna son nom à l'année, et eut dans son ressort quelques affaires intérieures. Enfin un neuvième, chargé d'un antique sacerdoce, reçut, ea souvenir des temps anciens qui exerçaient toujours leur prestige, le nom d'archonte-roi.
La lutte contre la vendetta : Dracon et l'Aréopage. — Il se manifestait, disons-nous, un vif besoin de justice. Ce besoin tenait en grande partie au fléau des meurtres privés. Le <; bannissement )) est frère du « banditisme ». Dans cet émiettement de de la souveraineté qui caractérisait la Grèce, les crimes demeu- ■raient facilement impunis, et la montagne était toujours là pour fournir au criminel un asile. C'était à chaque famille à se débrouiller, à se venger elle-même. De là des vendettas qui s'enchainaient les unes aux autres, car, naturellement, on voulait se venger du vengeur. Tous les membres de la genos, ou famille élargie, comprenant toutes les personnes qui se connaissaient un ancêtre commun en ligne masculine, étaient liés solidairement par l'obligation morale de venger le meurtre de l'un d'eux. xMais on conçoit que ce procédé rudimentaire entraînait de graves
abus, incompatibles avec Torganisation cVune cité stalîle et d'un travail progressif, car le travail a besoin de sécurité.
De bonne heure, en conséquence, les chefs avaient tenté de s'interposer pour arrêter ce chapelet de meurtres, ou tout au moins les rendre moins frécjuents. Le roi, environné des eupatrides, allait tenir séance sur un grand rocher, situé hors de la ville. Là, le meurtrier était cité à comparaître, car, ayant les mains souillées, il ne pouvait approcher des autels des dieux. Lappareil de ce tribunal, sa composition particulièrement aristocratique, étaient bien faits pour impressionner lopinion et montraient lùen la nécessité (pi'il y avait de mettre en ligne, contre la vendetta, les plus hautes et les plus augustes forces sociales. Tel fut le tribunal de l'Aréopage, fondé, dit la légende, par la déesse Minerve elle-même lorsque Oreste, poursuivi par les Furies pour avoir tué sa mère qui avait elle-même tué son père, vint se réfugier dans le pays. Pour la dernière fois, la vendetta fut excusée à égalité de voix, mais il fuf bien décidé que désormais le meurtre d'un Agamennon se serait plus vengé par son fils. Tel est le sujet de la pièce des Euménides, du poète Eschyle, qui reflète admirablement la transition d'un état social à l'autre, de celui où Ton se fait justice soi-même à celui où l'on se contente de porter plainte devant une autorité judiciaire régulièrement constituée.
Mais, dans la réalité, les choses ne se passent pas comme dans une tragédie, et de telles évolutions sociales ne peuvent s'accomplir en un jour. La vendetta, combattue par le roi et le corps des eupatrides, persista donc, sans doute avec des recrudescences intermittentes. Au meurtre se joignait le pillage, ressource naturelle des bandits. De nouveau, il fallut sévir. Ce besoin de sévérité était d'autant plus vif que. peu à peu, la culture avait pris l'essor et que les gens pacifiques avaient plus à perdre. Si les désordres demeuraient impunis, l'essor économique de la jeune Athènes se trouvait paralysé. Il fallait donc un homme sévère, un justicier à initiative et à poigne. Cet homme, dont le nom. sous forme d'adjectif, devait conquérir une célébrité proverbiale, fut l'archonte Dracon (62i).