‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 8 sur 165 · I. — LES PAYSANS BATISSEURS DE LA VALLEE. o · texte numérisé non relu

I. — LES PAYSANS BATISSEURS DE LA VALLEE. o

Au débouché de l'Hellespont s'ouvrent deux routes de cabotage.

La première se dirige vers le sud, le long des côtes extraordinairement découpées de l'Asie Mineure, qui seront plus tard l'Eolide, rionie et la Carie ; une foule de golfes excellents, où se déversent de petits fleuves, comme le Scamandre, le Caïcos, l'Hermos, le Caystre, le Marsyas, s'abritent derrière de capricieux promontoires et font face à des îles, dont les principales sont celles de Lesbos, de Chio et de Samos.

La seconde route se dirige vers l'ouest, le long de la côte de Thrace, moins découpée et moins hospitalière tout d'abord. Sur cette côte débouchent THèbre, le Nestos et le Strymon. Là encore, un chapelet d'iles oflre ses points de repère et au besoin ses refuges, si la côte n'est pas un asile assez sûr. Ce sont Lemnos, Imbros, Samothrace, Thasos. On arrive enfin à la péninsule de la Chalcidique, curieuse main à trois doigts et Grèce en miniature qui, de nos jours^ quoique faisant partie du territoire turc, est exclusivement habitée par des Grecs. Le mont Athos s'élève à l'extrémité de cette presqu'île, et sert, lui aussi, de point de repère aux navigateurs.

Cette route amène tout naturellement en Grèce, et, du reste, une multitude d'autres îles, un peu plus au sud, relient la Grèce à l'Asie Mineure, jalonnant plus qu'il n'est nécessaire la route des caboteurs les plus timides, et fournissant le moyen de passer d'un rivage à l'autre sans perdre un seul moment la terre de vue.

Cette immigration venue de Colchide donne le type pélasge. — Ces émigrants des anciens âges apparaissent, autant qu'on peut évoquer leur physionomie, comme des agriculteurs se propageant de rivage en rivage et d'ile en lie, occupant les petites vallées de proche en proche, se servant de leurs bateaux pour sauter de faibles espaces de mer et aller fonder par intervalles quelque établissement nouveau, à mesure que celui où ils étaient avait son plein contingent. Les discordes et les bannissements, à en juger par des phénomènes que nous aurons l'oc-

casion de constater dans la suite, ont dû accélérer ce mouvement d'émigration.

Ces hommes, pour plus de commodité, appelons-les les Pélasges.

Un des endroits où le souvenir des Pélasges s'était le mieux conservé dans les traditions était l'Arcadie. c'est-à-dire la partie centrale du Péloponèse.

La chose n'est pas étonnante, si l'on song-e que les rivages, exposés à une foule de contacts, devaient plus tard subir forcément de nouvelles influences qui, à la longue, comme nous le verrons, tendaient à modifier l'aspect primitif de la race. Les hommes de l'ancien type, devant ces invasions, se réfugiaient à l'intérieur.

C'est donc en Arcadie que le type du Grec absolument préhistorique parait s'être maintenu le plus longtemps. Aussi estce l'Arcadie que les souvenirs, à ce point de vue, ont particulièrement idéalisée. L'Arcadie, à travers ce prisme de la légende, apparaît comme un pays essentiellement rural, pacifique et heureux. C'est la patrie du dieu Pan, l'inventeur de la flûte. Évidemment la légende fait abstraction des événements fâcheux qui pouvaient troubler cette quiétude , mais elle reflète ce qu'il y avait de facile et de récréatif dans le travail de cette race.

Le travail est facile parce qu'il a pour base des occupations attrayantes, exigeant fort peu d'efibrts : pâturage de moutons et de chèvres, exploitation des arbres fruitiers, tels que l'olivier et la vigne, culture sommaire et clairsemée des céréales. Comme configuration, comme climat, comme productions, les vallées de la Grèce rappellent les vallées de la Colchide, et le genre de vie qui en résulte permet les mêmes loisirs, le même repos d'esprit, qui ne sont pas sans répercussion, de leur côté, sur la beauté physique de la race.

Pourtant, il est bien clair que la sécurité de ces populations ne pouvait être absolue. La guerre existait alors comme maintenant. Elle était même plus redoutable, et comportait des pillages, des massacres, des enlèvements dont il était bon de se

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