‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 7 sur 165 · I. — LES PAYSANS BATISSEURS DE LA VALLÉE · texte numérisé non relu

I. — LES PAYSANS BATISSEURS DE LA VALLÉE

Heure, puisqu'on a toujours la terre en vue, ce qui dispense de bien des calculs. Ces chapelets d'îles et ces golfes échelonnés semblent créés tout exprès pour le commerce de cabotage, commerce facile, lui aussi, avec de nombreuses haltes et des opérations de faible importance, sur une mer souvent belle et où le mauvais temps, lorsqu'il arrive, n'est pas difficile à éviter.

Le type du Grec ancien, lorsqu'on l'analyse, se décompose en trois éléments, ou, si l'on veut, en trois types fondamentaux qui ont réagi l'un sur l'autre et se sont plus ou moins combinés entre eux. Ce sont : le type de la vallée, le tyj^e de la montagne et le type du port maritime.

C'est le type de la vallée qui se développa tout d'abord.

Cette configuration favorise le peuplement par mer. — D'après la description qui précède, il est facile de voir que la Grèce (nous entendons par ce mot tout le monde grec) était beaucoup plus abordable par mer que par terre.

Comment fut-elle peuplée? Il est inutile de se reporter sur ce point à l'histoire proprement dite, qui ne commence guère qu'avec le sixième siècle avant Jésus-Christ. Il s'agit de faire une hypothèse vraisemblable en considérant la nature des lieux et en interprétant les traditions. Mais la suite de ce récit montrera que cette hypothèse initiale est confirmée par tous les faits historiques et peut seule les expliquer.

La légende de Prométhée, fils de Japet, mentionne, comme lieu d'origine de la race, la région du Caucase. Elle dit aussi que Prométhée était un Titan, et que les Titans étaient fils de la Terre.

Traduite en langage social, la légende peut signifier : les premiers habitants de la Grèce ont été des agriculteurs, venus des vallées qui sont au pied du Caucase.

Une autre légende antique raconte que Phryxus. fils d'Athamas, roi de Béotie, fuyant avec sa sœur Hellé le courroux de son père, prit la direction de la Colchide, située au pied du Caucase.

Or, ceux qui éprouvent le besoin de se réfugier quelque part ont une tendance bien connue à chercher asile là où ils ont des relations, des parents, et, en particulier, là où se trouve leur pays d'origine, en refaisant des routes qui leur sont familières, parce qu'ils les ont faites autrefois.

La Colchide s'appelle aujourd'hui Mingrélie. C'est une vallée débouchant sur la mer Noire, resserrée entre le Caucase au nord et les monts d'Arménie au sud. Elle est arrosée par deux cours d'eau, l'Ingour et le Rion. Ce dernier est l'ancien Phase, qui roulait des paillettes d'or.

Aujourd'hui encore, l'on trouve, dans cette double vallée, une population de laboureurs au travail facile, d'humeur gaie, d'instinct poétique, aimant les chants. Cette vallée abonde en arbres fruitiers et des savants assurent que plusieurs d'entre eux en sont originaires. Le type humain y est d'une remarquable beauté.

Des nomades guerriers, analogues aux Kurdes actuels, occupaient les montagnes qui emprisonnent la Colchide. Aux moments d'épreuves, les habitants de la vallée ne pouvaient fuir que par mer.

Tout porte donc à conjecturer que les Colchidiens ont émigré à une époque très lointaine. Navigateurs novices, ils se hasardèrent sur des bateaux de faible dimension, propres au cabotage, et suivirent le rivage méridional de la mer Noire, en s'arrêtant aux endroits où la montagne ne surplombe pas la mer. Us arrivèrent de la sorte aux Dardanelles, l'ancien Hellespont, ainsi nommé, d'après la légende, en souvenir de la chute qu'y fit Ilellé dans les flots. A cet endroit, la route bifurque, et FArchipel s'ouvre devant les navigateurs. Or, c'est précisément en ce point que s'élève Troie, ou, plus exactement, que se retrouvent les ruines de plusieurs « Troies » superposées. Les Troyens furent donc des Grecs, des Grecs d'avant la Grèce, et la fameuse guerre de Troie, dont nous parlerons plus loin, fut un « retour » contre des frères de race arrêtés en Troade, comme la fameuse expédition des Argonautes fut un « retour » contre d'autres frères de race demeurés en Colchide.

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