TX. — LES GUERRES ENTRE CITÉS
de cette ville, et c'est le lendemain seulement que, sur un discours plus modéré de Diodote, un contre-décret est expédié, par une galère plus rapide, pour commuer le massacre général en un massacre de mille Mytiléniens.
Sparte également a ses atnis; ce sont surtout les cités de race dorienne, ou dominées par les Doriens. Elle les tient, et depuis assez longtemps, par son prestige militaire. N'oublions pas ce phénomène constaté pendant les guerres médiques : toutes les fois que des contingents de diverses cités grecques se réunissent en une troupe, c'est le roi de Sparte qui, par acclamation, comme de droit, est choisi pour chef, même si son contingent est numériquement très faible. Il faut se représenter cette admiration intense et unanime pour la bravoure des Spartiates si l'on veut se rendre compte desgroupements survenus durantla guerre duPéloponèse, et même de l'attitude des Athéniens, qui n'oseront pour ainsi dire jamais affronter les troupes lacédémoniennes en rase campagne.
Ce sont là de grandes lignes; il y a des exceptions, des cités flottantes qui changent d'amitiés. Dans les cités ioniennes se trouve un parti qui s'agite en faveur de Sparte et qui, lorsqu'il triomphe, jette la cité dans l'amitié de celle-ci. De même, certaines cités doriennes recèlent des politiciens qui travaillent pour Athènes. C'est le parti démocrate qui incline vers celle-ci, parce que la démocratie, nous l'avons vue, est née du commerce et du bouleversement des fortunes. C'est le parti aristocrate qui marche avec Sparte, parce que la domination d'un petit nombre de citoyens, formant une caste fermée, gouvernant avec des principes traditionnels et de l'esprit de suite, convient mieux aux cités demeurées plus g-uerrières que commerçantes, plus montagnardes que maritimes. A Athènes même, nous le verrons, existe un parti favorable à Sparte, et, si l'on ne voit pas de Spartiates proprement dits embrasser la cause d'Athènes, l'expérience démontre que les ilotes, lorsqu'ils le peuvent, sont enchantés de fuir leurs dominateurs pour se réfugier auprès des Athéniens.
Cause qui a immortalisé un de ces chocs : Thucydide. — La guerre du Péloponèse (431-40i) est une « tranche » de l'histoire
interminable de ces guerres entre cités, corsées d'agitations intérieures dans chacune. Elle est célèbre à cause d'un historien de génie, l'Athénien Thucydide, qui l'a racontée en détail dans un ouvrage reconnu comme un chef-d'œuvre. Thucydide a pris part lui-même à cette guerre. Commandant d'une flotte athénienne, il fat banni pour n'avoir pu secourir à temps la ville d'Amphipolis^ en Thrace. Thucydide, qui possédait en ce pays de riches mines d'or, avait une situation indépendante qui lui permit de s'isoler. Chassé d'Athènes, il ne passa pas du côté de Sparte, et se mit à recueillir des documents sur les événements qui se passaient autour de lui. De cette situation dérivait une impartialité exceptionnelle. En artiste consommé, Thucydide enchâsse dans son récit deux sortes d'accessoires : 1° des parenthèses sur telle ou telle cité à mesure que son nom se présente ; 2° des discours faits de chic, qui, tout en reproduisant fidèlement la pensée des orateurs mis en scène, y ajoutent des réflexions plus ou moins profondes sur la situation, ce qui les rend plus intéressants en somme que ne le seraient des discours véritablement textuels. Comme les poètes tragiques, comme Pindare, comme tout le monde, l'historien a le goût des aphorismes, des maximes générales, des « vérités de la Palisse » placées artistement sur les lèvres à qui elles conviennent. Toujours est-il que les passions du temps et les remous des partis s'y reflètent admirablement.
Les partisans de la guerre à Athènes. — L'initiative de la guerre vint d'Athènes dans les conditions suivantes qui sont à noter, car elles mettent bien en jeu deux éléments sociaux importants : le rôle des bannis et celui des amis.
Des citoyens d'Épidamme, colonie de Corcyre Corfou) sur la côte d'Épire, ont été bannis et veulent rentrer dans leur cité. Les Corcyréens les appuient. Les Épidammiens résistent, et, contre Corcyre leur métropole, font appel à Corinthe, métropole de Corcyre. Menacés par les Corinthiens, les gens de Corcyre cherchent l'amitié des Athéniens. Sur quoi les Corinthiens invoquent le secours de Sparte, et toute la Grèce est en feu.