‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 96 sur 165 · IX. — LES GUERRES ENTRE CITÉS · texte numérisé non relu

IX. — LES GUERRES ENTRE CITÉS

Pour que la guerre fût possible, il fallait donc qu'il y eût à Athènes un parti de la guerre. Quel était ce parti?

Ce parti, c'est tout ce qui vit de la mer : du blé qui arrive par mer, de l'argent des tributs qui arrive par mer, du commerce qui se fait par mer, de l'industrie dont les produits s'écoulent par mer, des travaux exécutés pour la confection et l'équipement des navires qui tiennent la mer, des procès des alliés évoqués à Athènes grâce à cette intimidation qu'Athènes exerce par mer.

Il est facile de saisir, au premier coup d'œil, la composition de ce parti : il comprend la populace maritime duPirée, les ouvriers à qui la guerre navale donne du travail, les commerçants qui espèrent étendre leurs débouchés, les petits politiciens oisifs qui vivent, comme les juges du tribunal des héliastes, de salaires payés par la cité, la masse des pauvres à qui l'on distribue de l'argent et du blé sous divers prétextes. Il comprend, par raccroc, les « démagogues » qui, voulant mener le peuple, sont bien obligés de le suivre, les (ripoteurs qui manipulent l'argent des tributs, les sophistes qui forment les politiciens, quelques enfants perdus de grandes familles qui cherchent à se faire de la popularité en désertant leur caste pour flatter la multitude. En un mot, c'est V Athènes nouvelle, telle que l'a faite son merveilleux développement commercial et maritime . C'est contre cette Athènes que s'emportent Socrate, Platon, Xénophon, Aristophane, interprètes du parti opposé. C'est cette Athènes qui, après la mort de Périclès, va s'incarner dans Cléon, le fameux « démagogue », remueur de foules, à qui Aristophane fera dire par le chœur de ses Chevaliers : « 0 coquin impudent, braillard, tout est rempli de ton audace, l'Attique entière, l'assemblée, les finances, les décrets, les tribunaux. Tu as bouleversé notre ville, comme un torrent furieux; tes vociférations ont assourdi Athènes, et, posté sur une roche élevée, tu guettes l'arrivée des tributs, comme un pécheur guette les thons. »

Ce parti a intérêt à étendre le plus possible ce système de piraterie civilisée qui réussit avec Chio, Samos, Lesbos, les Cyclades, l'Hellespont, Byzance, etc. Plus on imposera Y amitié

d'Athènes à un grand nombre de cités, plus le bénéfice commercial et pécuniaire en sera considérable. Puisqu'on a l'empire de la mer, il faut en profiter. Il y a d'autres îles qui ne sont pas soumises (c'est-à-dire réduites à l'alliance obligatoire). Vaccaparement des îles : voilà, depuis Salamine, la grande tentation d'Athènes. Mais Athènes n'est qu'une cité, et ne peut pas « conquérir » dans le sens propre du mot. Il faut qu'elle persuade. De là des ambassades très nombreuses, qui font vivre toute une collection d'ambassadeurs. Ce sont des jeunes gens à la langue bien pendue, /«ro?75 des gouvernants, qui briguent cette occupation lucrative et vont proposer partout 1' « amitié » intéressée d'Athènes.

« En tous lieux, dit l'ambassadeur Euphémos aux gens de Camarina en Sicile, même là où nous ne sommes pas présents, soit qu'on se croie victime d'une violence, soit qu'on la médite, chacun se tient assuré d'avance... que nous viendrons en aide à l'opprimé'. » Cette « amitié » importune, qui vient s'offrir à qui ne la demande pas, a d'ailleurs pour aiguillon une crainte. Athènes cherche sans cesse à renforcer son empire de la mer, parce qu'elle a peur de voir quelque autre cité s'en emparer à sa place. Et le même ambassadeur dit dans le même discours : « Nous le répétons : c'est la crainte qui nous a fait prendre l'empire en Grèce; c'est la même crainte qui nous amène ici (en Sicile), pour y établir avec nos amis l'ordre qui convient à notre sûreté. »

Nous verrons plus loin quel irrésistible attrait la Sicile, ile 'productrice de blé, exerçait sur Athènes, attrait qui devint fatal à celle-ci. Quoi qu'il en soit, le peuple d'Athènes s'enflammait, de temps à autre, au récit qu'on lui faisait de terres lointaines à exploiter par mer, et de là cet « emballement » que raille Aristophane :

« Quel tumulte par toute la ville 1 Là, c'est une troupe de soldats tapageurs; ici on se dispute pour l'élection des triérarques; ailleurs on distribue la solde, on redore les statues de

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