VÉNÉRATION DES CORPS CÉLESTES
les grandes mythologies, le Soleil est un être mâle, la Lune un être femelle ; mais on trouve la situation renversée chez les Australiens, les Esquimaux, les Ahts, les Caraïbes, les Kasias. — Chez les Botocoudos, le nom de la lune, tarou forme la racine de tous les mots qui servent à désigner les phénomènes ou les corps célestes.
En outre, la Lune est plutôt la divinité des peuples nomades et chasseurs ; le Soleil des peuples agricoles. — La Lune, ' par ses variations périodiques, excite davantage l’étonnement et la réflexion chez les esprits incultes; son apparition au milieu des ténèbres, frappe plus l’imagination que la lumière égale et graduelle du jour.
L’importance ainsi que le caractère sut generis du Soleil et de la Lune font que ces astres continuent à être adorés comme objets concrets, alors même que le culte s’est transféré, en général, des objets, des phénomènes et des êtres individuels aux grandes divinités abstraites des espèces et des catégories. Aussi l’homme, même dans les mythologies idolâtriques, n’éprouve-t’il pas la même nécessité de se représenter ces deux divinités sous des formes humaines.
Explication des prêtres d’Hiérapolis que, si leur temple renfermait les images de tous les dieux à l’exception du soleil et de la lune, c’était parce que ces deux divinités pouvaient être contemplées directement (Lucien De Syria Dea, IV, 34).
Cependant l’habitude de représenter les êtres divins par des images conventionnelles, amène aussi à diviniser le soleil et la lune sous des traits plus ou moins en rapport avec leur apparence réelle.
Chez les Péruviens, visages à rayon d’or pour le soleil, d’argent pour la lune. — Parmi les Tongouses un visage humain pour le soleil ; un demicercle pour la lune. — La Lune représentée par Tsui Goab « genou mutilé » chez les Hottentots et par Eitsi Eibib « face de bois » chez les Namaquas. — Le Soleil regardé comme une roue vivante (Aryas). — Comme un poisson ou un oiseau: les dieux solaires à tête d’épervier (Egyptiens) ou à corps de poisson (Chaldéens) marquent la transition à la conception d’un dieu du soleil taillé à l’image de l’homme (Hélios).
On en vient ainsi à la conception de divinités distinctes qui régissent le soleil et la lune ; ceux-ci deviennent leur barque (Égyptiens), leur char (Indo-Européens), leur litière (Mexicains).
Le dieu du soleil, une fois conçu sous des traits humains, ne tarde pas à conquérir une place importante dans la religion (Ra, Hélios, Samas, Mithra, Inti, etc.); souvent il joue le rôle de personnage divin venu en ce monde pour instruire
60 cours d’histoire des religions.
les hommes dans les arts de la civilisation, particulièrement de l’agriculture, et pour délivrer la terre de ses monstres (Merodach, Dagan, Vishnou, Apollon, Hercule, Maui, les civilisateurs mythiques du Pérou et de l’Amérique centrale).
Dans les traditions de l’Europe, on trouve encore aujourd’hui les personnages solaires à l’état d’enchanteurs, de guerriers, de héros de légendes et de contes (le prince Charmant).
Le culte du soleil a également persisté, soit avec une application nouvelle dans certaines fêtes chrétiennes (origines de la fête de Noël), soit dans certaines coutumes populaires (bûches de Noël ; feux de la S* Jean, les roues enflammées qu’on faisait rouler à travers les champs au solstice d’été, etc.).
B. Les étoiles , planètes et constellations. — Les étoiles ont passé, soit pour les âmes des morts, soit même pour des hommes transportés au ciel, (chez les Égyptiens, les Sémites, presque tous les Indo-Européens, les Kasias, les Australiens, les indigènes des Mariannes et les Esquimaux).
Certaines étoiles ont, par leur éclat ou leur groupement, attiré de bonne heure une attention spéciale. Mais comment a-t-on pu les prendre pour les membres d’un homme, d’un animal, d’un être fantastique ou encore pour les acteurs d’une chasse, d’une danse, d’un combat?
Ce phénomène a été observé chez les Égyptiens, les Sémites, les Indo- Européens, les Australiens, les Maoris, les Kanaks, les indigènes des deux Amériques, etc.
Thèse que les hommes auraient désigné les constellations par des dessins hiéroglyphiques ; puis auraient considéré ces symboles comme l’image de la réalité. — Mais la même illusion se retrouve chez des peuples qui n’ont jamais connu l’écriture hiéroglyphique.
Thèse de M. Max Muller qu’on aurait originairement distingué les étoiles ou leurs groupes par des qualificatifs servant également à caractériser d’autres objets; puis qu’ayant oublié le sens primitif de ces appellations, on aurait conclu à l’identité de la constellation avec l’objet ou l’être dont elle portait le nom. — Improbabilité que les peuples de toute langue et de toute race aient été conduits par l’oubli de la signification primitive de certains mots, à voir dans le ciel les objets et les êtres les plus divers. — D’après Dacosta, il n’y avait pas, aux yeux des Péruviens, un animal ou un oiseau dont le type ne fût représenté dans les étoiles.
Il ne reste qu’à invoquer la fertilité de l’imagination humaine qui, tant qu’elle n’a pas atteint un certain degré de développement, prend sans cesse les rapports d’analogie, même les plus arbitraires, pour des rapports d’identité.