DIXIÈME LEÇON
Vénération du ciel et de la terre.
(Ouranolâtrie et Chthonisme).
La conception du ciel et de la terre exige un effort de réflexion et un degré de généralisation qui ne se rencontrent guère chez les nations les plus arriérées; mais, aussitôt conçus, ils sont personnifiés et divinisés ; le ciel ne tarde même pas à prendre la première place parmi les dieux.
Absence dn ciel et de la terre parmi les objets de la vénération chez les Boschmans, les Hottentots, les Fuégiens, les Australiens, les Brésiliens des bois.
Personnification du ciel comme voûte solide (Peaux-rouges, Polynésiens, Indo-Européens) ; comme élément éthéré (Grecs ; la définition de Zeus dans Euripide).
Le ciel embrasse et domine tout, bien qu’intangible. Tout périt, même le soleil qui s’éteint chaque soir; seule la voûte céleste ne meurt jamais. Aussi le Ciel passe-t-il déjà pour la Divinité suprême chez des peuples aussi peu avancés que les nègres, les Sibériens, les Peaux-Rouges.
Le ciel est généralement considéré comme l’auteur des phénomènes auxquels il paraît servir de théâtre.
Ou bien on les tiendra pour ses enfants ou ses subordonnés (Polynésiens, Grecs) ou bien on les regardera comme ses manifestations : les nuages deviennent ses voiles; les pluies sa semence, la foudre son arme, le soleil et la lune ses yeux, etc.
Souvent le Ciel, après avoir atteint le premier rang parmi les objets et les phénomènes divinisés, reste relégué à l’arrièreplan du culte qui se porte de préférence sur les divinités inférieures.
En effet, le soleil, le vent, la pluie, les arbres, les animaux, les fétiches, interviennent plus directement que l’azur céleste dans les événements terrestres ; or, le culte des non-civilisés est essentiellement intéressé. —