VÉNÉRATION DU CIEL ET DE LA TERRE
Les Ashantis et les Tongouses disent que le Ciel, après avoir crée le monde, en a délégué le gouvernement aux esprits secondaires.
Il ne garde en général sa primauté dans le culte que chez les peuples où, la société des puissances divines étant organisée sur le modèle des communautés humaines, il est placé à la tête de la hiérarchie, soit comme Roi (Shang-ti, l’empereur céleste des Chinois) soit comme Père (Dyaus-pitar, £svç Ttanjç, Jupiter) ; ou encore quand il est surtout invoqué comme Ciel ventant (Peauxrouges, Germains); Ciel pleuvant (Gallas, nègres de la côté occidentale, Inde centrale), Ciel tonnant (indigènes du Ghazal, Finnois, Cafres).
Le Cœlo tonantem credidimus Jovem a son équivalent textuel dans les Vedas « Quand Indra lance la foudre, alors les hommes croient en lui » (Rig. Ved. I, 55, 5).
Là où la personnification du Ciel pluvieux ou orageux vient se placer à côté de la personnification du Ciel-voûte, elle détrône rapidement cette dernière (Indra succédant à Varouna ; Odin et Thor à Zio).
Le Ciel-dieu finit par faire place au dieu du ciel, c’est-à-dire à une divinité distincte dont le ciel est simplement la résidence (Tanga-roa, Oukko, Assour, Ahura Mazda, Jahveh).
Chez les Chinois, la première conception persiste encore : l’esprit du ciel, Thian, n’est pas séparé de la voûte céleste qui lui sert de corps. — II. en est de même chez les Ojis, dans le Bonny et l’Aquapim, où le même mot désigne la voûte céleste, la divinité du ciel et la pluie ou les nuages.
La succession des deux conceptions peut s’observer chez les Finnois, qui, après avoir adoré Youmala, le Ciel tonnant, le remplacèrent par Oukko, le vieillard céleste qui dispose du tonnerre. — Chez les Chaldéens Anou, le Caché, semble avoir remplacé Ana, l’Elevé. — Chez les Indo- Européens, le Ciel-père devint le Père qui est au ciel ; la transition est prise sur le fait dans l’Inde, en Grèce et à Rome, où le Ciel est traité, tantôt comme la voûte céleste (Jupiter pluvius, sub Jove vivere, Zevç vei etc.), tantôt comme le Régent de l’éther.
A côté du Ciel-père se trouve généralement la Terre-mère, regardée comme son épouse (Peaux-rouges, Caraïbes, Polynésiens, Khonds, Finnois, Indo-Européens).
La Terre divinisée est encore l’objet d’un culte chez les Chinois, les Tongouses, certains arborigènes de l’Inde) ; elle devient généralement la déesse de la terre, là où le Ciel devient, de son côté, le dieu du ciel.
cours d’histoire des religions.
La Terre s’étend en face du Ciel qui la recouvre ; tout ce qui vit semble se trouver entre eux; d’où l’idée de leur attribuer la création, comme effet, soit de leur union, soit de leur séparation.
La croyance que la disjonction du ciel et de la terre a seule permis aux êtres vivants de se produire se retrouve, sous forme mythique, chez les Comanches, les Polynésiens, les Chinois, les Egyptiens, les Germains, peut-être les Grecs.
En cas d’opposition entre le Ciel et la Terre, c’est généralement le ciel qui passe pour l’Être bienfaisant, et la terre est regardée comme une marâtre (Esquimaux, Finnois).
La terre passe surtout pour bienfaisante, quand elle est regardée comme la déesse des moissons (la Tari Pennou des Khonds, la Centeotl des Aztèques, Dêmêter et Cérès).
Un pas de plus, et l’on regardera le Ciel comme le créateur de la Terre elle-même, qu’il tire, soit du chaos primordial, soit de sa propre substance. La première hypothèse conduit au monothéisme : le ciel devient le créateur universel, distinct du monde (Ahura Mazda, Jahveh) ; la seconde au panthéisme : le Ciel devient l’être unique en qui se déroule la trame de l’univers (le Z eus des Orphiques). — Les deux conceptions sont en germe dans les Védas.