HIST. MODERNE. T. II. 4* ÉDIT
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fameux, qui n'araient plus alors tout Tédat de leur gloire pour auréole , et l'admiration des spectateurs pour mobile. Vous avez pu remarquer que beaucoup d'entre eux perdaient à vos yeux cette élévation qui vous les avait fait regarder jusqu'à ce moment comme des êtres surnaturels : c'est que peu d'honh mes, en effet , peuvent se soutenir ainsi toute leur vie au-dessns d'eux-mêmes, et ceux-là seuls qui sont vraiment gran(b peuvent supporter cette épreuve.
Un de ces princes qui semblaient destinés à marquer leur passage sur la terre par des actions éclatantes et des qualités ëminentes, fut certainement Frédéric II, l'un des génies les plus extraordinaires dont il soit question dans l'histoire. J^ bien, je vais essayer de vous montrer ce conquérant dans la retraite, déjà avancé en âge, mais toujours animé d'un esprit actif et infatigable qui semblait avoir conservé toute la vigueur de sa jeunesse.
Frédéric le Grand, mes bons amis, était d'une taiHe médiocre , mais bien
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proportionnée; en vieillissant , ses épaules s'étaient voûtées , et il avait la tête penchée à droite , habitude que Ton attribuait au goût passionné qu'il avait longtemps conservé pour jouer de la flûte. Ses yeux étaient vifs et spirituels, et son regard sévère et pénétrant ; sans cesse vêtu rigoureusement de son habit militaire, il ne le quittait même pas lorsqu'il était malade ; et l'on raconte qu'un jour où une douloureuse attaque de goutte l'obligeait à se tenir couché , il s'était jeté sur son lit, ayant son chapeau à cornes sur la tête , ses grosses bottes aux jambes et son épée au côté. C'était dans ce costume qu'il se montrait au petit nombre de personnes qu'il voulait bien admettre en pareil cas à ses conversations, dans lesquelles il aimait à éprouver quelque contradiction, pour avoir occasion d'exercer son esprit caustique et railleur.
Au palais de Charlottenbourg et aux autres demeures royales élevées par son père et son aïeul , Frédéric préférait un
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petit cMteau qu'il avait fait bâtir tout exprès pour y vivre entièrement en phi- LOSOPRR, disait-il y c'est-à-dire selon ses goûts; il lui avait donné le nom de Sans- Souci , parce que c'était en effet dans ce séjour qu'il se flattait de finir sa vie, exempt de soucis et de peines. Là , sans gardes , sans courtisans , il se montrait accessible à ses sujets et à tous les étrangers de distinction que la curiosité ou l*admiration attirait auprès de ce prince qui avait rempli l'Europe de son nom.
Il prenait surtout plaisir à y recevoir les voyageurs français , pour lesquels il eut toujours de l'estime et de la bienveillance, et dont il entendait et écrivait parfaitement la langue. Sa correspondance continuelle et piquante avec les hommes les plus célèbres de son temps , au premier rang desquels je dois vous citer Voltaire, l'un des plus grands écrivains dont s'honore la France ; les soins de son gouvernement, auxquels jusqu'à son dernier jour il donna toute son attention ; les exercices militaires de son armée, les au-