IV AVERTISSEMENT
que nos devanciers n'avaient fait qu'entrevoir, a II faut , » a dit l'un de nos plus illustres écrivains, <c que la ré- « forme descende jusque dans ces es- « pèces de catéchismes que l'on met « entre les mains des enfants. » Cette pensée , qui renferme tout un avenir pour l'enseignement élémentaire de l'histoire , a été comprise , et le public jugera si, par notre persévérance, nous avons été digne de concourir au moins à la développer.
MODERNE
lOTfiODUCnON.
Pour bien comprendre leshistoires que je vais vous raconter à présent , mes jeunes amis , repassez rapidement dans votre mémoire les principaux événements que vous avez appris jusqu'à aujourd'hui , dans les difTérents livres qui ont été mis sous vos yeux , depuis la fin de l'histoire romaine.
Ainsi y pour ne vous rappeler que les événements les plus remarquables du
HIST. MODERSE, T. I, 4« ÉD. , *
moyen âge, il me suffira de vous nommer quelques-uns des peuples barbares qui envahirent successivement le» différentes proviaoes de Tertipire d'Occident, pour y fonder à leur tour de puissantes monarchies. En Espagne, ce sont les Visigoths ; dans la Gaule, les Francs et les Burgondes ; en Italie, les Lombards; en Germanie , les Suèves et les Allemands ; dans la Grande-Bretagne , les Angles et les Saxons.
Yers le même temps Pempire d'Orient * est menacé par des nations nouvelles que l'Asie semble vomir aux portes de Constantinople. D'abord , ce sont les Avares , les Bulgares , les Turcs même, originaires de la haute Asie et de l'extrémité de la mer Caspienne : bientôt les Arabes , tenant d'une main le cimeterre et de l'autre le Koran de Mahomet, envahissent la Palestine, la Syrie, l'Egypte, toute l'Afrique septentrionale, et traversent le détroit de Gibraltar pour fonder en Espagne une monarchie de huit siècles ; la Gaule même est le théâtre
rniftODucnoii. S
de leura ravages , et le sabre des musulmans vient se briser, dans les champs de Poitiers , sur l'armure impénétrable de Charles Martel. Partout la force et la violence sont devenues les seules lois ; les peuples et les rois sont plongés dans la barbarie , et si quelques connaissances encore se sont conservées en Europe , c^est dans le silence de quelques monas* tèreSyOu derrière les murailles de Constan tînopfe, qu'elles ont trouvé un refuge.
Tout à coup un grand prince, un homme à jamais célèbre surgit au milieu de ce bouleversement général ; Charlemagne, dont le nom se trouve lié au berceau de toutes les nations de l'Europe, arrête , par la puissance de son génie, Tirruptioa de la barbarie et celle des envahisseurs du Nord et du Midi ; seul d'abord , à la tête des Francs , il force la Gaule entière , Tltalie , une partie de l'Espagne, à faire rétrograder les peuples barbares vers les régions d'où ils se pré* cipitaient sur l'Occident depuis quatre siècles.
Les nations germaniques s^arrêtent ; les Saxons vaincus deviennent une barrière contre de nouvelles invasions ; tous les peuples de l'Europe tendent à prendre une situation fixe ; et c'est dans le palais d'Aix-la-Chapelle que l'on voit ^ pour la première fois, des savants réunis par Charlemagne faire entendre au monde d'autres paroles que des cris de guerre ou de désespoir. Malheureusement, mes jeunes amis, l'époque de Charlemagne n'est qu'une lueur de beau temps entre tant d'orages , et après lui de nouvelles tempêtes doivent s'élever.
A peine le grand empereur a-t-il cessé de vivre, que d'autres périls viennent assaillir son ouvrage ; ce sont ses propres enfants qui préparent la ruine de l'édifice que son génie a fondé. La France^ l'Italie , la Germanie forment autant de royaumes distincts, et le démembrement de l'empire de Charlemagne, qui ne doit plus bientôt avoir de bornes, est commencé par les fils de Louis le Débonnaire.
En roéme temps des peuples nouveaux, les farouches Normands, couTrent de leurs barques innombrables les rivages de la Germanie et de la Gaule ; ils se montrent à la fois à Tembouchure de r£lbe , du Rhin et de la Loire , dévastent les campagnes et surpassent en cruauté tous les Barbares qui les ont précédés. Les voilà déjà remontant sur leurs longues barques le cours de la Seine , qui environnent Paris de flammes et de cendres; les murs mêmes de la vieille cité seraient de vains remparts contre leur rage, s'ils n^étaient défendus par le vaillant comte Eudes , qui , le premier^ doit soutenir le poids d'une couronne que les indignes fils de Charlemagne n'ont plus la force de supporter. Il faut enfin que le plus faible et le plus malheui*eux des Karolings, pour mettre un terme à tant de dévastations^ abandonne aux hommes du Nord une des plus belles provinces de son royaume ; et de ce moment les Normands ont pris rang parmi les nations européennes, quils
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doivent bientôt après surpasser par leurs exploits.
En effet, cent ans sont à peine ëcoulës que déjà la Normandie est trop étroite pour contenir cette race turbulente et aventurière. Nouveaux chrétiens , on les voit se porter en foule à Jérusalem , cachant leurs redoutables épées sous de longues robes de pèlerins. Chemin faisant, une famille de héros, les fils deTancrède de Hauteville fondent un royaume en Italie ; et ce sont de simples chevaliers de Normandie <\m viennent conquérir Naples et la Sicile.
A la même époque , un homme , aussi de race normande , dont la ruse et Thabileté n'ont point d'égales, Guillaume le Conquérant passe en Angleterre , et il y devient le fondateur d'une monarchie qui, de nos jours , atteint le faîte de la gloire et de la puissance.
Mais les nations nouvelles ne doivent point encore respirer après tant de secousses. Jusqu'alors, l'Orient et l'Occi- . dent n'ont été mêlés l'un à l'autre que
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par le$ irruptions des Califes ; maintenant, au contraire, c*est l'Europe qui va se précipiter sur TAsie avec une égale ferveur religieuse. La voix de Pierre r£nnite ébranle les peuples , les sei« gneurs, les rois enfin ; toutes les nations européennes marchent ensemble sous la ffléme bannière de la croix. Des millions d'hommes se mettent en marche pour aller se prosterner sur la pierre qui couvre le tombeau de Jésus-Christ ; une foiscom* mencéy trois cents ans d'agitation suffisent à peine pour calmer ce mouvement prodigieux qui soulève les nationscomme les vagues de la mer dans une tempête : cependant le sang qui coule dans ces entreprises lointaines et périlleuses n'est point perdu pour l'humanité; au milieu des dangers communs^ les hommes apprennent à se connaître et à s'estimer; les barons cessent de mépriser le pauvre peuple ; la religion etle malheur rapprochent tous les hommes; l'orgueil des seigneurs est abaissé par l'admiration que leur inspire la valeur brillante de leurs vassaux.
Mais ce qui n'est pas moins profitable pour le genre humain , ce sont les connaissances que rapportent les croisés de ces longs voyages; la navigation, les courses périlleuses leur deviennent familières ; ils apprennent en Orient la médecine, l'astronomie, la géographie, dont aucun d'eux auparavant n'avait la moindre idée : il y a des hommes féroces encore en Europe , mais déjà il n'y a plus de barbares.
C'est aux Croisades que se rapportent aussi les premiers essais du commerce , qui bientôt doit enrichir les nations et fonder des Etats considérables 5 c'est là peut-être qu'il faut chercher, dans un avenir encore bien éloigné, le germe de cet esprit d'aventures et de recherches, qui en se perpétuant parmi les peuples de l'Europe, doit donner lieu plus tard à des voyages bien autrement difficiles que ceux des Croisés.
Bientôt après commence en Europe (malgré les agitations qui la transforment encore en une arène sanglante où
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les peuples et les rois descendent tour à tour), le goût des inventionset desdécouvertes qui doit, en quelques siècles, produire tant de merveilleux résultats. Justi* nien a introduit en Grèce et en Italie la culture du mûrier et Tart de recueillir la soie, cette matière précieuse que des villes entières de ces deux contrées savent bientôt transformer en étoffes recherchées qui deviennent pour elles une source d'immenses richesses ; peu à peu le parchemin prend la place du papyrus d'Egypte, et le papier succède au parchemin. La poudre à canon est introduite en Europe par. les Maures d'Espagne, et rend désormais inutiles ces lourdes armures de fer que les hommes de notre temps peuvent à peine soulever ; un marin italien découvre la boussole, et les mers n^ offrent plus qu'un chemin assuré au navigateur ; en6n un simple ouvrier de Mayence invente l'imprimerie, la plus puissante de toutes les découvertes humaines : dès ce moment , mes jeunes amis, le retour à la barbarie devient im-^
possible ; la pensée humaine ne connaît plus de bornes; avec la boussole et Fini"» primerie, Thomme peut tout entreprendre : rien n'est plus au-dessus de ses forces et de son intelligence ; la nature même ne lui oppose plus d'obstacles^ et Christophe Colomb va découvrir le Nouveau-Monde.
Mais tandis que l'humanité marche ainsi de merveille en merveille, de grands événements se sont succédé dans les principales contrées du monde. Constantinople, qui jusqu'alors a été le plus solide rempart de la chrétienté contre l'islamisme, vient de tomber au pouvoiv de Mahomet II ; la postérité de Rodol-* phe de Hapsbourg possède l'empire d'Allemagne : Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille s'emparent de Grenade , et chassent les Maures de l'Espagne. Sur le trône de France est assis Louis XI , le seul cruel et le plus habile de nos rois ; en Angleterre , les Tudor ont mis un terme à la lutte sanglante des deux Roses, et Henri VU prélude à la puissance que
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la, Grande-Bretagne doit atteindre sous ses successeurs.
Ne semble-t*il pas alors, mes bons amis, que le monde entier, fatigué de tant de secousses et de batailles, dût enfin faire trêve à des agitations si souvent renou* velées ? Eh bien ! au contraire, c'est alors que s'ouvre une nouvelle période de travaux et de progrès, à laquelle on donne le nom d'HisToiRE Moderzie , parce qu'elle ne s'arrête plus qu'aux temps les plus voisins de notre siècle. C'est cette histoire, qui n'est pas moins remplie de faits intéressants que toutes celles que vous connaissez déjà , que je vais vous raconter tout à l'heure ; et, avec un peu de persévérance et d'attention , vous connaîtrez bientôt tout ce qui s'est passé de mémorable sur la terre , avant le temps où nous vivons.
1^ CO$MK DE MÉDiaS.