‹ L'histoire moderne, racontée à la jeunesseChapitre 20 sur 117 · LE COTÏNÉTABLE DE BOURBON · texte numérisé non relu

LE COTÏNÉTABLE DE BOURBON

Depuis ran 4599 jusqu'à l'a» 41(35.

Quoique la rivalité de Charles-Quint et de François I*** fût connue de toute l'Europe, mes jeunes amis, ces deux princes ne s'étaient pointencore mesurés l'un contre l'autre, lorsque le roi de France, à qui les revers de Lautrec dans le Milanez avaient inspiré un vif ressentiment, résolut de passer lui-même en Lombardic avec une armée pour chasser les Impériaux du duché de Milan , dont Charles avait investi François Sforcepeu d'années auparavant. Le monarque français se mit donc en marche pour cette expédition, suivi des plus braves et des plus fameux capitaines de son temps, et il se disposait à passer les Alpes, lorsqu'il apprit avec

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douleur qu*un complot avait ëté fonnë par un des plus grands seigneurs de France pour livrer plusieurs provinces de ce royaume à ses ennemis, pendant qu41 serait occupé à guerroyer en Italie.

Le seigneur qui avait eu le malheur de se laisser séduire par les promesses de Tempereur, pour commettre cette trahison, se nommait Charles, duc de Bourbon ; il était à la fois le proche parent du roi et le Connétable du royaume , c'està-dire le général de toutes les armées françaises ; mais son caractère était hautain, turbulent et ambitieux, et sous prétexte que François lui avait fait une injustice en accordant à un autre capitaine un poste qui aurait dû lui appartenir, il haïssait mortellement ce monarque, et surtout sa mère, Louise de Savoie, duchesse d'ÂNGOULÊME , à qui François avait confié la régence du royaume pendant son absence.

Dès que le roi fut averti que le Connétable avait consenti à trahir sa patrie pour servir les ennemis de la France , il

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en ressentit une peine amère ; mais comme il avait trop de loyauté et de franchise pour croire qu'un prince de son sang fût capable d'une telle infamie, il se rendit aussitôt lui-même auprès de Bourbon , et lui fit connaître de quel crime il était accusé : cependant celui-ci , qui feignait en ce moment d'être malade et alité pour n'être point obligé de suivre le roi en Italie, lui jura avec tant de ser» ments que jamais il n'avait conçu cette coupable pensée, que François, confiant comme le sont toujours les âmes gêné* reuses, ne douta point que son cousin n'eût été victime de quelque calomnie , et le quitta pleinement rassuré sur sa sincérité.

C'était pourtant une lâche et honteuse perfidie , mes bons amis, que venait de commettre alors le Connétable; car à peine le roi Teut-il quitté, que, sortant précipitamment de son lit , il appela un de ses serviteurs nommé PoMPiaiiiTy dont il connaissait le dévouement absolu, et se faisant apporter un déguisement qui

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le rendait méconnaissable, il monta à cheval , suivi de ce seul compagnon , et prit la route d'Italie par des chemins détournés pour atteindre le Milanez avant Tarmée française , et joindre les Impériaux qui l'attendaient. Ce ne fut pas pourtant sans avoir couru de grands dangers que Bourbon accomplit cette foite honteuse , et sans l'adresse de son fidèle serviteur, il eût été reconnu plusieurs fois par les soldats français qu'il rencontrait sur les routes. Quoi qu'il en soit, les deux fugitifs échappèrent à toutes les poursuites , et atteignirent bientôt l'armée impériale, dont Charles, appelé alors en Espagne pour réparer les malheurs de la guerre civile , avait confié le commandement au vice-roi de Naples, nommé Lai^gt, qui passait avec raison pour un des premiers capitaines de cette époque.

Peu de jours après la fuite du dUc de Bourbon , François I**", qui avait appris en chemin l'odieuse trahison de son cousin , arriva lui-même dans le Milanez ,

iM oomftntïM M lomoif. 195 dû il trouva son armée rassemblée soos les ordres d'un général français, appelé Boim ivzT, dans lequel il avait mis toute sa confiance. Ce n'est pas que Bonnivel fiit plus habile à la guerre que d'mitres capitames, quoiqu'il eût un grand co«h rage et un TÎf désir d'aequérir de ht gloire (car ces qualités, qui sufiisent à un simple soldat y sont plus nuisibles qu'utiles h un général dont la prudence doit être le premier mérite); mais Bonnîvet étain si vaillant , si gai dans les périls, si: entre*prenant, que François I*', dbnt l'humeur était aussi vive que légère, lui avait donné la préférence sur tous les généraux plus expérimentés dont il était entouré.

Cependant , le roi ayant été infermé qu^une ville de Lombardie nommée Pa\ ie renfermait une grande quantité d'armes et de provisions que les ennemis y avaient déposées, résolut-de s'en rendre maître, et vint Tassiéger avec toutes ses troupes; mais comme Pavie était défendue par un capitaine espagnol d'une bravoure éprou-

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yée y Tannée impériale , conduite par Lannoy et le traître Bourbon lui-même, eut le temps d'arriver au secours de la place assiégée. La plupart des vieux capitaines qui accompagnaient François I"^ le conjurèrent d'éviter la bataille que les ennemis venaient lui ofTrir, en lui représentant qu'un simple revers pouvait lui être fatal ; mais Timpétueux Bonnivet fut d'un avis contraire, et ce sentiment , plus conforme au caractère impatient du roi, devint cause d'un grand malheur.

En effet, mes botis amis, une terrible bataille s'étant engagée sous les murs de Pavie, la victoire, après avoir été vivement disputée de part et d'autre, se déclara pour les Espagnols, et je dois vous dire que depuis les désastreuses journées de Crécy, d'Azincourt et de Poitiers dont vous avez lu le récit dans d'autres livres, jamais défaite ne fut aussi funeste à la France* Après avoir combattu avec toute la valeur d'un jeune soldat et la prudence d'un vieux capitaine, François T', ayant vu périr autour de lui tous les seigneurs

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de sa suite qui avaient cherché à lui faire un rempart de leurs corps, fut renversé lui-même de son cheval; mais, s'étant aussitôt relevé, il se défendait encore avec intrépidité , résolu de vendre chèrement sa vie , lorsque Pompérant , ce même serviteur qui avait suivi le conné* table de Bourbon , s' élançant au travert des lances espagnoles , supplia le roi de conserver ses jours en livrant son épée aux ennemis qui Tentouraient ; mais François, indigné qu^un traître osât rapprocher, refusa de se rendre son prisonnier, et ne voulut remettre son épée qu^à Lannoy lui-même, qui, mettant un genou en terre pour la recevoir avec plus de respect, le supplia d'accepter la sienne en échange , afin , dit-il , que le roi de France ne parût point désarmé devant les sujets de Tempereur. Cette générosité du général espagnol toucha vivement le monarque prisonnier, qui lui en conserva toute sa vie une profonde reconnaissance.

Je ne saurais vous dire , mes jeunes

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amis, quelle fîit la consternation de toute la France lorsqu'on y apprit l'issue de la funeste bataille de Pavie ; car non-seulement Tarmée française était en fuite et le roi captif, mais presque tous ses plus vaillants capitaines avaient péri pour le défendre. Parmi ces derniers on citait Bonnivet lui-même, qui était tombé criblé de coups aux pieds de son maître dont son imprudence avait causé le désastre ; le vieux La Trimouille , qui avait combattu glorieusement sous trois rois; Chabannes de La Palice, Tami et le frère d'armes du preux Bayard , et un grand nombre d'autres chevaliers non moins célèbres. Ce fut après celte sanglante journée que François P' écrivit à sa mère cette lettre où se trouvent ces paroles remarquables que vous connaissez sans doute déjà : « Tout est perdu, madame, fors l'honneur. » Mais la douleur de sa défaite aveuglait le monarque français lorsqu'il écrivait cette ligne; car tout n'est pas perdu pour une grande nation, lorsqu'il lui reste encore la fermeté de

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supporter un grand revers et le courage nécessaire pour le réparer.

STHCHROSISIKKS DB I. HISTOIBS DB PRABGB.

1522. Suite da règne de François I**.

1524. Mort da chevalier Bayard.

1525. Bataille de Payie.

200 LÀ CAPnVITÉ DB FRANÇOIS I*'.

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