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Ja bataille de Marignan était resté au pouvoir de François P% devint le théâtre de cette guerre.
A cette époque , mes jeunes amis , Lautrec, ce vaillant capitaine français dont je vous ai parlé dans l'histoire de Gaston de Foix, avait été chargé par François 1" de défendre le duché de Mi» kn contre les Impériaux (c'est le nom que l'on donne le plus souvent aux soldats de l'empereur).
Or, la plus grande partie de l'armée de Lautrec se composait de Suisses, qui, toujours mutins et arrogants, quoiqu'ils fissent chèrement payer leurs services , forcèrent ce général à livrer bataille aux troupes impériales en le menaçant de l'abandonner s'il refusait plus longtemps de décider par les armes h qui devait ap* partenir le Milanez^ Cette bataille, qui s'engagea ainsi malgré Lautrec auprès d'un village connu sous le nom de là Bicoque, devint en effet fatale aux Français , qui , accablés par le nombre et troublés par l'indiscipline des Suisses,
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furent entièrement défaits et contraints encore une fois d'abandonner l'Italie, déjà si souvent funeste à notre nation.
Peu de temps après cet événement, le duché de Milan fut rendu par Charles- Quint à François Sforce , frère de cet indolent Maximilien qui, quelques années auparavant, avait obtenu de François V d'aller vivre en France comme uu simple particulier ; mais le nouveau duc ne reçut cette faveur de Charles qu'à la condition qu'il se reconnaîtrait vassal de l'Empire, c'est-à-dire qu*il remplirait envers l'empereur tous les devoirs que la féodalité imposait au vassal envers son suzerain.
Mais tandis que d'un côté l'Allemagne était agitée parles prédications de Luther, et que de l'autre Charles et François se préparaient à continuer cette guerre à laquelle ils n'avaient encore fait que préluder, un danger inattendu vint menacer la chrétienté tout entière , et répandre l'effroi parmi les nations de l'Europe.
Il y avait déjà soixante-dix ans environ
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que les musulmans s'étaient emparés de Constantinople , ainsi que vous ravez lu dans rhistoire du moyen âge y et depuis ce temps les Turcs, occupés d'affermir leur puissance en Asie y n'avaient point tenté de nouvelles incursions vers TOccident, lorsque le quatrième successeur de Mahomet II, Soliman, surnommé le Magnifique, à cause de la splendeur dont il aimait à s'entourer, monta sur le trône de Stamboul. C'était le prince le plus habile et le plus guerrier qui eût en* core porté le titre de sultan, et, comme les dissentiments qui divisaient les rois chrétiens ne lui étaient point inconnus , il résolut d'étendre son empire en s'emparant de la Hongrie, qui, comme vous savez, est la province la plus voisine de la Turquie , et vint en personne à la tête d'une armée considérable assiéger Bel* GRADE, l'une des villes les plus fortes de cette contrée , dont il se rendit maître en peu dfi îours. Le bruit de cette catastrophe jlratà terreur dans toute l'Allemagne, et Soliman, enivré d'une victoire
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I s^ facile^ annonçait déjà qu'avant peu le ' croissant ^des janissaires flotterait sur les murailles de Yieitne , capitale de F Autriche et de Tempire allemand.
Maintenant, mes bons amis, je ne sais si vous vous souvenez encore de ces illustres chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui , après avoir vaillamment défendu la terre sainte contre les infidèles, s'étaient vus réduits , après ia conquête de la Palestine par les Sarrasins, à chercher un refuge dans Tile de Rhodes.
Depuis cette époque, cet ordre militaire avait fait de la ville principale de cette île Tune des cités les plus formidables du monde entier par l'épaisseur de ses murailles et l'élévation de ses tours : c'était là que les nombreuses galères des hospitaliers trouvaient un abri contre les tempêtes, dans un port assuré, dont l'entrée était fermée aux vaisseaux ennemis par une forte chaîne tendue entre les deux rochers sur lesquels étaient posés autrefois les pieds du fameux colosse dont je vous ai parlé dans l'histoire
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ancienne. Placés ainsi à peu de distance des rivages d'Asie, les chevaliers de Rho« des n'avaient point cessé de se montrer ennemis déclarés des infidèles que leurs vaisseaux poursuivaient avec acharnement sur toute la Méditerranée , et « l'étendard de la religioq , » c'était ainsi que Ton nommait le pavillon des chevaliers de Saint-Jean , était plus redouté des musulmans que celui de la plupart des princes chrétiens.
Soliman le Magnifique, avant de poursuivre ses conquêtes en Europe , résolut de ne pas souffrir plus longtemps que cette île importante servît de retraite à ces infatigables ennemis de l'islamisme ; maïs comme il n'ignorait pas combien cette poignée de guerriers était intrépide, il assembla en Syrie une armée de plus de deux cent mille soldats, qu'une flotte considérable fut chargée de transporter à Rhodes pour s'en emparer.
A cette époque , le grand maître de Saint*Jean de Jérusalem était un vieux chevalier français nommé Yilliers de
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l'IlE'Âdam, dont le courage et rhabileté étaient connus de toutes les nations chrétiennes. Dès que ce vaillant capitaine connut les desseins que le sultan avait formés contre son île et le nombre de soldats qu'il rassemblait pour en faire le siège y il écrivit au pape, à l'empereur et aux rois de France et d'Angleterre^ pour les informer du péril qui menaçait le dernier rempart de la chrétienté en Orient, et les supplier d'envoyer des soldats et des vaisseaux au secours de la cité menacée ; mais la plupart de ces princes étaient trop occupés de leurs rivalités et de leurs querelles pour prendre intérêt à un danger qui leur paraissait si éloigné; et Rhodes eût été réduite à de bien faibles ressources si, à Tappel de leur grand maître , tous les chevaliers qui se trouvaient dispersés en France , en Italie^ en Angleterre , en Allemagne , ne fussent accourus avec la résolution de mourir pour la défense de la religion chrétienne, selon le vœu qu'ils avaient fait en entrant dans Tordre. Ceux même de ces hommes
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intrépides que leur âge ou leurs infirmités auraient pu dispenser de ce sacri-> fice, ne manquèrent pas de se rendre à ce poste périlleux , et plusieurs d'entre eux périrent par les tempêtes en cherchant à traverser la Méditerranée sur de simples barques de pécheurs y pour obéir à leurs devoirs et à leurs serments.
Cependant Tintrépide grand maitre, à l'approche du péril qui le menaçait, n'avait rien négligé pour vendre chèrement au sultan la conquête qu'il méditait. Afin de pouvoir nourrir ses soldats pendant un long siège, il avait fait des approvisionnements considérables de vivres de toute espèce, et avait environné Rhodes d'un triple rempart, armé d'un nombre considérable de canons qui devaient le rendre inabordable. Il avait pris soin en même temps de distribuer des armes à tous les habitants de l'île, et était parvenu à leur inspirer un si grand courage, que les femmes mêmes se couvraient d'habits d'hommes pour combattre à côté de leurs maris et de leurs frères. Malheureuse-
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ment , lorsque le grand maître passa la revue de ses troupes, il ne trouva pas que leur nombre s'élevât au-dessus de six mille combattants, parmi lesquels on ne comptait pas plus de six cents chevaliers de toutes nations.
Cétait bien peu, mes bons amis, que six mille hommes pour combattre et repousser cette innombrable armée turque dont les vaisseaux ne tardèrent pas à couvrir la mer, et à débarquer sur la plage des nuées de soldats dont le cercle noir environna bientôt les murailles de Rhodes ; mais Tarmée musulmane eut à peine touché la terre que les canons des assiégés tirèrent sur eux avec une telle violence, qu'une multitude de Turcs périrent foudroyés ; et les janissaires eux-^mêmes , épouvantés de cette défense à laquelle ils ne s'attendaient point, demandèrent à grands cris à se rembarquer pour se soustraire au sort que leurs camarades venaient d'éprouver.
Dans ce moment précisément, Soliman débarquait au milieu de son armée con-
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stemëe; saisi de fureur en voyant la lâcheté des janissaires, il fit élever à Tinstant même un trône au centre de leur camp, et ay^nt ordonné à plusieurs milliers d'entre eux de se rendre sans armes en sa présence, il les fit entourer de toutes parts par ses gardes, qui, le cimeterre à la main , se tenaient prêts à exécuter le premier ordre qu'il leur donnerait.
A la vue de Cet appareil effrayant, ces malheureux ne doutèrent pas que le sultan, dont ils connaissaient la sévérité, ne les eût ainsi rassemblés pour les punik* d'une manière terrible d'avoir fui devant les chrétiens. De tous côtés, on n'entendit que des plaintes et des gémissements, et leur effroi s'accrut encore lorsque Soliman , montant sur son trône et jetant sur cette troupe tremblante des regards courroucés ; « Si j'avais dû parler à de véritables soldats , leur dit-il d'une voix irritée, je vous aurais permis de paraître devant moi avec vos armes ; mais puisque vous n'êtes plus désormais que de misérables esclaves, il n'est pas juste que
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VOUS portiez des épées qui n'appartiennent qu'à des hommes libres et courageux ; cependant, si vous êtes trop lâches pour combattre une poignée de chrétiens, je ne veux pas que votre honte rejaillisse sur tous les musulmans , et votre sang du moins servira à intimider ceux qui pourraient être tentés de vous imiter. » En achevant ces paroles menaçantes , le sultan fît un signe à ses gardes , qui, levant tous à la fois leurs sabres étincelants, allaient égorger sans pitié les janissaires prosternés, lorsque l'Aga, c'est-à-dire le chef de cette troupe ordinairement si terrible dans les batailles, se jetant à ses pieds , le supplia de permettre que du moins ils mourussent pour son service en combattant les chrétiens, afin d'effacer au prix de tout leur sang la honte dont ils venaient de se couvrir. Soliman, qui n'avait feint cette colère que pour effrayer les coupables par la crainte du châtiment , parut céder avec peine aux prières de l'Aga , qui était l'un des plus vaillants généraux de son armée , mais
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enfin il permit qu'on leur rendit leurs armes, à condition qu'ils retourneraient au combat à l'instant même, et pë* riraient tous jusqu'au dernier, plutôt que de retomber dans une pareille faute.
De ce moment , mes jeunes amis , il ne se passa plus un seul jour sans que les murs de Rhodes devinssent le théâtre de mille combats sanglants où les chrétiens et les musulmans déployèrent un égal acharnement. Pendant plusieurs mois, Yilliers de l'Ile-Adam et ses chevaliers, dont un grand nombre périrent en combattant sur les murailles , ne prirent de repos ni jour ni nuit, sans cesse couverts de leurs armures , et se préparant à la mort glorieuse qu'ils affrontaient, par la prière et les sacrements que notre religion accorde aux mourants. Ce fut ainsi qu'ils parvinrent , à force d'héroïsme et d'intrépidité, à repousser plus de cent assauts des Ottomans que Soliman lui-même animait de sa présence en se plaçant aux postes les plus périlleux.
Pendant les guerres qui suivirent , en
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Italie, la ligue de Cambrai ^ qu^ je von» racontais il n'y a pas longtemps , mes jeunes amis, un officier espagnol y nommé PiBRRE PE NAYAiOkE , avait inventé un nouveau moyen de destruction dont tous les peuples de cette époque ne tardèrent pas à faire usage , tant les hommes sont ingénieux à se nuire ; ce procédé désasK treux se nommait une mikb, et il consistait à placer au pied d'une muraille une certaine quantité de poudre à canon, qui, enflammée tout à coup par une mèche allumée, produisait une explosion terrible, et renversait la muraille en écrasant tous ceux qui s'y trouvaient placés pour la défendre. L'usage des mines, que l'on emploie encore à présent à la guerre, exige une grande habileté et beaucoup de prudence ; car il arrive souvent que le mineur lui-même périt victime de sesi propres travaux, lorsque le temps lui manque pour s'éloigner du foyer de l'explosion qu'il a préparée.
Lassé de tant d'efforts que le courage des assiégés semblait rendre inutiles, So-
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liman ordonna que la mine fut employée à renverser une partie du rempart et pénétrer dans Rhodes; par ce terrible moyen, il réussit en effet à pratiquer une brèche considérable dans la première muraille ; mais quels furent à la fois la sui> prise et le découragement des Ottomans, lorsqu'ils aperçurent devant eux un nouveau rempart que les Rhodiens avaient élevé, et que le grand maître en personne s'apprêtait à défendre à la tête de ses plus vaillants chevaliers! A cette vue, Soliman lui-même s'arrêta saisi d'admiration, et perdit tout espoir de jamais vaincre de pareils ennemis.
Cependant six mois entiers s'étaient écoulés depuis que Rhodes était assiégée, et tant de combats avaient déjà coûté la vie à plusieurs milliers d'hommes, de part et d'autre , lorsque le sultan apprit par la trahison d'un esclave grec, qui s'était échappé delà place, que celte malheureuse ville n'était plus qu'un monceau de décombres , et que ses défenseurs , la plupart blessés ou accablés de fatigues ,
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étaient réduits à un si petit nombre qu^une plus longue résistance était devenue impossible ; de son côté Tintrépide grand maître, touché du malheur de tout ce peuple à qui ses demeures foudroyées n'offraient même plus un abri, et qui commençait à manquer des aliments les plus nécessaires à la vie, se rendit aux prières des prêtres et des marchands rhodiens qui vinrent, en gémissant, le supplier de ne pas prolonger davantage une résistance inutile, puisque toutes les nations chrétiennes semblaient les avoir abandonnés.
Villiers de l'Ile- Adam, quoiqu'à regret, se vit donc forcé de solliciter du sultan la permission d'abandonner cette île qu'il ne pouvait plus espérer de défendre; en recevant ce message, Soliman ne put cacher sa joie d'une pareille prière à laquelle il n'hésita point à se rendre ; mais comme il était grand et généreux, il voulut voir lui-même ce guerrier intrépide qui avait opposé une si longue résistance à l'une des plus formidables armées ottomanes qui eussentencore menacé l'Europe. Plein
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d'admiration pour le courage de cet illustre champion du christianisme, le sultan offrit au grand maître de lui accorder tous les honneurs, toutes les dignités qu'il pourrait désirer, s'il consentait à passer à son service ; mais Yillien avait trop de grandeur d'âme pour trahir ainsi la religion pour laquelle il avait jure de verser jusqu'à la dernière goutte de son sang ; et la seule grâce qu'il sollicita du vainqueur, fut d'emmener sur les galères qui lui restaient toutes les familles chrétiennes qui demanderaient à le suivre.
Peu de jours après cette entrevue, à la vue de toute l'armée ottomane, le petit nombre de chevaliers qui avaient survécu à tant de batailles , quittèrent cette île où ils venaient d'acquérir une gloire immortelle ; le grand maître se rendit à Rome , où il fut accueilli du pape Adrien YI avec tout le respect et leségards dus à ce noble défenseur de notre religion ; et en apprenant la glorieuse défaite des chevaliers de Rhodes , Fran*
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çois I"' et Charles-Quiii4j , tout occupes qu'ils étaient dé leurs querelles , ne purent s'empêcher âe rougir d'avoir ainsi livré à leurs propres efforts cette poignée d'intrépides guerriers, qui avaient arrête pendant six mois devant Ifeur cité en ruines toutes les forces de l'empire ottoman. Quelques années plus tard, mes bons amis, le dernier die ces. princes, voulant honorer le courage des chevaliers de Saint-Jean, donna au grand maître Villiers de l'Ile- Adam, qui vivait encore, une petite île de la Méditerranée nommée Malte, qui devint bientôt aussi funeste aux musulmans d'Afrique que Rhodes l'avait été à ceux d'Asie. Pendant deux siècles les chevaliers de Malte , dignes successeurs des hospitaliers de Jérusalem, continuèrent de combattre sur les mers les vaisseaux des musulmans; et cette île leur appartenait encore il y a environ cinquante ans, lorsque cet ordre célèbre, auquel se rattachaient tant dé glorieux souvenirs, fut aboli du consentement desprincipaux souverains de l'Europe.
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