‹ L'histoire moderne, racontée à la jeunesseChapitre 25 sur 117 · LES PROTESTANTS A SMALKALDE · texte numérisé non relu

LES PROTESTANTS A SMALKALDE

Depuis l'an 1530 jusqu'à Pan 1547.

Au milieu des agitations sans cesse renouvelées qui semblaient devoir remplir tout le règne de Charles-Quint , le plus vif désir de ce prince, après sa pro* pre grandeur, était de perpétuer dans sa famille la dignité impériale, qui, lors de la mort de chaque empereur, était donnée par le choix volontaire des électeurs de Francfort. A cet effet , profitant de Tunion qui semblait régner dans la diète réunie à Spire , il proposa aux princes assemblés d'accorder à son frère Ferdinand le titre de roi des Romains , qui distinguait alors l'héritier de la couronne impériale ; et ceux-ci , pour le satisfaire^ se rendirent a ses prières.

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Cependant la plupart de ces princes, mes jeunes aroiis, ne pouvaient voir sans inquiétude Pambition toujours crois* santé de CharIes«Quint , qui y déjà possesseur de plusieurs couronnes, venait encore de s'approprier le duchë de Milan et de faire asseoir son frère sur le trône de Hongrie. On n'ignorait pas d'ailleurs que ce monarque insatiable se plaisait à répeter que « jamais le soleil ne se couchait dans ses États, » parce qu'en effet , depuis qu'il possédait des royaumes dans les deux hémisphères , le jour éclairait sans cesse ses États d'Europe ou ceux:

d'Amérique ; car vous savez sans doute que le soleil brille alternativement sur l'une des moitiés de notre globe.

Mais ce n'était pas seulement en Allemagne que la grandeur de Charles-Quint inspirait des craintes^ et l'Europe entière voyait avec effroi ce prince ambitieux aspirer en quelque sorte à la monakchie BiriVERSELLiB , c'est-à-dire à réunir sous sa domination tous les royaumes de la terre. Les princes et les villes d'Italie sur-

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tout, qui avaient craint autrefois le voisinage des rois Charles VIII et Louis XII, $ alarmèrent bien autrement encore de la puissance du monarque espagnol , et résolurent de former une nouvelle ligue pour se délivrer du joug des Barbares ; car c^était toujours ainsi que les Italiens désignaient les nations de TOccident qui prétendaient dominer sur leur péninsule.

A cette époque , mes bons amis , le pape Adrien VI avait cessé de vivre , et c'était un cousin de Tillustre Léon X , propre fils du malheureux Julien de Médicisy autrefois assassiné par les Pazzi , qui occupait la chaire pontificale sous le nom de Clément VII. Ce pape était doué de la plupart des grandes qualités qui 9 depuis un siècle, distinguaient la noble maison de Médicis ; mais ayant eu l'imprudence de mécontenter Charles- Quint, ce prince ordonna au connétable de Bourbon , qui commandait encore les armées espagnoles en Lombardie , de marcher sur Rome, et de s'en rendre maître, ainsi que de la personne du sou-

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verain pontife lui-même. Bourbon n'obéit que trop exactement à cet ordre sévère, et celui qui avait trahi sa patrie et son roi ne craignit pas de donner au monde le spectacle d'un prince chrétien menaçant le successeur de saint Pierre.

Or, il faut que je vous dise qu'à la suite des longues guerres qui depuis tant d'années désolaient l'Europe, comme au temps des compagnies d'aventure dont je vous ai parlé dans d'autres histoires , les armées n'étaient plus composées que de ces mercenaires de tous les pays , plus funestes aux provinces qu'ils traversaient qu'aux ennemis qu'ils devaient combattre. Dans les rangs de l'armée du duc de Bourbon se trouvaient des Suisses, des Allemands, des Espagnols, des Flamands, des Italiens, des Bourguignons , gens de toute espèce et de toute religion que l'espoir du butin avait faits soldats, et dont le pillage était le seul but : troupe infâme qui déshonorait le noble métier des armes, et faisait de l'homme de guerre un véritable brigand.

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Ce fut à la tête de ces bandes indisciplinées que Bourbon se mit en marche vers Rome , et partout son passage fut marqué par le pillage et la dévastation. Rien n'était sacré pour ces misérables , auxquels personne n'osait résister. Les villes , les villages étaient saccagés ; les chaumières les plus pauvres n'étaient pas plus à l'abri de leur fureur que les châteaux les mieux fortifiés ; et les malheureux habitants eux-mêmes étaient égorgés impitoyablement par ces hommes cruels, plus féroces cent fois que les Tartares et les Ottomans.

Quoique le bruit des horreurs qui signalaient la marche de l'armée impériale à travers l'Italie fut promptement par^ venu jusqu'à Rome , mes jeunes amis , Clément VII n'avait pu croire encore que les troupes du plus puissant prince de la chrétienté osassent suivre l'exemple qu'avaient donné autrefois les Huns, les Vandales et les Goths, au temps de la chute de l'empire d'Occident ; mais le pontife fut cruellement détrompé, lors-

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qa'il Tit, devant les murs de Rome même , les Impériaux s'avancer avec des échelles pour les escalader. Ce jour-là, le connétable j pour être mieux vu de ses troupes y avait revêtu une armure blanche , et il ne cessait de les exciter à combattre, en leur promettant le pillage de cette grande capitale. Mais le perfide ne devait pas jouir de la victoire qu'il se promettait; car, au moment oii il s'avançait au pied des murailles pour donner lui-même le signal du combat , l'un des premiers coups de mousquet tirés des remparts lui traversa le corps et le renversa sur la place. Quoique mortellement blessé, il eut encore assez de présence d'esprit pour ordonner à ceux qui l'entouraient de couvrir d'un manteau son corps inanimé , afin de cacher à ses soldats qu'il n'existait plus ; et il rendit le dernier soupir.

Mais lorsque cette armée, après s'être rendue maîtresse des remparts, apprit que son général avait péri , cette mort , trop glorieuse pour un traître, devint

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ua prétexte pour ces bandes d'aventuriers de se livrer aux plus terribles excès envers les habitants de Rome. Pendant trois mois entiers cette malheureuse capitale, abandonnée à la rage d'une soldatesque effrénée , devint le théâtre des plus épouvantables désordres. Les églises même ne furent pas respectées par ces forcenés , qui n'avaient pas plus de religion que de patrie ; et le pontife luimême , qui y après avoir trouvé pendant quelques jours un refuge au château Saint-Ange y avait été forcé de se mettre entre leurs mains, était exposé à chaque instant aux plus cruels outrages.

Cependant lorsque Charles-Quint apprity en Allemagne, Tinfamie dont ses soldats souillaient ses drapeaux , il ne put s'empêcher de rougir des crimes qu'ils avaient commis en son nom', et prenant des habits de deuil , il feignit une profonde douleur des mauvais traitements que le pape avait éprouvés : quoique l'impératrice sa femme , peu de jours auparavant , eût mis au monde un petit

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prince qui reçut le nom de Philippe, il défendit qu'aucune réjouissance célébrât cet heureux événement, qui comblait tous ses désirs. Bientôt après, se mettant lui-même en route pour Tltalie, il se rendit en personne à Rome, où affectant d'être inconsolable des crimes dont cette ville avait été le théâtre , il se présenta devant le pape Clément, lui rendit la liberté, le supplia de lui pardonner ses offenses, et s'engagea à réparer ses torts d'une manière éclatante. Le pontife, en le voyant si soumis, si repentant, oublia tous les maux dont il était l'auteur, et, séduit par ses promesses , consentit à l'aider au rétablissement de la paix en Italie.

Mais ce n'était pas seulement pour effacer ses offenses envers le pape que le rusé Charles-Quint s'était rendu à Rome, mes bons amis, et s'il avait jugé nécessaire de se réconcilier avec le souverain pontife, c'est qu'à cette époque, de nouveaux troubles religieux menaçaient d'agiter l'Allemagne tout entière. Partout

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OÙ la réforme prêchëe par Luther s'était propagée, une haine violente avait éclaté entre les Catholiques et les Prolestants, et ces derniers , se défiant avec raison des promesses et de Tambition de Tem-' pereur, s'étaient réunis dans une ville nommée Smalkalde, pour former entre eux une ligue dans le but de défendre mutuellement leur religion et leurs États contre Charles. L'électeur de Saxe et plusieurs autres princes luthériensavaient pris les armes pour soutenir cette ligue ; mais le plus redoutable de tous ceux qui l'embrassèrent, fut Albert de Brawde- BOURG^ de Tune des plus illustres maisons d'Allemagne, et grand maître de Tordre Teutonique, l'une de ces confréries militaires qui avaient pris naissance au temps des croisades, ainsi que vous avez pu le lire dans l'Histoire du moyen âge.

Ce prince, à qui cette dignité conférait la souveraineté de plusieurs riches provinces germaniques, ayant résolu de s'affranchir à jamais de la dominatioa impériale en embrassant le luthéranisme^

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fîit un des plus ardents à se joindre à la ligue protestante de Smalkalde ; et ayant pris le titre de grand-duc de Prusse, il devint le fondateur de Tun des prin-* cipaux royaumes qui existent aujourd'hui en Europe.

Il me serait impossible, mes jeunes amis, de vous donner ici une idée exacte des événements qui troublèrent l'Allemagne pendant près de vingt ans, à la suite de la ligue de Smalkalde ; mais je dois vous dire que cette lutte longue et sanglante entre les princes catholiques et les protestants donna lieu à une multi* tude de combats , dans lesquels la vie* toire pencha tantôt d'un côté , tantôt de l'autre. Il fallut enfin que Charles-Quint, qui s'était déclaré contre les luthériens, leur livrât une sanglante bataille auprès d'une ville nommée M ohlberg , cfù il les vainquit complètement, et fit prisonnier l'électeur de Saxe ainsi que plusieurs de leurs principaux chefs. Mais quoique le sort des armes eût été favorable à l'empereur, bien des années encore

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s^ écoulèrent sans qu'il pût rendre la paix à TÂllemagne, et sa vie entière s'écoula dans cette longue et pénible agitation, où plus d'une fois la fortune, qui l'avait si souvent secondé jusqu'alors, parut l'avoir abandonné.

SYVCBROJXÏSMSS DE l'hISTOIBE DE FBAHGE.

1530. Suite du règne de François !•',

1333. Mariage du prince Henri , second fils du. roi ,

avec Catherine de Médicis.

1540. Passage de Charles-Quint à Paris.

1544. Bataille de Cérisoles.

1547. Mort de François !•'. — Henri II , son fils ,

lui succède.

TUNIS ET ALGBR. 233

Depuis l'an 1539 jusqu'à Pan 1541.

Dans presque toutes les histoires que je vous ai racontées jusqu'à présent, mes bons amis, j'ai eu occasion devons parler de l'Afrique, cette vaste partie du monde dont les anciens ne connaissaient guère que les rivages baignés par la Méditerranée. Ainsi vous vous souvenez sans doute que Carthage, dont il est tant question dans l'histoire romaine, était située en Afrique ; que les Vandales s'emparèrent de cette contrée à la chute de Tempire d'Occident ; que le grand Bélisaire, au moyen âge, renversa le royaume fondé par ces Barbares, et qu'ayant été envahie par les califes de Damas , lors des conquêtes des Arabes, elle devint une

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des plus florissantes provinces occupées par les musulmans. Enfin , lorsque les Maures furent chassés d'Espagne par la destruction du royaume de Grenade, un grand nombre d'entre eux clierchèrent un refuge de l'autre coté du détroit de Gibraltar, où s'élevaient alors plusieurs États dont les plus considérables étaient ceux de Maroc, d' Alger et de Tunis.

Quoique tous les habitants de ces divers royaumes fussent mahométans, il s'en fallait de beaucoup pourtant qu'ils appartinssent tous à la même race d'hommes : les uns étaient d'origine arabe ; les autres descendaient des Berbères, voisins des sommets de l'Atlas ; mais le plus grand nombre appartenait à la famille des Nègres, répandue dans l'intérieur du continent africain ; et le mélange de ces différents peuples formait une nation à laquelle on donnait le nom de Barbaresques , dont les mœurs sauvages et le caractère perfide rappelaient ceux des anciens Numides, qui, du temps

wnid IT ALoiB. 235

des guerres puniques , habitaient ces mêmes contrées,

A Tëpoque où Charles-Quînt régnait en Europe, il y avait dans Tile de Lesbos, l'uncT de celles de l'archipel grec , deux frères nommés Horuc et CHAiiiADiiir, fils d'un pauvre potier de terre, qui, dédaignant Thumble profession de leur père, enrôlèrent quelques mauvais sujets de leur espèce, et s'étant emparés d'un petit navire, se mirent à exercer le dangereux métier de pirates, ou de voleurs de mer, pour lequel je dois vous dire que les Grecs de ces parages ont encore, aujourd'hui même, un goût très-déterminé.

Horuc , l'aîné des deux frères , que l'on avait surnommé BARBEROOssEacause de Ja couleur de sa barbe , acquit bientôt, par ses exploits, une si grande réputation d'audace et d'habileté , qu'il devint , en ({uelque sorte, le souverain de la Méditerranée. Aucun vaisseau , de quelque nation qu'il fût, espagnol, vénitien, génois on napolitain, ne pouvait plus paraître

en mer, surtout s'il ëtaitrichement chargé, sans être aussitôt attaqué et dépouille par le corsaire Barberousse, qui , après avoir enlevé tout ce que renfermait le navire, le livrait aux flammes et conduisait les matelots et les passagers chez les Barbaresques, auxquels ils étaient aussitôt vendus comme esclaves.

Aussi la terreur quUnspirait le pirate, et la renommée que lui donnaient ses courses maritimes, lui amenèrent-elles, en peu d'années , un si grand nombre de compagnons avides comme lui de pillage et de dangers, qu'il se trouva bientôt à la tête d'une flotte considérable , et ne craignit pas de se mesurer avec les plus formidables galères des chevaliers de Malte et des nations chrétiennes.

Jusqu'alors, mes jeunes amis, Horuc se contentait de régner sans partage sur la Méditerranée , où son nom était redouté de tous les marchands de l'Europe, lorsque, ayant été appelé par le roi des Algériens pour l'aider à vaincre un de ses voisins , il tua , par trahison , le prince

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qu'il avait promis de protéger, et se fit roi d'Alger à sa place. De ce moment^ Barberousse ne mit plus de bornes à son ambition et à ses entreprises audacieuses : certain de trouver désormais un refuge sur le rivage africain , il n'hésita plus à envoyer ses brigantins (c'est le nom que Ton donne aux petits bâtiments dont se servent les pirates) jusque sur les côtes d'Espagne ou d'Italie, où ces misérables, enlevaient les hommes, les femmes et même les enfants qu'ils pouvaient surprendre^ pour les réduire au plus cruel esclavage. Par cet odieux trafic, Horuc acquit en peu de temps des richesses considérables, et son pavillon noir devint la terreur de tous les habitants des bords de la Méditerranée.

Or, il arriva que les brigandages conti« nuels des pirates africains ayant attiré l'attention de l'empereur Charles-Quint, ce prince envoya contre Barberousse une armée espagnole qu'en quelques jours des vaisseaaux transportèrent à peu de distance d'Alger. Tout autre que

TUNIS ET ÀLGKB.

Barberousse, à Fapproche des chrëtiens, aurait craint de se mesurer contre des troupes aguerries et supérieures en nombre ; mais celui-ci , chez qui le courage l'emportait presque toujours sur la prudence^ ayant eu Taudace de marcher, avec une poignée de cavaliers, à la rencontre des Espagnols , fut enve-* loppé par eux , et périt en combattant avec toute l'intrépidité que peut donner le désespoir.' i

Malheureusement la mort d'Horuc ne devait pas mettre un terme aux pirateries des Algériens , et Chairadin , son frère, qui prit après lui le nom de Barbe- BOUSSE II et le titre de roi d'Alger, n'était pas moins redoutable. La mer con* tinua d'être le théâtre des exploits et des cruautés de ce brigand, qui obtint bientôt un si grand renom , que le puissant Soliman lui offrit le titre d'amiral de ses flottes, et le chargea de combattre les chrétiens sur mer, comme il les combattait lui-même sur terre , en Hongrie et en Allemagne. Barberousse, pourrépon-

dre à cette distinction qui flattait son orgueil y proposa à Soliman de le rendre maître de Tunis en renversant de son trône le roi de cette ville , et le sultan y ayant consenti, peu de jours suffirent pour que les Ottomans , conduits par rintrépide corsaire, s'emparassent, presque sans combat, de cette ^cité importante et de tout le pays qui en dépendait. Soliman, en reconnaissance du service que Barberousse venaif de lui rendre, lui accorda le titre de vice-roi de Tunis, et le combla de toute sorte d'honneurs et de présents.

Cependant Charles-Quint, qui recevait chaque jour de nouvelles plaintes de ses sujets d'Espagne et d'Italie contre les pirates barbaresques , et excite d'ailleurs par MuLET-HissA-if, ce roi de Tunis que Barberousse avait détrôné, et qui s'était réfugié en Espagne, résolut de passer lui-même en Afrique, à la tête d'une flotte nombreuse et d'une armée formidable. Sans différer davantage cette juste vengeance , il vint débarquer, quelques

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