‹ L'histoire moderne, racontée à la jeunesseChapitre 26 sur 117 · UO TUNIS ST ÂL6BR · texte numérisé non relu

UO TUNIS ST ÂL6BR

mois après, sur le rivage africain, et se présenta bientôt en personne devant les murs de Tunis.

Cette ville de Tunis, mes jeunes amis, est située presque aux mêmes lieux où s'élevait jadis la superbe Carthage dont on aperçoit encore des ruines remarquables ; et vous pouvez vous souvenir que ce fut aussi sur cette même plage que notre saint roi Louis IX mourut autrefois de la peste qui désolait son armée. Aujourd'hui, une chapelle fait connaître FendroU où le pieux monarque rendit le dernier soupir, et les musulmans eux-mêmes, touchés d'admiration pour la mémoire de ce grand roi, ont respecté ce monument de la vénération des chrétiens. 0

Dès que Barberousse avait appris l'approche de l'empereur et de son armée, il s'était mis à la tête de ses troupes, et, avant de tenter le sort d'une bataille, il avait réuni dans la citadelle de Tunis dix mille esclaves chrétiens, et ordonné à ses officiers de les égorger tous jusqu'au dernier, afin qu'en cas de revers il n'aug-

ftJNIS ET ALGBR. 241

mentassent pas le nomibre de ses ennemis en se joignant aux Espagnols; heureusement pour ces malheureux , les Tunisiensy de peur de s'attirer la colère de Charles-Quint, refusèrent de commettre cet horrible massacre, et Barberousse fut contraint de leur laisser la vie jusqu^à ce qu'au moins la force des armes eût dëcidé à qui Tunis devait appartenir.

Mais la bataille , qui ne tarda pas à s'engager, ne fut pas favorable aux pirates ; accoutumés à ne se mesurer que contre des marins surpris ou de pauvres paysans sans défense, dès qu'ils aperçurent ces vieilles bandes espagnoles qui avaient combattu en Allemagne et en Italie, la terreur se mit dans leurs rangs, et ils prirent la fuite, eatraînant Barberousse lui-même dans leur déroute; mais ce qui acheva la défaite des Barbaresques, c'est que les esclaves chrétiens que les Tunisiens avaient épargnés , ayant brisé leurs chaînes et désarmé leurs gardiens, se jetèrent sur les fuyards et en tuèrent un grand nombre. Alors Barberousse re-

HIST. «ODERNE, T. I. 4« ÉDIT. 14

249 TUNIS ET ALGSft.

gretta plus que jamais de n'avoir pas fait exécuter ses ordres sanguinaires, et voyant ses soldats en fuite et Tunis au pouvoir des chrétiens, il prit le parti de se retirer dans une ville voisine nommée Boite, où il rallia les débris de son armée, et se réserva pour des temps meilleurs. Pendant ce temps, mes jeunes amis, Charles-Quint, satisfait d'une victoire si facile , s'avançait lentement vers Tunis , ayant à ses côtés Muley-Hassan, lorsque des cris lamentables vinrent frapper son oreille. C'étaient ceux des malheureux Tunisiens, qui traités avec la dernière cruauté par les Espagnols, voyaient leurs maisons dévastées et les rues de leur ville inondées du sang de leurs femmes et de leurs enfants ; ceshommes féroces, échauffés par le combat et l'avidité du pillage, croyaient user du droit de la guerre en égorgeant ainsi des milliers de victimes innocentes, et cette seule journée coûta la vie a plus de trente mille personnes, impitoyablement massacrées, malgré les efforts de l'empereur lui-même

TUNIS XT AL6XB. 14S

dont la voix fut méconnue par ces force» nés, qui ce jour-là méritèrent le nom de Barbares autant que les pirates qu^ilsve* naient de combattre.

Au milieu de cet épouvantable carnage qui ternit l'éclat de cette victoire, ce fut * pourtant un beau spectacle pour Charles- Quint, mes bons amis, que celui des dix mille esclaves dont il venait de rompre les fers, et qui vinrent se précipiter à ses genoux, en baisant ses pieds et ses armes, et le proclamant leur sauveur. Charles mit le comble à la joie de ces malheureux en leur faisant distribuer aussitôt deTargent et des habits pour les aider à retourner dans leur patrie; de sorte que ces infortunés, qui appartenaient à tous les pays chrétiens, publièrent dans toute l'Europe la muuificence et la générosité de leur bienfaiteur, dont ils vantaient en même temps la puissance et Thabileté.

Peu de jours après cet événement, l'empereur victorieux se rembarqua pour TEspagne, après avoir replacé Muley- Hassan sur son trône, et son retour fût

244 TONIS ET ALQER.

un véritable triomphe qui retentit dans le monde entier, et parut l'élever audessus de tous les autres princes de la chrétienté.

Mais Barberousse, mes bons amis, navait pas fui de Tunis pour mener une vie inutile; au^si, dès que la flotte espagnole eut quitté l'Afrique, les brigandages des pirates d'Alger recommencèrent, et pendant cinq années entières la Méditerranée redevint le théâtre de leurs exploits et de leurs pillages. Barberousse, appelé alors par Soliman à la tête des flottes ottomanes, semblait avoir inspiré son audace à tous ses corsaires, et leurs déprédations devinrent encore si criantes, que Charles-Quint prit la résolution de ramener lui-même en Afrique une nouvelle armée pour s'emparer d'Alger et ruiner à jamais ce repaire de malfaiteurs. Cette fois la flotte espagnol^ fut encore plus nombreuse que celle qui avait transporté l'empereur à Tunis, et elle était commandée par André Doria, célèbre amiral génois qui, depuis peu de temps, avait

embrassé le service de Charles-Quint, et passait avec raison pour un des plus habiles marins de son siècle.

Quelques jours de traversée suffirent à la flotte d'Espagne pour toucher le rivage africain; mais à peine Charles et une partie de son armée eurent-ils mis pied à terre, qu'une violente tempête s'élevant tout à coup , força les vaisseaux à s'éloigner du rivage pour ne point être brisés contre les rochers , abandonnant l'empereur et ses soldats sur cette plage déserte, sans tentes, sans habits, sans provisions, et exposés à l'un de ces terribles ouragans particuliers au climat de l'Afrique. Pendant plusieurs jours, sans que l'orage cessât un seul instant, les Espagnols, en butte à tous les éléments qui semblaient déchaînés contre eux, luttèrent contre la tempête avec un courage dont l'empereur lui-même, partageant toutes leurs privations , leur donnait l'exemple, dans l'espoir que le retour du beau temps permettrait à la flotte de se rapprocher du rivage et de lui

246 TONIS £T ALGER.

apporter quelques secours ; mais lorsque ce prince 9 fatigue d'une si pénible. attente y eut ordonné que Ton marchât sans retard vers Alger^ les hommes et les chevaux, épuisés de souffrance et de faim^ s'enfoncèrent dans le sable détrempé par^ la pluie qui continuait à tomber par torrents^ et un grand nombre de malheureux soldats périrent ainsi sans que leurs compagnons pussent les soustraire à cette mort affreuse.

Dans cette cruelle extrémité, l'armée chrétienne se trouva menacée par un péril plus grand encore; tandis que les Espagnols y qui pour la plupart n'avaient plus la force de soutenir le poids de leurs armes , jse traînaient péniblement sur cette plage sabloiinépse , les Algériens , instruits de la situation désespérée de leurs ennemis , sortirent de leurs murailles et fondirent sur cette foule en désordre qui ne ressemblait plus à une armée , égorgèrent sans pitié tous ceux qui tombèrent vivants entre leurs mains, et s'arrachèrent les dépouilles des

nmiS ET AL6IB. 247

morts. Alors Qiarles-Quint, que jusqu'alors sa fermeté ordinaire n'avait point îd)andonnë, renonça, non sans regret y à marcher contre cette cité funeste que les tempêtes elles-mêmes semblaient défendre, et, ramenant au bord de la mer les débris de son armée , il parvint à retrouver les restes de sa flotte, que Tha-* Lileté d'André Doria n'avait pu préserver d'une destiiiction presque totale. Il fallut donc que l'empereur, se voyant pour ainsi dire sans vaisseaux et sans soldats, se résolût à quitter cette terre fatale ; mais il ne consentit à se rembarquer que lorsqu'il fut certain qu'aucun de ses malheureux compagnons ne demeurait exposé aux coups. des Arabes; et il retourna presque seul en Espagne que , peu de jours auparavant, il avait quittée à la tête d'une armée si formidable.

Cette histoire , mes jeuiies amis, doit nous intéresser d'autant plus vivement, que cette même ville d'Alger contre laquelle, à cette époque, vint se briser toute la puissance de Charles-Quint, est

248 TUNIS XT ALGER. '

aujourd'hui une des possessions françaises en Afrique, où notre nation 9 il y a peu d'années, a eu la gloire de mettre un terme aux brigandages qui, pendant | plus de trois siècles, ont désolé la mer ! Méditerranée, et fait périr des milliers I de chrétiens dans les chaînes des Barbaresques.

STKCHSOiaSMBS DE L HISTOI&B DE FRAKGE,

1535. Suite du règne de François I", 1540. Passage de Charles-Quint à Pariât.

Page 1