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L'INQUISITION

Depuis Tan 1557 jiuqa*à Pan 1567.

Le fils de Charies-Quint en lui succédant y mes jeunes amis , prit le nom de Philippe II , parce que son aïeul , Philippe le Beau y avait porté quelque temps le titre de roi de Castille ; et quoiqu'il n'eût point hérité de la couronne impériale y il se trouva encore , en montant sur le trône , un des plus puissants monarques du monde.

Outre ses vastes États d'Europe y il possédait : en Amérique, le Mexique , le Pérou , et les grandes îles d'Hispaniola et de Cuba d'où ses galions lui apportaient chaque année les trésors immenses arrachés aux mines du nouveau monde , découvertes peu de temps auparavant ; en

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Afrique , les îles du cap Vert et les Canaries lui appartenaient, ainsi que la fertile Madère 9 et plusieurs villes même situées sur le continent ; en Asie, les îles découvertes par le navigateur Magellan avaient reçu , en son honneur, le nom de Philippines , et ses sujets avaient enlevé aux Portugais les fertiles Moluques, ou îles à épiceries , dont les productions avaient enrichi cette nation commerçante.

Mais si Philippe II se trouvait ainsi le plus riche et le plus puissant roi de la terre , il s'en fallait bien pour cela qu'il en fût le meilleur , et sans doute aussi le plus heureux. Au lieu d'imiter les manières affables et polies de son père envers ceux qui l'entouraient , son maintien était toujours grave et sévère; jamais il ne laissait paraître un sourire sur ses lèvres , et son caractère sombre et farouche ne lui permettait pas de se laisser approcher de qui que ce fut , sans crainte et sans défiance. Ses plus proches parents , ses serviteurs , ses amis ( si

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toutefois un pareil hom^le peut avoir des amis ) , étaient pour lui autant d'objets d'inquiétude et de jalousie. Chez ce prince , les qualités mêmes qui inspirent aux autres hommes la douceur et la charité y prenaient Tempreinte de son humeur austère et implacable , et la piété qu'on avait cherché à lui inculquer dès sou enfance 9 au lieu de le rendre indulgent et modéré , avait excité en lui , au contraire, une haine violente et sanguinaire contre tous ceux qu'il soupçonnait de ne point partager sa dévotion exagérée.

A cette époque, mes bons amis, le valeureux François I" avait cessé de vivre depuis plusieurs années, mais l'animosité qui avait régné si longtemps entre ce prince et Charles-Quint continuait à diviser les deux nations qu'ils avaient gouvernées; et Philippe, dès son avènement au trône , envoya une armée en France contre le roi Henri II , fils et successeur de François.

Comme il se sentait peu de goût pour

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la guerre, il confia le commandement de ses troupes aux deux plus habiles généraux de son royaume ; Tun Espagnol , nommé Ferdinand de Tolède, duc d'Albe ; l'autre Flamand, appelé le comte d'Egmont.

Or ces généraux ayant résolu de mettre le siège devant une ville de France , nommée Saint-Quentin , que défendait le célèbre amiral de Coligni dont je vous ai parlé longuement dans un autre livre , le connétable Anne de Montmorenci s'avança à la tête d'une armée française pour secourir la place assiégée, et une bataille ne tarda pas à s'engager sous les murs de cette ville. La victoire , comme de coutume, y fut disputée avec la valeur ordinaire aux deux nations ; mais enfin elle se déclara contre le connétable, qui lui-même tomba au pouvoir des vainqueurs avec un grand nombre de seigneurs et de soldats français.

Cet événement glorieux pour les Espagnols , mes jeunes amis , entièrement dû au talent et à la valeur du duc d'Albe

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et du comte d'Ëgmont, causa une joie si vive à Philippe II, que, contre son usage, il accueillit d abord avec afTabilité les deux généraux auxquels il devait le triomphe de ses armes ; mais bientôt il reprit son naturel dévot et sévère , et comme la victoire de Saint-Quentin avait eu lieu le jour de la fête de saint Laurent, il fit vœu , pour remercier la Providence , de Lâtir en Espagne une église qui aurait la forme d'un gril, parce que c'était Tinstrument du supplice de ce bienheureux martyr. Cette église , à laquelle il donna le nom de I'Esguri A.L y fut destinée par ses ordres aux tombeaux des rois d'Espagne et de leur famille ; et en effet, depuis cette époque, elle servit de sépuU ture à la plupart des princes de cette maison royale.

Maintenant, il faut que je vous dise que depuis un certain nombre d'années, le PROTESTANTISME, c'est-à-dire la religion des Protestants, s'était répandue dans la plupart des pays de l'Europe, sans parler même de l'Allemagne où elle avait déjà

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cause tant de troubles. Dans les États même de Philippe , malgré la haine mor* telle qu'il portait à Thérésie , un grand nombre de personnes de toute condition suivaient avec ardeur les doctrines de Luther.

A cette époque, il existait en Espagne un tribunal que Ferdinand le Catholique, après la prise de Grenade , avait institué pour punir avec la dernière rigueur les Maures qui, s*étant convertis à la religion chrétienne et ayant reçu le baptême , retournaient ensuite au mahométisme dans lequel ils avaient été élevés.

Ce tribunal, mes bons amis, se nom* mait riNQ€isiTiON , parce que le devoir de ses juges, qui pour la plupart étaient des moines , était de s*enquérir de tout ce qui concernait la religion , comme celui des inquisiteurs d'État de Venise était de veiller à la sûreté de cette république. Comme ces derniers aussi, les inquisiteurs espagnols exerçaient un pouvoir mystérieux et d'autant plus redou- ♦^ble , que ce n'était pas seulement les

h'HÊ^BÊÊ

actions même les plu étaient charges de put mêmes des victimes (f du crime d'hérésie. I d'une parole imprud hommes masqués , ai le nom de familiers de sent enlever un hom maison, et le condu tribunal terrible , do de longues robes noin jamais à visage décom ments de torture , des rer au malheureux b les plus atroces 9 éta yeux pour lui arrache par la souffrance , dt servait ensuite pour le faire périr. Aucu que fût son rang, s nocence, n'était à V tribunal ; et dans tou:

pagne tel était Teffi

' SAINT-OFFICE ( c'cst a

maît par respect l'inc

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sonne n*eût osé soustraire un accusé aux familiers de ce tribunal formidable. L'autorité du grand inquisiteur était plus redoutée que celle du roi lui-même , et lorsque Philippe jugeait à propos de punir un de ses sujets , c'était entre les mains implacables de ce magistrat qu'il l'abandonnait.

Cependant ce n'était pas toujours par les horreurs de la torture ou dans les ténèbres des cachots que Tinquisition espagnole faisait périr ses victimes. Outre les supplices secrets, il lui fallait encore des supplices publics , afin de répandre parmi le peuple la terreur de son nom et de sa puissance mystérieuse. A certaines époques de Tannée , dans les principales villes d'Espagne , on célébrait avec une grande pompe des cérémonies lugubres où étaient brûlées , toutes vivantes , un grand nombre de personnes , qui souvent n'avaient d'autre tort que d'être l'objet de la haine ou de la jalousie de quelque familier du saint-of6ce. Les hommes ou les femmes accusés de magie ou de sor-

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cellerie, crimes toujours imaginaires (car vous savez qu'il n'y a jamais eu ni magi* ciens ni sorciers); les Juifs ou les Maures qui refusaient de recevoir le baptême étaient surtout les victimes de ces épou* vantables exécutions , auxquelles on donnait le nom d'Auro-DA-FE , ce qui veut dire «actes de foi. n Les infortunés condamnés à cette effroyable torture , marchaient au supplice vêtus d'un habillement bizarre , sur lequel étaient peintes des figures monstrueuses que Ton disait être celles; de> démons j^ leurs vêtements étaie'iit enduits de isôufffe ] ^afen que ces malheureux fussent '"^plùs promptement consumés par les flanuQes lorsqu'ils montaient sur le bûcher» Je ne saurais vous dire , mes amis , combien de pauvres gens , depuis le règne de Ferdinand le Catholique, avaient péri d^ns ces^horribles cérémonies, et vous fréîiiiréz comme moi , lorsque vous apprendrez qu'un grand inquisiteur, nommé Torquemada, s^ëtait vanté , dès le règne de ce prince, d'avoir fait périr ainsi dans les flammes

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ou dans les cachots plus de quatre*vingt mille personnes sous prétexte d'hérésie ou de sorcellerie.

Tant que Charles-Quint avait régnë^ ce prince avait mis des bornes au zèle sanguinaire des inquisiteurs y et quoique son ambition fût de dominer seul et sans partage , il avait combattu les protestants par les armes ou la politique , mais non pas employé contre eux les supplices et les tourments. Malheureusement il n'en fut point ainsi sous Philippe II , qui , persuadé que rien ne pouvait être plus agréable à Dieu que l'extermination de ceux qui refusaient d'obéir aux commandements de l'Église catholique , chargea l'inquisition de poursuivre les hérétiques jusqu'à la mort , et la seconda de toute sa puissance. Par son ordre les cachots du saint-office retenl;irent n\iit et jour des pleurs et des géutissemepts des victi* mes qu'on y qillàssaît ; les auto-da-fé devinrent plus fréquents que jamais en Espagne , et le roi lui-même eut la barbarie d'assister à l'une de ces horribles

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fêtes , où plus de cinquante personnes devaient périr dans les flammes.

Parmi les infortunés condamnés ce jour-là à subir le supplice du feu, se trouvait un cavalier espagnol de Tune des plus nobles familles du royaume, qui, voyant le roi se placer au premier rang pour jouir du spectacle de ses tourments , ne put s'empêcher de s'écrier : « Eh quoi ! Philippe , toi aussi tu viens assister aux tortures de tes sujets, au lieu de les arracher des mains de tes inquisiteurs. — Non , répondit le monarque hors de luimême , périsse le dernier des Castillans plutôt que de voir triompher l'hérçsie^» Ces affreuses paroles firent ÈâliE ^ "^''" reur tous ceux qui les entendirent , et l'on remarqua que depuis ce temps le caractère de la nation espagnole, jusqu'alors si noble et si généreux, devint défiant et inquiet par l'efTroi que l'inquisition inspirait à tous ceux qui avaient le malheur de vivre dans un pays où il n y avait plus rien à espérer de la justice du prince ni de la pitié des hommes.

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SYKGHROiriSBCES DE I^'hISTOIRE DE FRANGE.

1559. Henri II tué dans un tournoi par le comte de

Montgommery. — Avènement de François II.

1560. Conjuration d'Amboise. -^ Mort de Fran-

çois II ; son frère Charles IX lui succède.

1563. François de Guise assassiné par Poltrot devant Orléans.

1567, Bataille de Saint-Denis. — Meurtre da connétable Anne de Montmorenci.

Li MORT DS DON CARLOS. 273

Depuis l'an 1508 jusqu'à ran 4513.

Mais si la terreur des supplices avait presque étoufTé en Espagne les premiers germes du protestantisme , il s'en fallait bien , mes bons amis , que les autres Etats de Philippe II fussent préservés des nouvelles doctrines. Dans les Pays-Bas, particulièrement, la religion de Luther s'était répandue avec rapidité, et comme Finquisition n'était point encore établie dans cette province , Philippe envoya à Bruxelles le duc d'Albe , en lui ordonnant de poursuivre avec la dernière rigueur tous ceux qu'il soupçonnerait d'être enclins à la religion protestante, disant qu'il valait mieux cesser d'être roi que de régner sur des sujets hérétiques.

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Or, le duc d'Albe était un homme cruel et impitoyable pour qui les soufTrances de tout un peuple n^étaient qu'un jeu , et il usa avec tant de barbarie du pouvoir que Philippe lui avait con6é , qu'il fit périr en peu de mois une multitude de Flamands sous prétexte de protestantisme , et remplit les prisons de malheureux qu'il destinait au dernier supplice , pour épouvanter ceux qui pourraient être tentés de les défendre. Les bûchers ne s'éteignaient plus à Bruxelles , et les bourreaux eux-mêmes commençaient à se fatiguer, lorsque enfin quelques voix généreuses s'élevèrent en faveur de tant d'innocents injustement sacrifiés, et plusieurs seigneurs flamands résolurent de supplier Philippe de mettre un terme aux horreurs dont les Pays-Bas étaient le théâtre.

Parmi ces généreux défenseurs de l'humanité , se trouvaient trois hommes que leur caractère noble et leur position élevée avaient rendus chers et respectables à leurs concitoyens : l'un était le comte d'Egmont , à qui Philippe devait

hk MORT DE DON CABLOS. 275

ea grande partie la victoire de Saint- Quentin; Tautre le comte de HoRir, amiral des Pays*Bas , homme habile et loyal ; et le troisième enfin , Gdil- XATJME de I^ASSAU , prince d'OiiANGE , surnommé t£ Taciturne, à cause de son caractère grave et silencieux. Tous trois entreprirent de désarmer Timpitoyable duc d'Albe , en le conjurant d'avoir pitié des malheureux Flamands dont il pouvait craindre le désespoir; mais TËspagnol fut inexorable I et peu de jours après , ayant attiré dans son palais les comtes de Horn et d'£gmont, sous prétexte d'une féte^ il les fit saisir tous deux par ses gardes et plonger dans des cachots séparés I où ils passèrent plusieurs mois , traités avec la dernière rigueur. Quant au prince d'Orange y instruit du sort de ses amis, il n'attendit pas qu'une semblable trahison le fit tomber entre les mains du redoutable Castillan , et ayant trouvé moyen de quitter Bruxelles, il chercha un refuge en Allemagne , ou , ayant embrassé solennellement la religion ré-

formée, il fut accueilli avec faveur par les princes protestants qui , depuis leur défaite de Muhlberg , commençaient à réparer leurs désastres , et avaient repris de nouvelles forces pour combattre leurs adversaires. L'exemple du prince d'Orange fut bientôt suivi, dans les Pays-Bas, par un grand nombre des personnes les plus illustres et les plus éclairées; et l'Angleterre, la France et l'Allemagne reçurent alors plus de cent mille fugitifs qui allèrent porter dans ces contrées étrangères leurs richesses, et surtout leur industrie; car vous savez déjà que les Flamands étaient depuis longtemps une des nations les plus commerçantes de l'Europe, et qu'ils excellaient surtout dans la fabrication des tapisseries et des étoffes de laine. Mars ces fugitifs n'étaient pas les ennemis les plus redoutables de la tyrannie de Philippe n, et tandis que tant de malheureux allaient vivre en exil loin de leur patrie, un grand nombre de Flamands se décidaient à prendre les armes contre les troupes castillanes que le duc

d'Albe avait fait venir dans les Pays-Bas pour assurer Texécution de ses mesures sanguinaires. Les révoltés , à qui les £s« pagnols^ par mépris ; donnaient Tinsultante dénomination de G€EUx, avaient pris pour signe de ralliement une écuelle de bois , qu'ils suspendaient à leur cou ; et bientôt plus de trois cents seigneurs jQamands affectèrent de se parer de cet indice de la misère et de la persécution. En peu de temps la gu£USErie (ce fut le nom que prit l'association des mécontents) se répandit dans toutes les provinces de Flandre , où Ton vit à la fois des a Gueux de bois j » ainsi nommés parce qu'ils se retiraient dans les forêts pour échapper à leurs ennemis , et des (f Gueux marins j> qui y montés sur de petits navires, exerçaient la piraterie contre les marchands espagnols qui venaient trafiquer dans les ports des Pays- Bas. En vain le duc d'Albe essaya de faire rentrer les mutins dans le devoir en redoublant de cruauté envers ceux qui tombaient entre ses mains ; lorsque son

HIST. MODERNE. T. I. 4* thVT, 16

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armée était réunie, aucun ennemi ne paraissait devant elle ; mais dès qu'un petit nombre de ses soldats se montraient en rase campagne , ils étaient aussitôt as^ saillis et égorgés.

Maintenant, mes bons amis, il faut que vous sachiez que le roi Philippe II, quoiquMl ne fût pas encore avancé en âge , avait été marié trois fois , d'abord avec une princesse nommée Isabelle-Marie ^ fille d'Emmanuel le Fortuné, roi de Portugal, dont je vous ai parlé dans un autre livre ; ensuite avec la cruelle Marie, reine d'Angleterre , comme je vous l'ai dit dans l'histoire de ce royaume; et enfin avec Elisabeth de France , fille de Henri II , qui était une belle et vertueuse princesse. La première de ces trois reines lui avait donné un fils nommé ik)N Carlos, ce qui veut dire en espagnol le seigneur Charles , et ce prince était destiné par sa naissance à porter un jour les couronnes que Philippe réunissait sur sa tête.

Or, dès sa plus tendre enfance , don

LA MORT DK DON GARLOS. 279

Carlos montra un caractère hautain , obstiné et irascible qui deglut à son père ^ accoutumé à voir tout ployer devant ses moindres volontés. Mécontent de ce fils , sur lequel il avait d'abord fondé toutes ses espérances , il Téloigna pendant plusieurs années de sa présence, en l'entourant d'hommes sages et capables de lui donner de bons conseils ; mais il arriva de là un malheur que Philippe n'avait pu prévoir : c'est que l'impétueux Carlos s'accoutuma à craindre le roi comme un maître, mais non point à l'aimer et à le respecter comme un père.

Ce n'est pas que ce prince fût dé^r pourvu de toutes les qualités qui distinguent les jeunes gens bien nés; car il était généreux , appliqué à ses devoirs , plein de courage et capable de bonnes résolutions; mais l'inflexible sévérité de Philippe n'avait fait qu'irriter ce naturel indomptable qu'un peu de dou-> ceur et d'affection eût pu vaincre ; et il n'avait jamais connu les caresses de sa mère, qui était morte en lui donnant le

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jour, tandis que celles de soa père lui avaient toujours ëté refusées.

Mais ce qui acheva d^ig^r ce prince que nous ne saurions trop plaindre , c'est qu'après la mort de la reine Marie d'Angleterre, Philippe ayant demande au roi Henri II sa fille Elisabeth en mariage pour son fils , n'eut pas plutôt vu cette jeune princesse^ qu'il préféra l'épouser lui-même , et ordonna à don Carlos de renoncer à sa main. Le prince , indigné de cette injure , se retira alors du palais de son père ; et depuis ce temps , il ne reparut plus à la cour qu'aux jours des plus grandes cérémonies.

Cependant don Carlos avait appris dans sa retraite les maux affreux que la cruauté du duc d'Albe faisait peser sur les Pays-Bas; et un envoyé secret des Flamands révoltés bravant tous les dangers pour arriver jusqu'à lui , était venu lui offrir la royauté de cette province , s'il consentait à se mettre à leur tête, pour affranchir la Flandre de la domination espagnole. Don Carlos, dont cette ofifre

LA MORT DE DON CiRLOS. 281

flattait le ressentiment , raccuelllit avec reconnaissance, et promit aux Flamands de s'échapper secrètement de Madrid pour se rendre au milieu d^eux. II fixa même le jour où sa fuite devait avoir lieu, et tous les préparatifs en étaient terminés, lorsque Philippe fut informé des desseins de son fils , et de ses engagements envers ses ennemis.

Je vous laisse à penser, mes hons amis, quelle fut Tindignation de ce père terrible lorsqu'il apprit la trahison de son propre fils ; dans sa colère , il fît d'abord défendre au prince de sortir du palais , et se rendant bientôt lui-même dans Tappartement qu'il habitait : « Don Carlos, lui dit-il d'un air sévère, j'ai pu souffrir dans votre jeunesse vos défauts et votre désobéissance ; mais jamais je n'avais pensé que votre haine contre moi pût vous rendre coupable d'un parricide ; car c'est vraiment attenter à la vie de votre père que de vous unir à ses ennemis. Sachez donc que désormais cette salle vous servira de prison, et mes servi-

282 LA MOET DE DON CAllLOS.

leurs vous feront bientôt connaître mes volontés. »

En achevant ces paroles , le roi se retira y laissant le prince sous la garde de quelques-uns de ses domestiques y mais en même temps don Carlos vit avec effroi entrer dans son appartement le grand inquisiteur lui-même, suivi de plusieurs familiers du saint-office ; à cette vue , ce prince infortuné ne doutant plus du sort terrible qui lui était réservé, s^abandonna à la violence qui lui était naturelle , et repoussa d'abord avec énergie les hommes farouches qui l'entouraient ; mais lorsque l'inquisiteur lui eut fait connaître que le roi lui-même Tavait condamné à mort y il cessa d'opposer aucune résistance , et se laissa saisir par deux esclaves qui l'étranglèrent de leurs mains.

Ainsi périt, mes jeunes amis, par ordre de l'implaccible Philippe II , un prince que sa naissance appelait à monter après lui sur le trône qu'avait occupé Charles-Quint. Un mystère impénétrable enveloppa ce meurtre odieux sur lequel

Là mort de don CARLOS. 283

ses principaux auteurs gardèrent toujours un profond silence ; les deux esclaves qui avaient porté les mains sur le prince fu* rent plongés sans doute dans quelque cachot de Tinquisition , oii leur secret fut enseveli avec eux* Mais le lendemain de cet événement le bruit fut répandu à dessein dans Madrid que don Carlos avait été frappé d'un mal subit auquel il avait succombé en peu d'heures; et quelques jours après ^ son corps fut transporté en grande cérémonie dans les tombes royales de TE^curial , oii Ton montre encore aujourd'hui le cercueil qui renferme ses cendres.

En apprenant la mort cruelle de Tin- FAirr (c'«st le titre que reçoivent en naissant les puînés'de la maison d'Espagne), les protestants des Pays-Bas tombèrent dans la douleur et la consternation ; car que pouvaient - ils espérer maintenant d'un roi qui s'était fait le bourreau de son propre fils ? Et en effet leurs craintes ne tardèrent pas à se réaliser ; peu de mois après le meurtre de don Carlos ,

les comtes de Horn et d^Egmont , qui depuis longtemps étaient retenus en prison , malgré leur innocence , furent condamnés par Timpitoyable duc d'Albe au dernier supplice qu'ils subirent le même jour sur la place publique de Bruxelles. Les têtes de ces deux martyrs du patriotisme furent exposées sur des piques à la vue de la populace ; mais le temps n'était plus éloigné où le généreux sang que Philippe venait de répandre allait trouver des vengeurs.

STHGH&OmSME DB JL'HISTOIBE DE PRANCB.

1570. Suite du règne de Charles IX. — Commencement des guerres de religion.

DON JDAN D'aUTRICHB. 285

Depuis l'an 1570 juscpi'à Tan 1578.

A cette époque, mes bons amis , il y avait en Espagne un jeune homme dont personne ne connaissait la famille, et qui ne savait pas lui-même à quels parents il devait le jour. Un vieux seigneur, nomme QuixADA , l'avait élevé avec autant de soin que s'il eût été son propre fils; mais on remarquait que ce vieillard ne lui parlait jamais que la tête découverte , et avec tous les signes d'un profond respect.

Don Juan (c'était le seul nom que portât ce jeune inconnu) était beau, bien fait de corps et de visage , et se faisait remarquer parmi tous les autres hommes de son âge par la noblesse de ses manières autant que par l'adresse qu'il dé-

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ployait dans tous les exercices du corps auxquels se livrait alors la jeunesse castillane ; nul ne savait mieux que lui manier une lance ou une ëpëç , et personne ne déployait plus de grâce en domptant un cheval fougueux , ou en guidant un char attelé de deux élégants coursiers d'Andalousie. Ces qualités auxquelles on attachait un grand prix en Espagne , à cette époque où la chevalerie était encore en honneur, n'étaient pourtant pas les| seules qui distinguassent don Juan; il était brave ^ généreux , poli envers tout le monde, et savait se faire aimer de tous ceux qui l'approchaient.

Un jour que le roi Philippe II prenait le plaisir de la chasse dans une forêt voisine de la ville de Yall adolid, où la cour de Castille se trouvait alors rassemblée, le vieux Quixada conduisit son élève à cette réunion comme pour le faire jouir du spectacle qu'elle présentait; mais quel fut Tétonnement de don Juan lorsque le roi lui-même, l'appelant par son nom au milieu de la foule qui l'entourait , lui

ordonna de s'approcher^ en faisant signe à ses courtisans de se tenir à Tëcart, Le jeune homme descendit aussitôt de cheval y et mit un genou en terre pour témoigner au roi tout le respect dont il était pénétré; mais Philippe, le relevant arec une bonté qui ne lui était point ordinaire y lui demanda en souriant s'il connaissait le nom de son père.

A cette question inattendue , don Juan rougit de honte de ne pouvoir y répondre ; mais le roi , le serrant alors dans ses bras à la vue de toute la cour : «Mon enfant , lui dit-il , vous appartenez à la plus noble famille du royaume, car l'empereur Charles-Quint est votre père et le mien. >i

Je vous laisse à penser ce que devint le jeune homme en entendant ces paroles; dans le premier moment , il crut avoir mal compris le discours du roi ; mais lorsque celui-ci lui eut donné tout haut le titre de frère, en ordonnant à ses courtisans de le respecter désormais comme son plus proche parent , don Juan

288 PON JUAN D*ADTR1CHK.

comprit enfin qu'il n'ctait point le jouet d'une illusion , et comme il avait le cœur noble et l'âme élevée, il ne fut point ébloui d'une si haute fortune.

En effet, mes bons amis, ce jeune homme , élevé avec tant de soin et de mystère par le discret Quixada , était le propre fils de l'empereur Charles-Quint ; mais comme sa mère n'était point une princesse, ce monarque n'avait pas pu lui accorder les honneurs dus aux infants d'Espagne. Cependant , au moment d'expirer, il avait exigé de Philippe la promesse que, si don Juan se montrait digne de sa haute naissance, il lui apprendrait quel était son père, et lui donnerait à sa cour le rang qui convenait à un frère du roi d'Espagne.

De ce moment, don Juan ne cessa pas de se distinguer par des actions nobles et courageuses; quoique Philippe , auquel ses belles qualités ne tar« dèrent pas à inspirer de la défiance et de la jalousie , l'eût d'abord destiné aux: dignités de l'Eglise, et le pressât même

BON JUAN D'aUTRICHK. 289

d'entrer dans un monastère où il espérait enfouir les dons heureux que son frère avait reçus de la nature, le jeune prince montra un si vif désir d'acquérir de la gloire, que le roi, malgré sa répugnance, lui permit d'embrasser la carrière des armes , où par ses exploits il surpassa bientôt tout ce qu'on attendait du fils de Charles-Quint.

A cette époque , il arriva que les Maures d'Andalousie, que Philippe II détestait comme tous les ennemis de la religion catholique, devinrent, de la part de ce prince , l'objet d'une persécution qui les réduisit au désespoir ; nonseulement ce monarque ordonna à ces malheureux d'abandonner sans retard la religion de leurs pères pour recevoir le baptême , mais encore il leur défendit , sous les peinesi les plus sévères, de faire usage des bains auxquels ils étaient accoutumés, de porter les vêtements de leur nation, et même.de déposer des rameaux verts sur les tombeaux de leurs parents, selon une coutume touchante des peuples

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