HIST. MODERNE. T. I. 4* ÉDIT
asiatiques qui s'était conservée parmi eux. Un grand nombre de ces infortunés, ne pouvant se soumettre à uii si dur esclavage, cherchèrent secrètement un asile en Afrique , où ils furent accueillis par leurs frères de Maroc et de Tunis ; mais la plupart d'entre eux , n'ayant pu parvenir à sortir d'Espagne , résolurent de prendre les armes pour se soustraire à des lois qui leur paraissaient cent fois plus rigoureuses que la mort même ; car il n'y a rien de plus cher à un peuple que les mœurs et les usages qu'il a reçus de ses ancêtres. En une même nuit, sur toutes les montagnes de l'Andalousie^ on vit s'élever des tourbillons de flamme qui n'étaient autres qu'un signal pour les Maures de s'armer en hâte contre les Espagnols ; leurs femmes même prirent de longues aiguilles pour percer le ventre des chevaux castillans ; le drapeau rouge des rois de Grenade reparut dans les campagnes , et un Maure , qui passait pour l'un des descendants des anciens princes de cette ville, réunit en un in-
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stant une armée considérable , avec laquelle il mit en déroute les troupes es* pagnolesque Philippe envoya contre lui.
Ce fut alors, mes jeunes amis, que don Juan j pour la première fois , montra de quels talents il était doué pour la guerre ; à la tête de quelques bataillons espagnols qui avaient cpmbattu autrefois sous son père à Mublberg et en Flandre, il marcha contre les rebelles, les défit dans plusieurs combats , et reprit toutes les villes dont ils s'étaient emparés. Leur chef lui-même , qui avait pris le titre de roi de Grenade, tomba en son pouvoir, et en peu de jours, les musulmans dispersés furent réduits à chercher un refuge contre Tépée des vainqueurs dans les montagnes des Âipuxares. Mais une 'guerre sans gloire contre une nation sans défense ne pouvait plaire au grand cœur de don Juan, et dès qu'il n'eut plus d'autres ennemis à poursuivre que des hommes désarmés, ou des femmes* fuyant avec leurs enfants leurs chaumières incendiées , il quitta avec horreur l'An-
dalousie. Après son départ, ce fut à des inquisiteurs que Timplacable Philippe confia la charge d'exterminer , par des supplices, ce que l'épée des soldats avait épargné de cette race infortunée ; mais ce prince sanguinaire , en poursuivant ainsi les Maures avec acharnement , fut puni lui-même de sa cruauté ; car la ruine de cette nation , qui jusqu'alors avait seule soutenu en Espagne les belles fabriques d'étoffes de soie et de tapis précieux autrefois établies par les Arabes à Séville, à Cordoue et à Grenade, priva ce royaume de cette source de richesses dont d'autres peuples s'emparèrent et tirèrent bientôt des bénéfices considérables.
Cependant d'autres combatsappelaient déjà don Juan d'Autriche sur un nouveau tbéâtre où de plus grands périls allaient exciter son courage. A cette époque, Soliman le Magnifique avait cessé de vivre depuis plusieurs années, mais son successeur , Sélim II , avait réuni une grande flotte avec laquelle il prétendait chasser
les chrétiens de la Méditerranée, et ruiner le commerce des Vénitiens, en leur enlevant les îles grecques que cette nation marchande possédait encore dans cette mer; mais ceux-ci s^étant adressés à Philippe II pour obtenir des secours contre ces redoutables ennemis de la chrétienté, ce prince, à la prière du pape qui, dans ce temps-là, se nommait Pie V, leur envoya don Juan à la tête d'une formidable flotte espagnole, qui, jointe à celle de Venise, atteignit les vaisseaux ottomans à la vue d'une petite ville grecque nommée LoÉPATfTE, où les Turcs et les chrétiens se préparèrent à tenter de nouveau le sort des armes.
C'est un spectacle terrible et imposant, mes jeunes amis , que celui de deux armées ennemies marchant à pas précipités Tune vers l'autre, pour se disputer le terrain qu'elles vont arroser du sang de leurs plus braves guerriers : mais rien n'est comparable à l'aspect d'un combat naval, oîi chaque vaisseau,s'environnant tout à coup d'un tourbillon de flamme et de fumée,
semble vomir la foudre par les cent canons qu'il porte. Là^ c'est la mort sous toutes lesformes ; ce sont les mâts et les cordages qui j brises par les boulets , tombent sur les combattants et les écrasent ; c'est l'incendie qui dévore un navire et l'engloutit avec un fracas épouvantable ; ce sont les cris déchirants desblessés, mêlés aux mugissements des flots et au sifQement de la tempête.
Tel fut l'effroyable tableau quç pré-; senta pendant plusieurs heures cette rade de Lépante, oîi se livra, entre les Ottomans et les galères d'Espagne et de Venise, une des plus sanglantes batailles dont la mer ait jamais été le théâtre. La victoire, après avoir été longtemps balancée, se déclara enfin pour les armes chrétiennes ; mais elle fut due principalement à l'intrépidité de don Juan, qui, ayant distingué dans la mêlée le vaisseau de Tamiralturc, s'y élança le premier, à la tête des plus vaillants guerriers espagnols de son navire, tua l'amiral de sa propre main , et ayant fait placer sa tête
au bout d'une pique , apprit ainsi aux musulmans qu'ils n'avaient plus de chef. Plus de deux cents vaisseaux et trentedeux mille soldats périrent de part et d'autre dans cette journée ; mais pendant longtemps les Turcs , effrayes d'une pareille défaite, suspendirent leurs efforts contre les nations chrétiennes , et tout l'honneur de cette victoire appartint à la valeur de don Juan.
Le lieu où fut donnée cette bataille mémorable est célèbre sous plus d'un rapport dans l'histoire. C'est à peu de distance de ces parages qu'est situé le fameux promontoire d'Actium, auprès duquel Octave et Antoine se disputèrent autrefois l'empire du monde ; et tout près de là, s'étend le golfe de Navaein, où, de nos jours , une nouvelle défaite des Ottomans a illustré les armes de plusieurs nations chrétiennes.
En apprenant l'heureuse issue de la bataille de Lépante, la joie fut générale en Europe , et le pape Pie V, qui , par ses prières , avait préparé ce triomphe
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éclatant des flottes chrétiennes , ne put s'empêcher de prononcer , en l'honneur du jeune héros à qui elle était due , ces paroles remarquables de l'Évangile : Il y eut un homme envoylé de dlç;u , qui s'appelait Jean.
Quant à Philippe II, mes bons amis, vous croiriez peut-être qu'il se réjouit du succès de ses armées et de la gloire que son frère venait d'acquérir; eh bien, il en fut tout autrement. On ne vit pas sur son visage impassible se manifester le plus léger témoignage de satisfaction, et quelqu'un lui ayant dit , pensant lui être agréable, que don Juan avait vaincu les Ottomans, quoiqu'ils fussent bien plus nombreux que son armée : (( C'était une imprudence de (a part de mon frère, dit-il d'un ton sévère , que de hasarder un combat contre un ennemi si supérieur en nombre. » Depuis ce temps, chaque fois qu'on prononçait devant ce monarque le nom du vainqueur de Lépante, on remarqua que la pâleur couvrait son front; et personne ne douta que la
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jalousie quMl ressentait des exploits de son frère ne le lui eût rendu odieux. Aussi, peu de temps après, don Juan étant tombé dangereusement malade dans les Pays-Bas, où Philippe Pavait envoyé pour succéder au cruel duc d'Albe, que sa barbarie avait fait abhorrer des Flamands, et ayant succombé en quelques heures à un mal inconnu y le bruit se répandit dans toute l'Europe qu'il avait été empoisonné par ordre du roi , que sa renommée et ses vertus importunaient. Cependant il voulut bien accorder à ce jeune héros une sépul* ture royale dans les caveaux de l'Escurial , aimant mieux sans doute le combler après sa mort d'honneurs funèbres, que d'avoir à le redouter pendant sa vie.
Don Juan d'Autriche, dont le nom est un des plus glorieux de son siècle , n'avait que trente-trois ans lorsqu'il mourut à Bruxelles; mais cette fin prématurée ne fit qu'ajouter encore à l'illustration de sa naissance et de sa vie , et l'Europe entière vit avec horreur le plus puissant trône du monde occupé par
un prince meurtrier de son fils, empoisonneur de son frère, et persécuteur im* placable d une multitude de ses sujets.
STUGHaOïriSBfES DE l'hISTOTRE de FRANCE.
1570. Suite du règne de Charles IX.
1572. Massacre de la Saint-Barthélémy.
1574. Mort de Charles IX. — Sou frère Henri III
lui succède.
1577. Formation de U ligne Catholique.
l'arhaoa on u FLom invinciblk. 2W L'ÀRMÂDA