‹ L'histoire moderne, racontée à la jeunesseChapitre 45 sur 117 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

BORRANt KT DROZ, | AU.OUARD ET KiEPPEUN,

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ASTOR, LENOX AND TIUDEN F0UNUA1I0N8

MODERNE

Si vous avez sous les yeux, mes jeunes amis , une carte géographique de PEurope actuelle, remarquez, je vous prie, au nord de cette belle partie du monde, les immenses contrées d'où sont sortis autrefois la plupart des peuples barbares qui renversèrent Tettipire d'Occident, et fondèrent successivement presque tous les royaumes que nous voyons aujourd'hui.

BIST, MODERNE^ T. II, 4* ^D. t

Parmi ces contrées^ les unes, situées entre la mer du Nord et la mer Baltique | furent le berceau de ces nations innombrables qui^ à cette époque^ sous le nom de Goths et de Gépides, se précipitèrent, comme des torrents , vers les climats plus doux de la Grèce et de ritalie; les autres , au contraire ^ qui s'étendent au delà du Danube et bordent au nord les rivages de la mer Noire et de la mer Caspienne, furent parcourues en tous sefls y pendant un grand nombre de siècles 9 par cette multitude de tribus diverses que les anciens confondaient sous la dénomination commune de Scythes , peuples sans cesse errants dans de vastes solitudes 9 oii vous vous souvenez sans doute d'avMr lu quelque part que Darius, fils d'Hystaspes^ dut renoncer aies poursuivre.

Or, en vous racontant^ il n'y a pas longtemps, Thistoire du moyen âge^ je vous ai fait observer que le puissant Charlemagne^ par ses victoires sur les Barbares qui menaçaient la Grermanie,

força ces peuples envahisseurs à mettre un terme à leurs courses vagabondes, et à s'arrêter enfin de T autre côté de TËlbe, ce grand fleuve du pays des Saxoits, au delà duquel s'élevèrent , avec le temps ^ des États considérables. Telle fut ^ quelques siècles plus tard^ la province mare* cageuse où se fixèrent , entre l'Elbe et la Yistule, les Bohusses ou Prussiens, na« tion sauvage et idolâtre, qui furent les aïeux de Tun de nos principaux peuples modernes* Telle fut encore^ sur les bords de laVistule^ cette autre contrée où se répandit cette race nombreuse d'hommes à cheveux blonds, qui , sous le nom de Slaves ou d'EscLAVovs , s'étendirent progressivement depuis Tembouchure de ce fleuve dans la Baltique^ jusque sur les bords du golfe Adriatique.

A une époque antérieure^ mes jeunes amis , d'autres Barbares , appelés RoxohAJXS ou RuTHÈinss^ donnèrent le nom de Russie à ce vaste territoire qui, appartenant en même temps à l'Europe et à l'Asie y se trouve à la fois baigné par

les flots de quatre mers différentes, la mer Glaciale, la Baltique, le Pont-Euxin et la mer Caspienne. Des fleuves rapides et profonds la traversent dans tous les sens ; des plaines immenses sans culture, appelées Steppes , rendent son aspect grave et solennel, et ses antiques forêts de sapins étalent aux yeux leur verdure noirâtre que ne peuvent flétrir ni les courtes ardeurs d'un été brûlant de quelques semaines, ni les frimas d'un hiver long et rigoureux. Aux Slaves de la Vistule fut donné le nom de Polaques ou de Polonais, et à leur pays, ancienne patrie des Sarmates , des Vandales et des Lombards, celui de Pologne ; les Slaves des régions orientales reçurent le nom de Russes, et cette différence de dénomination ne fut pas la seule qui distingua ces deux peuples dont le temps n'a fait que rendre la «diversité plus sensible, comme vous le verrez par la suite de cette histoire.

Mais entre la mer du Nord et la Baltique, ces froides contrées que les Ro-

mains avaient appelées <c la fabrique du genre humain , » à cause de la multitude de Barbares qu elles avaient vomie sur l'Occident, divers États s'étaient élevés, et commençaient à se faire connaître des autres nations de l'Europe. Auprès de l'embouchure de l'Elbe s'étend une large presqu'île , qui, jointe à un gronpe d'îles plus ou moins considérables, forme le royaume de Danemark d'où sortirent', au moyen âge ,. ces nuées de pirates danois et normands qui envahirent l'Angleterre et une partie de l'ancienne Neustrie gauloise. Placé à l'entrée de la Baltique dont.il semble le gardien contre les peuples du Midi, le Danemark a toujours été habité par une nation guerrière et maritime, qui, pendant longtemps, produisit les plus hardis navigateurs du monde entier. Un étroit bras de mer le sépare au nord d'une presqu'île beaucoup plus vaste qui, s'étendant jusqu'aux bords de la mer Glaciale , touche au climat rigoureux de la Laponie, triste et froide région sur laquelle règne chaque

année une nuit de plusieurs mois. Cette presqu'île^ mes bons amis , renferme les deux royaumes de Norwége et de Suède, antique berceau des races gothiques et Scandinaves, et c'est là que l'on retrouve encore des monuments remarquables de la religion d'Odin , et un grand nombre de ces Runes magiques, dont je vous ai parlé dans la mythologie de ces peuples sauvages.

Cependant ces contrées, qui étaient demeurées si longtemps inconnues aux peuples méridionaux, cessèrent enfin d'être le refuge de l'ignorance et de la barbarie j et les Goths , après avoir dé-* vaste pendant plusieurs siècles la Germa* nie , la Grèce et l'Italie , en rapportèrent les germes d'une civilisation nouvelle, qu'il appartenait à la religion chrétienne de faire éclore et de développer; mais vous ne savez peut-être pas encore, mes amis , ce que veut dire ce mot de « ci-» VILT8ATION, » et je vais tâcher de vous expliquer ce que signifie cette expression , que vous trouverez souvent em-

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ployée dans des livres plus savants que celuÎK^i*

Dans les différentes histoires que voua avez étudiées jusqu^à ce jour, je crois vous avoir fait comprendre sufBsaipHient quels étaient les mœurs et le caractère des peuples que Ton nommait Barbares, et aucun de vous n'ignore sans doute à présent que cette dénomination désignait ces nations féroces et presque stupides qui, vivant en peuplades ou en tribus vagabondes et voyageuses^ sans religion, sans villes, sans autre frein que leur propre volonté, se livraient aux actions les plus cruelles, confondaient la vio* lence et le pillage avec la liberté, et portaient jusqu^à la démence l'ivrognerie, la vengeance, la colère, la rapacité et toutes les passions brutales et dégoûtantes qui font descendre l'homme au« dessous des animaux même, à qui la Providence n'a pas donné, comme à nous, l'inappréciable bienfait de la raison.

Mais à ce misérable état de barbarie, mes bons amis, si vous comparez oehii

de ces nations polies, instruites^ dociles aux lois que quelques hommes éclairés ont établies pour l'avantage de tous; chez lesquelles il est honteux d'être gourmand, d'être menteur, d'être paresseux, de s'abandonner à la colère ou à la jalousie; si vous opposez à la religion stupide des sauvages le culte de ces peuples qui honorent Dieu comme le souverain maître de l'univers, et qui lui élèvent des temples au milieu de leurs villes , afin que chacun sache que c'est un lieu consacré au Créateur de toutes choses; oh! mes amis, ces peuples-là ne ressemblent plus en rien aux Barbares dont je vous parlais tout à l'heure, et l'on dit alors qu'ils sont parvenus à la civilisation ou qu'ils sont civilisés. Chez une nation civilisée, il n'est plus permis à personne de faire aucune action qui puisse être nuisible à son prochain, et si tous les hommes ne sont pas également bons , justes et charitables, tous n'en sont pas moins obligés de respecter l'ordre établi, et de s'y soumettre.

A présent, j'en suis certain, mes jeunes amis , si je vous demandais à laquelle de ces deux espèces d'hommes ap* partenaient les Scythes, les Huns, les Vandales , les Tartares , les Lombards , les Hongrois, qui ravagèrent le monde à diverses époques , chacun de vous s'empresserait de me répondre que tous ces peuples étaient des Barbares ; tandis qu'au contraire , si je vous nommais les Israélites, les Égyptiens, les Athéniens, les Grecs de Constantinople, les Maures d'Andalousie , les Italiens de Rome , de Venise et de Florence, vous me diriez tous, d'une commune voix, que ces nations avaient atteint un haut degré de civilisation , puisque c'est parmi elles que se sont formés les premiers éléments des arts et des lumières qui nous éclairent aujourd'hui.

10 l'union DB CALMAa.

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