L'UNION DE CALMAR
Depuis Pan 1346 jusqu'à Pan 1397.
Quand je vous ai raconté dans un autre livre, mes jeunes amis, Thistoire de Knut le Danois qui soumit l'Angleterre à la domination des hommes du Nord , je vous ai dit que ce prince embrassa la religion chrétienne, et qu'il fit même un pèlerinage à Rome pour visiter les tombeaux des apôtres saint Pierre et saint Paul, et recevoir la bénédiction du pape.
Depuis cette époque les nations scan* dinaves avaient vu plusieurs moines allemands et saxons venir parmi elles prêcher l'Évangile, et presque tous les habitants de ces contrées sauvages s'étaient soumis à recevoir le baptême ; ce
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n'est pas y mes bons amis , que ces peu-> pies rudes et ignorants comprissent dès lors toute la pureté de notre sainte reli-* gion, et quils renonçassent aussitôt à leurs mœurs grossières ; mais, devenus chrétiens y ils cessèrent de se regarder comme les eOBemis des autres hommes ; et, quoiqu'ils conservassent encore l'humeur belliqueuse et le caractère aventureux de leurs ancêtres, les lïormands, ils commencèrent à apprécier les bienfaits d'une existence plus douce.
Pendant plusieurs siècles , les princes auxqitôls les peuples du Nord obéissaient ne furent que de simples chefs de guerre qu'ils choisissaient pour leurs expéditions lointaines, comme ces farouches rois de mer dont il est tant question dans l'histoire d'Angleterre. La plupart de ces princes même, dont la mémoire s'était perpétuée par de vieux récits ou des chansons sauvages que les grands* pères répétaient à leurs petits ^enfants , étaient à leurs yeux des enchanteurs ou des magiciens^ et ce fut pour cela qu'ils
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regardèrent longtemps Odin, l'un de leurs plus anciens rois , comme le père et le chef de leurs dieux.
Mais si les habitants du Danemark et de la Suède oublièrent par degrés les mœurs grossières et le caractère féroce qui les avaient rendus si redoutables aux autres nations de TËurope, il ne faut pas croire pour cela qu'ils renonçassent entièrement à leurs anciens usages. A peine sortis de la barbarie dans laquelle ils étaient demeurés plongés pendant tant de siècles, ils continuèrent à choisir leurs rois parmi les seigneurs qui leur paraissaient les plus propres à les gouverner avec gloire, et les trois royaumes du Nord restèrent électifs, c'est-à-dire qu'après la mort de chaque monarque, les principaux seigneurs et les évêques de ces divers Etats se rassemblaient pour désigner celui qui devait monter sur le trône à sa place.
Or, il arriva qu'un roi de Danemark, nommé Waldemar, qui passait pour l'un des descendants d'Odin, après avoir ré-
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gné glorieusement sur ce royaume, et étendu sa domination sur plusieurs des provinces slaves qui bordent la mer Baltique, mourut en ne laissant qu^une fille, nommée Marguerite, qu'il avait mariée à un roi de Norwége , appelé Haquin. Mais à quelque temps de là le roi Haquin étant aussi venu à mourir, la reine Marguerite, qui était une femme d'un grand caractère et d'une ambition plus grande encore , conçut la pensée de réunir sur sa propre tête les trois couronnes de Danemark , de Norwége et de Suède , afin de ne former qu'un seul royaume de ces trois États.
A cette époque , mes jeunes amis , le royaume de Suède présentait à peu près le même aspect que les autres pays de l'Europe pendant la plus grande partie du moyen âge. On y voyait un grand nombre de ces sombres châteaux forts dont la féodalité avait autrefois hérissé la France, l'Angleterre et l'Allemagne , et où vivaient, entourés de leurs vassaux armés , des seigneurs rudes et batailleurs.
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Quelques villes seulement s'élevaient dans ce royaume , et Stockholm ellemême j qui en était la capitale , n'avait que peu d'importance. Aussi la plus grande partie du peuple appartenait-elle à la classe des paysans qui, répandus dans les campagnes , formaient une nation bien plus sauvage que les bourgeois des villes. Habituellement vêtus de peaux de bêtes sauvages dont les forêts du Nord étaient peuplées, les paysans suédois se livraient avec ardeur aux fatigues de la chasse , qui les rendaient de bonne heure robustes et courageux , et dont ils tiraient un bénéfice considérable en ven-^ dant les fourrures des bêtes qu'ils avaient tuées y aux marchands des villes anséati* ques qui les répandaient ensuite dans toute l'Europe.
Mais, parmi les seigneurs suédois, ceux qui surpassaient tous les autres par leurs richesses et leur puissance , c'étaient les évêques y qui possédaient à eux seuls les principales villes et les campagnes les plus fertiles. Ces évêques n'étaient qu'au
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nombre de six , et iU avaient pour chef ou pour primat TarcbeTêque d'UpsAL, Tune des plus anciennes viîlea du Nord, où s'élevait autrefois un temple fameux bâti en Thonneur des trois grandes divi«nitës Scandinaves, ainsi que je vous Tai raconté dans la Mythologie.
Dans le temps que Marguerite de Waldemar était reine de Danemark et de Norwége , le trône de Suède était occupé par un prince allemand nommé Albert j>E Mecklembourg 9 que les seigneurs et les évêques suédois avaient choisi pour roi à cause de ses belles qualités. Mais comme il arrive trop souvent, mes bons amis y cette élévation devint funeste au roi Albert ; car à peine se vit^il maître de cette couronne , qu'oubliant ce quUl devait à Taffection de ses peuples, il s'empara des principales forteres^s du pays y fît entrer des soldats étrangers dans la plupart des villes^ et traita ensuite les Suédois de toute condition avec tant de hauteur et de dureté , que ceux-ci , résolus de renverser ce monarque qui les
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avait trompés, implorèrent le secours de Marguerite de Waldemar, et lui offrirent la couronne de Suède, si elle voulait les délivrer d'un si méchant homme.
Maintenant il faut que je vous dise que, depuis les plus anciens temps, les Danois et les Suédois étaient ennemis les uns des autres, et que bien souvent des guerres sanglantes avaient éclaté entre ces deux nations. Mais Marguerite , qui se flattait d'effacer cette vieille haine en réunissant les deux peuples sous sa puissance , accepta avec joie la proposition des seigneurs et des évêques de Suède , qui aussitôt , prenant les armes , déclarèrent au roi Albert que , cessant désormais de lui obéir, c'était la reine de Danemark qu'ils avaient choisie pour souveraine.
Je vous laisse à penser quelle fut l'indignation d'Albert de Mecklembourg en apprenant cette nouvelle; dans sa colère, il se mit à la tête d'une armée allemande , et voulut du moins disputer avec courage un trône que ses fautes lui faisaient
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perdre; mais une seule bataille suffit pour ruiner toutes ses espérances , car ses troupes ayant été défaites auprès d'une vilie de Suède nommée Falkio- PING, il tomba lui-même entre les mains des vainqueurs avec son fils et ses principaux officiers , et se vit contraint , pour racheter sa liberté et peut-être sa vie , de renoncer pour jamais à la couronne de Suède.
Par cet événement j mes jeunes amis , Marguerite de Waldemar se trouva à la fois souveraine des trois États de Da* nemark y de Suède et de Norwége ; et comme y dans ce rang suprême , elle s'illustra par une multitude de travaux utiles qui arrachèrent entièrement ses peuples à la barbarie dans laquelle ils avaient vécu jusqu'alors , elle fiit surnommée la Semiramis du Nord, en souvenir de cette puissante reine de Babylone avec qui, d'ailleurs, elle avait plus d'un trait de ressemblance par son ambition et ses grandes qualités.
Cependant Marguerite , parvenue à un
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si haut degré de gloire , pensait aouvenl; avec douleur que cette puissance qu'èllci venait de fonder serait sans doute dîs<* soute après elle^ parce, qu'elle n'avait point de fils qui pût un jour hériter de ses trois couronnes ; mais ^ comme cette princesse orgueilleuse et jalcmse du pouvoir suprême craignait de voir celui qu'elle désignerait pour son successeur jouir, de son vivant, d'une partie des honneurs de la royauté, elle résolut de choisir pour son héritier un de ses pe«>* tits^ neveux qui n'était encore qu'un en-** fant , et portait le titre de duc de Pomi** RAiriE, Tune des provinces allemandes situées sur la mer Baltique, entre l'em'^ bûuchure de l'Elbe et celle de la Vistule« De plus, pour rendre ce choix agréable aux Suédois , elle changea le nom de ce jeune prince, qui jusqu'alors s'était appelé Henri , en celui d'ÉRic que plusieurs anciens rois de Suède avaient porté au-^ trefois.
Lorsque cette femme habile eut ainsi préparé les esprits à l'accomplissement
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de ses desseins y elle convoqua ^ dans une ville de Suède nommée Calmar y les sei-" gneurs, les évêques et les principaux habitants de ses trois royaumes, et leur présentant le jeune duc de Poméranie comme son héritier, elle les pria avec tant de grâce et d'éloquence de le recon-* naître pour leur souverain lorsqu'elle aurait cessé de vivre , que tous les assistants, touchés des prières d'une reine qu'ils étaient accoutumés à respecter, accueillirent avec joie sa proposition.
En même temps , Marguerite leur proposa de jurer que désormais les trois Etats du Nord obéiraient au même souverain, sous la condition que ce prince, quel qu'il fût , habiterait chaque année, pendant le même espace de temps, chacun de ces royaumes, et ne ferait jamais en-< trer dans l'un les troupes et les magistrats de l'autre : à cette condition, qui fut acceptée par toute l'assemblée, les trois peuples s'engagèrent par serment à vivre sous la domination du même roi , et l'am* bitieuse Marguerite eut la gloire de réu-
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nir sous son sceptre trois nations qui jusqu'alors avaient toujours été divisées ou rivales.
Cette loi célèbre que les peuples scan*dinaves reçurent alors avec reconnais^ sance , et à laquelle on donne le nom d'UNiow DE Calmar, mes jeunes amis, est un événement trop remarquable pour que je ne vous engage point à en garder le souvenir; mais vous verrez bientôt que cette union, qui semblait devoir assurer la paix et la sécurité des nations du Nord , devint au contraire , pour cette partie de l'Europe , la source d'une infinité de troubles et de guerres sanglantes , plus déplorables cent fois que les malheurs qu'elles s'étaient flattées d'éviter en se soumettant aux volontés de la puissante Marguerite.
SYirCHROiaSMES DB l'hISTOIBE DB FRANCE.
1346. Règne désastreux de Philippe de Valois. —
Bataille de Crécy.
1347. Siège de Calais.
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1348. La peste noire.
1350. ÀYénement de Jean II.
1356. Bataille de Poitiers et captivité du roi Jean. 1360. Traité de Brétigny.
1364. Règne de Charles V.
1380. Ayénement de Charles VI. — - Sa démence. 1392. Rivalité des maisons de Bourgogne et d'Orléans.
1306. Bataille de Nicopolis. (Hist. du moyen âge. )
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Depuis Pan 1397 jusqu'à Tan 1530.
Il y avait déjà un certain nombre d'années y mes jeunes amis , que les peuples du Nord s'étaient soumis à l'union de Calmar^ et la reine Marguerite avait cessé de vivre , laissant sa triple couronne à son neveu Éric le Poméranien, lorsque ce prince, qui était d'un caractère hautain et orgueilleux, au lieu de traiter les Suédois comme des sujets soumis , affecta au contraire de faire peser sur eux une domination rigoureuse et sévère , comme s'ils eussent été des peuples vaincus. Au mépris des conditions du traité de Calmar, il fit entrer des soldats allemands en Suède , donna à des seigneurs danois les plus hautes dignités de ce royaume/ et
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«cita ainsi parmi les Suédois un si vif inécdntentement, que ceux^i^ regrettant^ mais trop tard y le serment qu'ils avaient fait d^obéir au roi de Danemark , réso«> lurent de s'affranchir d'un joug qui désormais leur semblait insupportable.
A cet effet 9 les principaux des trois classes des seigneurs , des bourgeois et des paysans s'étant réunis pourélire un prince de leur nation j firent choix d'un noble suëdoisnomméCHARLfisCAHtJTSON^qu'ils proclamèrent roi de Suède ^ en le chargeant de chasser les Danois du royaume.
Ce prince, qui était doué de grandes qualités, secondé par la confiance de son peuple ^ accomplit cette tâche difficile , et délivra la Suède du joug étranger^ mais pour prix de ses travaux il eut la douleur d'être trahi par la plupart de ceux qu'il croyait ses amis , devenus jaloux de son élévation/^ et sa vie entière, s'écoula dans des guerres interminables. Parvenu à une vieillesse avancée , et se sentant près de mourir , Charles Canutson désigna pour son successeur un de ses neveux nommé
Sxiif ON 9 qui avait aussi ud grand courage et une véritable habileté; mais comme il savait que beaucoup de Suédois voyaient avec peine qu'un de leurs égaux eût pris le titre de Roi , le vieux monarque lui conseilla de se contenter de celui d^AD- MiirisTRATEUR du royaumc pour désarmer leur jalousie; et^ en effet ^ tant qu'il vécut,' Sténon régna sous ce nom d'administrateur que deux princes de sa fa-mille portèrent successivement après lui pendant plus de cinquante ans.
Cependant, mes bons amis, les rois de Danemark, qui se succédaient dans le même espace de temps, ne pouvaient oublier que Tunion de Calmar avait autrefois soumis les trois royaumes du Nord à la puissance danoise , et Tun d'eux , nommé Christiern d'Oldenbourg, conçut le désir de replacer la Suède sous sa domination, et de saisir la première occasion qui s'offrirait pour l'accomplissement de ce dessein.
Dans ce temps-là, précisément, la Suède était troublée par la haine mor-
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telle qui régnait entre Tadministrateur Sténon II et Tarchevêque d*Upsal , nommé Gustave Troll , qui , en sa qualité de primat de Suède j prétendait qu'à lui seul appartenait le droit de gouverner ce royaume. Ce dernier^ qui était un homme ambitieux et intraitable^ dans le but d'abattre son ennemi , appela secrètement les Danois en Suède y et y à la faveur de la désunion de ces hommes puissants^ Christiern eut la satisfaction de faire passer dans cette contrée une armée qui mit en fuite^les soldats de l'administrateur, et s'empara en peu de mois de Stockholm , d'Upsal et de la plupart des provinces suédoises. Sténon lui-même j après avoir vaillamment combattu les ennemis, périt dans un combat, ne voulant pas survivre au malheur de sa patrie 9 et le royaume de Suède tout entier retomba sous la domination danoise. .
Dans presque toutes les histoires que je vous ai racontées jusqu'à présent , mes jeunes amis , je vous ai parlé de plusieurs