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meilleurs amis eux-^mémes ne purent que le supplier de fuir ce pays désolé , où la vie d'aucun Suédois n'était plus en sûreté.
Pendant ce temps ^ mes bons amis, Christiern avait appris que son prisonnier lui était échappé | et ne doutant pas qu'il ne cherchât à rentrer en Suède , parce qu'il connaissait son courage et sa résolution, il fit annoncer de tout côté qu'une grande récompense serait donnée à celui qui livrerait Gustave, mort ou vif; heureusement pour cet intrépide jeune homme que , promptement informé du danger qui le menaçait, et résolu de sauver des jours qui pouvaient être utiles à sa patrie, il eut encore le temps de se soustraire à toutes les recherches que les Danois dirigèrent contre lui ; mais ce ne fut qu'à travers mille périls qu'il parvint à leur échapper..
Un jour entre autres que, poursuivi de près par des cavaliers qui avaient découvert sa retraite, le proscrit s'était réfugié dans un village occupé par les Danois,
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il fut rëduit à se cacher sous une charrette chargée de paille que conduisait un paysan, et traversa ainsi, sans être aperçu, toute Tarmée des ennemis.
Une autre fois , pressé par la fatigue et la faim , il entra dans la maison d'un Suédois nommé Peterson , qu'il croyait son ami parce qu'il avait combattu autrefois avec lui sous l'administrateur Sténon, et, se faisant connaître à lui, il le supplia de lui accorder l'hospitalité poyr une nuit seulement, a6n qu'un peu de repos lui permît de continuer sa route. /Tout autre que Peterson aurait pris pitié de Thorrible détresse du fugitif; mais cet homme avait une âme basse et corrompue ; il fut tenté apparemment par la récompense énorme que Christiern avait promise à celui qui livrerait Gus«> tave : et, pendant que celui-ci prenait quelque nourriture, le traître, sortant secrètement de sa maison , counit avertir une troupe de Danois qui se trouvait à peu de distance, que le proscrit était chez lui. C'en était fait de Gustave , mes
bons amis , et l'avenir de la Suède périssait avec lui , si la femme du perfide Peterson , touchée de sa jeunesse et de ses malheurs, ne lui eût découvert à Tinstant même les mauvais desseins de son mari, et lui donnant aussitôt le meilleur cheval de son écurie, ne l'eût supplié de prendre la fuite. Peterson, à son retour à la tête des Danois, se livra à une terrible colère en voyant que Gustave lui était échappé ; mais, comme le fugitif avait plusieurs heures d'avance, tous les efforts des Danois pour l'atteindre furent inutiles, et peu de jours après ils perdirent entièrement ses traces.
Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis que Gustave menait cette vie périlleuse et misérable ; malgré tous ses efforts , aucunSuédois n'avait consenti à se joindre à lui pour secouer la domination danoise, lorsque désespérant du succès de son entreprise, il conçut la pensée de se retirer dans la Dalécarlie , l'une des provinces les plus éloignées et les plus pauvres du royaume de Suède où il espérait se sous-
traire plus aisément aux poursuites de ses persécuteurs.
A cette époque y mes jeunes amis , les paysans dalécarliens, qui pour la plupart ne tiraient leur subsistance que du travail des mines de cuivre qui sont fort abondantes dans cette partie de la Suède ^ formaient un peuple rude et farouche :
les huttes basses et enfumées où ils vivaient avec leurs femmes et leurs enfants semblaient plutôt des tanières d'animaux que des demeures humaines. Sous le climat le plus rigoureux du monde , où la terre demeure couverte d'une neige épaisse pendant plusieurs mois de Fannée y cette population misérable était à peine vêtue de quelques peaux de bêtes fauves, qui lui donnaient un aspect ef«> frayant et sauvage.
Ce fut au milieu de cette nation grossière que Gustave résolut d'attendre un moment favorable pour affranchir sa pa« trie du joug affreux sous lequel elle gémissait; Ikj sans se faire connaître de personne, vêtu comme les plus pauvres
Dalécarliens, il se livrait avec pei'sévérance aux travaux pénibles des mines, seul moyen qui lui restât pour assurer son existence. A la vérité y les paysans qui Tentouraient voyaient avec surprise cet étranger dont les mains blanches ne paraissaient point accoutumées à manier la pioche et le pic ( sortes d'instruments de fer dont on fait usage pour creuser la terre et percer les rochers), s'associer à tout ce que leurs travaux avaient de plus pénible ; sa force et son courage les frappaient malgré eux d'une secrète admiration; mais, en le voyant humble et obscur comme eux , ils cessèrent bientôt de s'en occuper.
Un jour pourtant, une femme chez laquelle Gustave demeurait, et qui l'avait regardé jusqu'alors comme un simple ouvrier, s'aperçut avec étonnement que, sous ses épais vêtements de mineur, il portait une chemise 6ne et brodée. Cette découverte excita vivement la curiosité de cette commère , qui aussitôt , faisant part de sa découverte à cinq ou six de
ses compagnes , répandit le bruit qu'un étranger de distinction se trouvait réfugié chez elle. Cette nouvelle , promptement répétée de tous côtés, attira l'attention d'un seigneur du voisinage qui avait été autrefois à Stockholm, et qui, ayant aperçu Gustave , le reconnut parfaitement pour un de ses anciens camarades d'école malgré les misérables haillons qui le couvraient; mais, comme ce seigneur était un homme discret et prudent, il feignit en public d'ignorer le nom du fugitif, et lui fit dire simplement de se rendre dans sa maison dès que la nuit serait venue. Ce fut alors, mes jeunes amis, pour la première fois depuis son arrivée en Dalécarlie que Gustave, se voyant auprès d'un ami qui le reçut à bras ouverts, lui découvrit le généreux dessein qu'il avait formé de soulever la Suède contre l'odieux Christiern. En vain son hôte voulut le détourner de cette entreprise , en lui représentant la témérité d'un pareil projet et le nombre des ennemis qu'il aurait à combattre; Gustave fut inébranlable,
parce qu'il avait résolu de sacrifier sa vie au salut de la Suède , et comme il s'aperçut que son nouveau confident se souciait peu de prendre part à ce dessein périlleux j il lui demanda le secret sur ses projets, et le pria de lui indiquer une maison où il pût attendre sans danger le moment de les accomplir. Le timide Dalécarlien j trop heureux d'éloigner à ce prix cet hôte téméraire et dangereux, l'envoya aussitôt chez un pauvre curé du voisinage, qui en effet accueillit Gustave avec enthousiasme , et lui fît connaître les moyens qu'il pourrait employer pour décider les Dalécarliens à prendre les armes contre les oppresseurs de la Suède; en attendant le moment favorable , ce brave homme offrit à Gustave, pour demeure, saP propre maison, que celuici accepta avec reconnaissance , se promettant bien de ne jamais oublier un pareil service.
A quelque temps de là, il y avait dans un bourg nommé Mora, voisin du village qu'habitait le bon curé , une fête publi-
que où descendaient chaque année un grand nombre de paysans de toutes les montagnes de la Dalécarlie. Ce fut dans ce lieu que Gustave résolut de se rendre pour soulever ce peuple farouche contre la tyrannie danoise , persuadé , avec raison j qu'il lui suffirait de parler à ces hommes simples, mais courageux^ le langage de la vérité et de la patrie y pour les décider à courir aux armes.
En effet, profitant de cette grande réunion (car c'est surtout lorsqu'ils sont rassemblés que les hommes sont faciles à émouvoir), le noble Gustave , vêtu d'habits de deuil, se présenta au milieu de la foule avec un air de fierté et de résolution qui bientôt attira sur lui toute l'attention des paysans ; sachant bien que ce n'était point par de longs discours qu'il pouvait ébranler une si nombreuse assemblée, il leur rappela en peu de mots tous les malheurs que les Danois avaient causés à la Suède; il leur représenta l'horrible massacre de Stockholm, oîi avaient péri les plus nobles Suédois , et
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finit par les engager à se joindre à lui pour exterminer ces odieux étrangers, s'ils ne voulaient eux-mêmes être exterminés par eux.
Ce discours , prononcé avec cette véhémence qu'inspire une conviction sincère, fut écouté avec attention par rassemblée; mais , quoique les traits remarquables de Gustave , ses paroles et sa résolution , eussent vivement touché la plupart des assistants y aucun cri ne s'élevait encore parmi cette foule tumultueuse en faveur du proscrit 7 et chacun semblait incertain sur le parti qu'il devait prendre, lorsque tout à coup un vent froid qui venait du côté du Nord ayant commencé à souffler, un des plus vieux paysans s'écria que Dieu lui-même approuvait les desseins de Wasa, parce que le vent du Nord est toujours d'un heureux présage; la remarque de ce vieillard fit plus d'effet sur ces hommes simples que tout ce qu'on aurait pu leur dire en ce moment; car aussitôt, témoignant leurs sentiments par des cris de fureur, ils coururent aux
armes, et supplièrent Gustave de les conduire à l'instant même contre les Danois.
Ce fut ainsi, mes bons amis, que, par son courage et sa persévérance , un seul homme parvint à réunir une armée assez nombreuse et assez vaillante pour tenter le sort des batailles contre les troupes aguerries et formidables du roi de Danemark, et préparer ainsi Taffranchissèment de sa patrie qu'aucun Suédois n'osait plus espérer.
SYirCHBONISMES DE L HISTOIRE DR FRANGE.
i397. Suite du règne de Charles VI.
i4-06. Meurtre du duc d^Orléans.
i4iO. Bataille d'Azincourt.
1419. Assassinat de Jean sans Peur au pont de Montereau.
14^2. Avènement de Charles VII.
1428. Jeanne d'Arc fait lever le siège d'Orléans.
1431. Jeanne d'Arc brûlée à Rouen sous une accusation de sorcellerie.
1433. Les Anglais entièrement chassés du royaume de France.
1461. Mort de Charles VII. — Louis XI lui succède.
1483, Mort de Louis XI, — Avènement de Charles VIII.
Ii94. Expédition de Charles VIII en Italie. 1495. Bataille de Fornoue.
1498. Mort de Charles VIII et avènement de
Louis XII.
1499. Conquête du Milanez par les Français. 1S08. Ligne de Camhrai.
1512. Bataille de Ravenne.
1515. Mort de Louis XII; François I" lui succède.
— Bataille de Marignan.
1520. Entrevue du camp du Drap d'Or.
GUSTAVE WASA, ROI DE SUÈDE. 4l
GUSTAVE WASA, ROI DE SUÈDE
Depuis Tan i5â0 jusqu'à l'an im>.
Je ne saurais vous dire, mes jeunes amis, quelle fut Tindignation du farouche Christiern , lorsqu' il apprit dans son royaume de Danemark , où il était retourné, que le proscrit Gustave Wasa se trouvait à la tête d'une armée suédoise peu considérable à la vérité, mais déjà redoutable par le courage des soldats qui la composaient. Plein de colère, il fit saisir par des bourreaux la mère et la sœur de ce noble jeune homme , que depuis plusieurs mois il retenait dans une étroite captivité , et les faisant coudre toutes vivantes dans des sacs, il ordonna qu'on jetât à la mer ces deux dames innocentes. Cet ordre cruel fut aussitôt exécuté ;
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mais ce double meurtre ne fît qu'exciter davantage le ressentiment de Gustave^ à qui cette funeste nouvelle parvint bientôt, et qui, dans sa douleur, ordonna que tous les Danois qui tomberaient entre les mains de ses soldats fussent impitoyablement égorges. Ainsi celte guerre cruelle entre les deux nations devenait chaque jour plus sanglante, et semblait ne pouvoir plus se terminer que par la ruine totale de Tune ou de Tautre.
Cependant Gustave, après avoir mis en fuite les premiers Danois qui s'étaient opposés à la marche de sa petite armée, était descendu des rochers de la Dalécarlie;et, suivi de ses intrépides montagnards , il s'avançait à travers les provinces suédoises, oîi il était accueilli comme un sauveur. Chaque jour une foule de Suédois, qui jusqu'alors avaient cherché un refuge dans les montagnes et dans les bois, sortaient de leurs retraites pour se joindre à cette vaillante troupe , dont le nombre croissait ainsi de moment en moment. A Papproche de Gustave ,