HIST. MODCRNS , T. II , 4* ÉD
princes qui , par leurs vices et leurs cruautés ont mérité Texécration des hom* mes de leur temps , et que la postérité même, c'est-à-dii^ ceux qui ont vécu après eux, a flétris par des surnoms odieux ; mais aucun , selon moi , ne mérita autant cette juste infamie que Christiem d'Oldenbourg , que ses honteux défauts et sa férocité ont fait surnommer le Néron du Nord. Dans un repas auquel il avait invité à Stockholm les principaux seigneurs, les évêques et les Suédois les plus honorables du royaume, il fit saisir par ses soldats quatre-vingts de ces nobles personnages que le vindicatif Troll lui désigna comme ses ennemis; et, les livrant à l'instant même aux bourreaux, il leur fit trailcher la tête en sa présence , sans que ni les larmes ni les prières des femmes et des enfants de ces infortunés pussent l'attendrir. Cet événement épouvantable répandit sur toute la Suède une si grande terreur, que personne, depuis ce moment, n'osa plus opposer la moindre résistance aux violences des Danois , qui s'aban-
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donnant alors à toute la haine qu'ils portaient à leurs ennemis sans défense , ne cessèrent plus de les accabler d'outrages et de mauvais traitements de toute es«» pèce.
Parmi les victimes du massacre de Stockholm, mes jeunes amis, se trouvait un vieux seigneur nommé Émc Wasa, qui passait pour Tun des descendants des anciens rois de Suède , et dont la mort cruelle excita les regrets de toute la nation ; mais ce vieillard infortuné laissait un fils nommé Gustave, qui était jeune, vaillant, et orné de toutes sortes de belles qualités.
Or, Gustave Wasa, qui avait combattu jusqu'au dernier moment contre les Danois avec le valeureux Sténon, ayant été attiré dans une embuscade par le lâche Christiern, sous prétexte d'une conférence pour rétablir la paix entre les deux nations, avait été chargé de chaînes par cet homme sans foi , et jeté dans un vais* seau qui l'avait conduit en Danemark :
là, le farouche monarque le fit plonger
dans un cachot où il demeura plusieurs mois / jusqu'à ce qu'enfin un seigneur danois , touché de sa jeunesse et de sa misère, obtint, à force de prières, que le tyran lui permît de garder le jeune prisonnier dans son château, à condition pourtant que si celui-ci lui échappait , son geôlier lui-même payerait à l'avare monarque une grosse somme d'argent pour sa rançon.
Cependant Gustave, à qui son gardien avait fait promettre de ne jamais sortir du château sans sa permission, supportait avec impatience l'étroite captivité dans laquelle il était retenu , et gémissait chaque jour de ne pouvoir courir à la défense de sa patrie : aussi, dès qu'il apprit la mort cruelle de son vieux père et le meurtre de tant d'illustres citoyens, la vie inactive qu'il menait lui devint odieuse I et, étant parvenu à se procurer un déguisement, il fut assez hardi pour repasser en Suède, persuadé qu'il n'aurait qu'à appeler les Suédois aux armes pour chasser les ennemis de sa patrie ; mais
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lorsque, caché sous les habits d*un marin étranger, il fut débarqué en Suède, quelle fut à la fois sa douleur et son indigna* tion en voyant son malheureux pays en proie à la consternation et aux barbaries de Christ iem! Dans toutes les provinces suédoises que Gustave parcourait, la terreur était si grande que deux personnes ne s'abordaient plus qu'en tremblant de peur que quelque espion de Christiern n'entendît leurs plaintes que le tyran punissait comme des crimes. Les plus nobles familles suédoises étaient détruites ou dispersées : chacun pleurait un père , un frère, un ami égorgé par les Danois, ou réduit à chercher dans les forêls un refuge contre la rage de ces hommes cruels; ceux même dont les parents avaient péri n'osaient point en porter le deuil : et, si quelqu'un d'eux paraissait en public avec un visage triste , c'en était assez pour s'attirer la colère du despote. Aussi tous ceux à qui Gustave s'adressa pour les associer à sa vengeance s'éloignèrent-ils de lui avec épouvante, et ses