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de tant dUnfortunés lâchemenl égorgés .
était sans cesse devant ses yeux, et les paroles du vieillard de Magdebourg retentissaient encore malgré lui à son oreille. Au lieu d'entrer lui-même dans Leipsick à la tête de ses troupes^ il s'était logé dans la maison d'un fossoyeur (c'est ainsi que l'on nomme ceux dont le triste devoir est de donner la sépulture aux morts) y la seule de tous les fau* bourgs de cette ville qui n'eût point été consumée par les flammes. Ce fut là qu'il apprit pendant la nuit que le roi de Suède approchait, et que dans peu d'heures une bataille semblait inévitable; mais soit l'effet de son esprit troublé, soit celui du lieu lugubre où il se trouvait et dont les murs étaient tapissés d'images funèbres, pour la première fois de sa vie l'intrépide Tilly parut craindre et hésiter. L'approche des Suédois sembla pour lui un coup de foudre, et quoiqu'il ne manquât pas de se préparer au combat., il ne pouvait se défendre d'en appréhender l'issue.
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On a remarqué, mes bons amis, que dans ies circonstances les plus importantes de leur vie, les plus illustres capitai* nés des temps anciens et modernes se sont livrés au repos, comme pour reprendre les forces nécessaires aux grands événements qili allaient s'accomplir.
Alexandre le Grand , dit-on , dormit si profondément la veille de la bataille d'Issus qui devait décider du sort de TAsie, qu'il fallut le réveiller à l'approche des Perses ; et vous pouvez vous souvenir que , pendant la nuit qui précéda la fameuse journée de Marignan , notre roi François V sommeilla sur l'affût d'un canon. Mais Tilly, tout vaillant guerrier qu'il était, n'éprouva point la même sécurité à l'approche des Suédois , tant il est vrai qu'une conscience tranquille peut seule inspirer le vrai courage.
En effet, cette bataille que Gustave- Adolphe souhaitait avec ardeur pour mesurer enfin ses forces avec celles du plus redoutable général de l'empereur, ne tarda pas à s'engager, et ce fut presque
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SOUS les murs de Leipsick que les deux armées en vinrent aux mains. Gustave ^ aussi prudent que brave , avait disposé ses troupes avec tant d'habileté que malgré les efforts des Impériaux et de Tilly lui-même y qui fut atteint de plusieurs blessures dans le combat , la victoire se déclara pour les armes suédoises. Les troupes impériales^ complètement défaites, se retirèrent en désordre devant leurs vainqueurs ; la ville de Leipsick fut arrachée à la domination autrichienne^ et le généreux Gustave fut plus touché de la reconnaissance des habitants qu'il ve« nait de soustraire peut-être au sort le plus cruel, que de la joie qu'il éprouvait de son triomphe même»
De ce moment , la fortune de Tilly parut l'avoir abandonné, et le bourreau de Magdebourg ne la vit plus un seul instant seconder ses armes : fuyant presque sans cesse devant les Suédois, tous les combats qu'il tenta encore de leur livrer lui devinrent funestes, jusqu'à ce qu'enfin au passage d'une rivière de Saxe,
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appelée le Lech, îl reçut une blessure mortelle , à laquelle il ne survécut que peu de jours. Ainsi périt, encore peu avancé en âge, cet homme qui avait flétri par des actions atroces de véritables talents militaires : soldat intrépide , mais féroce, il appartenait plutôt, par son caractère , à des temps de barbarie qu'à un siècle civilisé ; et si l'empereur Ferdinand fit alors une grande perte par la mort de ce général , personne , dans toute TÂllemagne, ne put donner le moindre regret à celui qui avait coûté tant de larmes à rhumanitc'.
Cependant la défaite de Leipsick et la mort de Tilly n'étaient pas les seuls revers qui. fussent venus frapper les armes impériales ; la Bavière en proie aux ravages des Suédois ; l'électeur de Saxe devenu maître de Prague, la Bohême envahie par les princes protestants, avaient presque en même temps mis le comble à tant de disgrâces. L'armée triomphante du roi de Suède pouvait en quelques jours paraître sous les murs de Vienne ; mais ce
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qui ajoutait encore aux soucis dont Tempereur était accable , c'est qu'il n'avait plus aucun général de renom à opposer aux progrès de Gustave-Adolphe, que ses victoires multipliées rendaient en ce moment l'arbitre souverain de l'Allemagne.
Privé de l'appui de Maximilien de Bavière, il ne restait plus à Ferdinand II qu'une seule ressource , mais celle aussi qu'il lui répugnait le plus d'employer : c'était en quelque sorte d'implorer son pardon de Wallenstein , et de mettre entre ses mains puissantes le sort de sa couronne et de l'empire.
Pendant ce temps , mes jeunes amis , le fier duc de Friedland^ retiré dans sa royale demeure de Prague , continuait à vivre, avec une sorte de nonchalance affectée, dans le repos et la magnificence , comme si le bruit des malheurs de l'empire ne fût point parvenu jusqu'à lui.
Lorsqu'à l'approche des Saxons le peuple et les magistrats de Prague, craignant que ceux-ci ne vengeassent sur leur ville le désastre de Magdebourg , le supplié»
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reot de se mettre à leur tête pour repousser les ennemis, ôomme si le nom de Wallenstein leur eût valu une armée ; celui-ci refusa de servir la cause impériale en leur disant que Tempereur Tavait jugé indigne de sa confiance. De plus^ pour augmenter le découragement et la consternation publique, il s'éloigna avec affectation de cette capitale , emmenant ses trésord et ses équipages, comme s'il eût prévu que les plus grands malheurs fussent au moment de fondre sur elle; son exemple fut aussitôt suivi par un si grand nombre de personnages considérables , que lorsque les Saxons se présentèrent aux portes de Prague, elles leur furent ouvertes sans la moindre résistance. L'électeur de Saxe prit aussitôt possession de cette riche conquête qui ne lui avait rien coûté , et le bruit de cette nouvelle défaite vint ajouter à la désolation de l'empereur.
Mais si Wallenstein feignait ainsi de renoncer aux affaires publiques , c'était le ressentiment qu'il conservait de l'ingratitude de l'emfiefeur, qui le détour-
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nait d'y prendre part. Chaque ilduveau revers des armes autrichiennes était pour lui un sujet de joie qu'il ne prenait même plus la peine de dissimuler. Les victoires de Gustave-Adolphe semblaient à Wallenstein un juste châtiment des dégoûts dont ses ennemis Pavaient abreuvé. Là soif de la vengeance était devenue un besoin impérieux pour cette âme irritée, et Ton assure même qu'il fît offrir secrètement au roi de Suède d aller le joindre avec une armée, pour achever d'accabler ensemble l'empire et l'empereur, que les exploits de ce prince avaient réduits aux abois. Mais Gustave était trop magnanime pour profiter ainsi des offres d'un traître, quelque avantage qu'il dût en tirer, et les secrètes propositions de Wallenstein furent repoussées avec mépris.
Cependant le temps était passé où Ferdinand, cédant aux détracteurs du duc de Friedland, avait pu consentir à se priver de ses services , et la fierté impériale s'abaissa auprès de cet homme extraorcjinaire jusqu'à le supplier de lui créer une
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nouvelle armée comme il avait créé la première ; mais ce ne fut pas sans avoir longtemps résisté aux prières de l'empereur que Wallensteitt se rendit à ses instances : d*abord il allégua les douceurs de sa retraite , la basse jalousie dont il avait été l'objet, puis rinimitié de l'électeur de Bavière que plusieurs années d'éloignement n'avaient peut-être pas encore désarmé ; enfin pourtant il voulut bien céder aux sollicitations de l'empereur, et Ferdinand, non sans peine, eut un général qu'il put opposer à l'invincible Gustave. Quelques semaines suffirent àWallenstein pour assembler de nouveaux bataillons; une foule de ses anciens soldats vint se ranger avec empressement sous les drapeaux de celui qui les avait autrefois conduits à la victoire; mais lorsqu'il se vit ainsi entouré d'hommes qui lui étaient dévoués jusqu'à la mort , il feignit encore de vouloir retourner à son exil , bien certain que l'empereur ne consentirait plus à se priver d'un bras qui lui était devenu indispensable : il fallut de
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nouvelles instances de Ferdinand pour le décider à ne point abdiquer cette puissance qu'il ambitionnait^ et Torgueilleux Friedland se vit encore une fois au cornble de la gloire et de la grandeur.
Le moment approchait , mes bons amis, où les deux plus habiles capitaines de ce siècle allaient en6n se trouver en présence, et TEurope entière attendait avec anxiété Tissue de la lutte qu'ils allaient engager. Après avoir essayé leurs forces dans quelques combats peu importants où la victoire sembla flotter incertaine entre les deux partis, ce fut dans les plaines de Saxe , à peu de distance d'un village appelé Iajtzen , que le sort se plut à mettre aux mains ces deux hommes célèbres. Là, Gustave- Adolphe , excité par la réputation militaire du grand général qui lui était opposé , ne négligea aucune des ressources de son art et de son génie pour lui arracher la victoire; là aussi, Wallenstein mit tout en œuvre pour fixer la fortune sous ses drapeaux, en profitant habile-
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ment de la valeur de ses troupes et de la disposition du terrain; mais la Providence » qui se joue de tous les calculs de la prudence humaine, ne permit pas qu'aucun des deux rivaux atteignît le but de ses dësirs.
La matinée de ce jour où devait se décider la destinée de l'Allemagne , fut obscure et couverte d'un brouillard épab, comme si la nature eût voulu ^ par un présage sinistre, s'associer à la lutte terrible qui allait s'engagel*; et les deux armées étaient déjà près de se heurter l'une contre l'autre , que la vapeur qui les entourait ne leur avait pas encore permis de se voir. Lorsque ses troupes furent rangées en bataille, Gustave, à la vue de son armée, se jeta à genoux pour demander à Dieu le succès de ses armes , et d'une extrémité à l'autre de la ligne suédoise, ses soldats suivant son exemple, entonnèrent un piewL cantique au son d'une tnusique guerrière» Alors le vaillant roi se relevant, et monté sur le plus rapide de ses chevaux de bataille,
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sélàwt à la tête de ses escadrons qui font trembler la terre sous leurs pas; en un instant la plaîae entière de Lutzen se courre de tourbillons de flamme et de fumëe; le bruit du canon retentit au loin comme la foudre, et un immense incendie qui dévore le village de Lutzen, par l'ordre du duc de Friedland, répand sur toute cette scène, qu'éclaire à peine un jour sombre, une lueur rougeâtre qui perce à travers le brouillard.
Au milieu de cette scène imposante qui semble préluder à quelque grand bouleversement de la nature, Gustave, avec ce regard d'aigle qui domine à la fois toute la plaine, s'aperçoit qu'une partie de son armée va se trouver assaillie par un ennemi supérieur en nombre : rallier autour de lui sa vaillante cavalerie suédoise, se précipiter vers le lieu où le combat lui semble le plus acharné^ franchir avec toute la légèreté de son excellent cheval un large fossé que les Impériaux on t creusé pourarrêter l' impétuosité des Suédois, tout cela n'est pour le héros
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que TafTaire d'un instant ; mais dans Tardeur qui l'emporte , il ne s'aperçoit pas que son vigoureux coursier, en franchissant cet obstacle, a laissé derrière lui les escadrons qui auraient dû le suivre , et Gustave, n'ayant plus autour de lui que quelques ofBciers fidèles qui ont tout bravé pour le joindre, se voit tout à coup environné d'une multitude d'ennemis qui tous dirigent à la fois leurs coups vers ce petit groupe d'hommes intrépides.
Dans ce moment un bas officier autrichien, montrant de loin à un mousquetaire (sorte de soldat armé d'un mousquet) celui qui paraît être le chef de cette troupe : « Tire sur celui-ci, Ifli dit- il, ce doit être un personnage considérable, m Le coup fatal part aussitôt, et Gustave, car c'était ce prince lui-même, est frappé à mort. Dans le dernier instant y son âme énergique lui donne encore la force de se soutenir à cheval ; mais au moment oii sa suite, effrayée du danger de son roi, accourt pour le secourir, il s'adresse d'une voix mourante à l'un de ses compa-