DB WALLENSTEIN
indéfinissable, se retira dans son appartement^ dont il ordonna à ses serviteurs de fermer soigneusement les portes.
II y avait à peine quelques instants que Wallenstein se livrait au sommeil, lorsqu'un officier irlandais, nommé D£«»
VEBOUX, qui avait toujours paru lui être sincèrement attaché , se présenta à rentrée du palais, suivi de six soldats envoyés par Butler, et armés de toutes pièces. Les gardes, qui connaissaient Deveroux , ne songèrent point à l'arrêter, et bientôt ces sept hommes parviennent aux portes de l'appartement du duc qu'ils trouvent fermées. Un jeune page qu'ils rencontrent sur l'escalier, en voyant ces hommes armés parcourir à cette heure le palais, veut pousser un cri , mais De* veroux , d'un seul coup , l'étend sans vie à ses pieds. Quelques pas plus loin , un valet attiré par le bruit de leur marche pesante veut les faire rétrograder, le doigt sur la bouche , en les avertissant que son maître vient de s'endormir; cet homme est aussitôt terrassé, et les meurtriers,
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enfonçant violemment la porte de la chambre du duc, le trouvent déjà debout, mais tellement surpris, qu'il ne songe même pas à saisir son épée : ce N'estu pas le scélérat, s'écrie l'Irlandais d'une voix menaçante , qui veut livrer à l'ennemi les soldats de l'Empereur, et arracher la couronne à Sa Majesté ? »
En ce moment , mes jeunes amis, Wallenstein presque nu , et sortant à peine d'un profond sommeil, parut encore si redoutable à ses assassins, qu'ils s'arrêtèrent devant lui comme s'ils eussent attendu sa réponse, et d'un seul mot peut-être il eût pu désarmer ces hommes accoutumés à lui obéir; mais le fier général, soit surprise, soit indignation, garda le silence, et Deveroux , lui plongeant son poignard dans la poitrine, le renversa mort sur la place sans qu'il fît d'autre mouvement que d'étendre les bras. Peu d'instants avant que Wallenstein reçût le coup mortel, quatre des principaux complices de ses projets avaient été égorgés pendant un repas où Gordon et Butler les avaient
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attirés , et dans cette seule nuit la cause impériale en Allemagne fut privée de ses plus fermes défenseurs.
Ainsi périt à l'âge de cinquante-quatre ans cet homme qui avait rempli l'Europe de sa brillante renommée, et dont le nom seul valait des armées à Ferdinand : moins heureux que les Tilly, les Mansfeld , les Gustave-Adolphe , ses émules de gloire , il ne rencontra point comme eux une mort glorieuse dans les batailles où il l'avait si souvent bravée ; et Ferdinand crut avoir assez fait pour celui qui lui avait deux fois conservé sa couronne, que d'ordonner que des messes fussent dites pour le repos de l'âme de ceux qui avaient péri à Égra.
SYKCHBOMSME DE L HISTOIRE DE FAAKCE.
1652. Suite du règne de Louis XIII et de l'admimstration du cardinal de Richelieu.
160 LA l'ÀlX DE YTESTPHALIE.
Depuis Tan 1 634 jusqu'à Tan 1648.
Mansfeld , Tilly, le grand Gustave , Wallenstein, avaient cessé de vivre, et l'empereur Ferdinand II lui-même , parvenu à la vieillesse, semblait devoir bientôt descendre dans la tombe ; mais la lutte sanglante que ces différents personnages avaient engagée ne touchait point encore à son terme.
Cependant, après tant de batailles où chacun des deux partis avait été tour à tour vainqueur ou vaincu , l'Allemagne entière présentait l'aspect le plus déplorable; ses provinces dépeuplées, ses villes saccagées, ses châteaux ruinés, ses campagnes sans culture attestaient assez les terribles événements dont
elle avait été le théâtre. A peine y rencontrait-on, à de grandes distances Tune de l'autre^ quelques pauvres familles que les fléaux qui suivent toujours la guerre avaient épargnées; mais lors même que les combats paVaissaient s'éloigner, les laboureurs osaient à peine ensemencer la terre dans la crainte que leurs récoltes ne fussent détruites par de nouveaux ravages avant que le temps de la moisson fût arrivé. La Saxe, la Bavière, autrefois riches et florissantes, n'avaient point échappé au sort commun , et les princes qui régnaient sur ces provinces infortu* nées, aspiraient avec ardeur à voir cesser les maux qui avaient si longtemps désolé leurs États. Catholiques et protestants souhaitaient également le terme de leurs misères; et, dans toute T Allemagne, la paix était Tunique vœu des princes et des peuples.
Malheureusement , mes jeunes amis , lorsque de longs troubles ont agité les empires, il est bien difficile de les terminer promptement d'une manière qui satis-
fasse à la fois toutes les passions et tous les intérêts qu'ils ont soulevés. D'un côté, Ferdinand comprenait bien que les protestants y qui l'avaient menacé deux fois dans sa capitale, ne seraient plus pour lui que des sujets récalcitrants et insoumis ; de l'autre , la défiance qu'il leur inspirait , combattait en eux le désir d'une réconciliation sincère.
En mêipe temps les Suédois, que la perte de leur roi n'avait point découragés, se montraient encore au milieu de l'Allemagne, excitant les princes luthériens et calvinistes à ne point faire de paix avec l'empereur. D'habiles hommes d'État , des généraux expérimentés, dont les plus célèbres furent le chancelier
OXENSTIERW, BaNNER, BeRNARD DE S AXE-
Weimar, Torstenson, tous formés à l'école de Gustave-Adolphe, balançaient avec avantage les succès que Wallenstein avait obtenus sur les protestants depuis la mort de ce grand prince. Le Palatinat du Rhin , où Oxenstiern avait rétabli le fils de l'infortuné Frédéric, était sous la
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puissance des Suédois ; Télecteur de Bavière se lassait de lutter contre eux ; celui de Saxe supportait avec peine leur domination guerrière j et les généraux de la jeune Christine, qui avait succédé à son illustre père, conservaient aux armes suédoises la renommée et la crainte dont les victoires de Gustave les avaient environnées. Depuis le meurtre de Wallenstein, les rangs suédois étaient devenus le refuge de tous ces hommes farouches et turbulents qu'il avait entraînés à se faire soldats, et dont la guerre était le gagnepain : les camps étaient leur patrie, leur demeure, leur famille, et la seule idée que la paix pût se rétablir en Allemagne, leur paraissait plus à craindre que la mort même.
Ce fut dans ce temps-là précisément, mes jeunes amis, que Ferdinand II, succombant aux soucis d'un règne malheureux, mourut dans un âge avancé, laissant à la fois à son fils Ferdikai^I) III le poids de la couronne impériale et celui d'une guerre désastreuse, qui depuis
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vingt ans n'avait pas cessé un seul jour de causer d'affreux malheurs à rAUemagne.
Ce nouvel empereur ^ qui était doué de belles qualités et de véritables talents militaires, devenu généralissime après le meurtre de Wallenstein , avait illustré les dernières années de son père par une éclatante victoire remportée sur les Suédois auprès d'une petite ville appelée NoRDLiNGEN. Maîs commc ce jeune monarque avait vu de près les maux de la guerre et les calamités de toute espèce qu'elle traîne après elle, chacun se flattait que, prenant pitié des misères de l'empire, il mettrait enfin un terme à tant de malheurs. Aussi, en peu de temps, Ferdinand vit-il la plupart des princes protestants d'Allemagne, déposant les armes, se ranger à l'ombre de son trône; et si les Suédois, qui avaient redoublé d'efforts après leurdéfaite de Nordlingen, n'eussent pas suscité d'autres ennemis à la puissance autrichienne, en appelant de nouveaux étrangers en Allemagne, la paix n'eût pas tardé à se conclure.
LÀ PAIX m ^ESTPHALIC. 1Ô5
A cette époque, mes jeunes amis, c'était le roi Louis XIII qui régnait en France, ou plutôt c'était le puissant cardinal de Richelieu, dont je vous ai parlé dans un autre livre , qui gouvernait ce royaume en son nom. Cet homme habile, qui n'ignorait point combien l'ambition de la maison d'Autriche s'était montrée redoutable aux autres États de l'Europe au temps de Charles-Quint et de Philippe II, voyait avec plaisir se perpétuer en Allemagne ces germes de troubles et de désordres qui avaient déjà causé tant de désastres à l'empire. C'était par des conseils officieux , par les trésors de la France, par des promesses adroites, qu'il avait excité les Suédois à continuer la guerre contre l'Empereur après la mort du grand Gustave , et il n'attendait qu'une occasion favorable pour joindre une armée française à celles que Banner, Torstenson et Bernard de Saxe-Weimar entretenaient encore en Bavière et dans le Palatinat.
Ainsi , c'était par les combinaisons
d'une politique cruelle qu'une grande partie de l'Europe voyait se prolonger les calamités qui pesaient sur elle depuis si longtemps; et cette science , qui ne devrait avoir d'autre objet que d'épargner des souffrances à l'humanité , donnait à Richelieu les moyens de calculer froidement combien d'années encore de guerres et de désastres lui étaient nécessaires pour atteindre le but des desseins qu'il avait formés : Tambitieux cardinal^ dans son magnifique palais de Paris , ou tandis qu'on le transportait à travers la France dans cette énorme litière pour laquelle il fallait élargir les portes des villes, comptait pour rien les douleurs de tant de misérables dont les soldats de l'Empe reur ou ceux des protestants avaient brûlé le toit de chaume et égorgé les enfants. Quoi qu'il en soit , de ce moment les deux rives du Rhin devinrent le théâtre d'une multitude de nouveaux combats où les armes françaises se couvrirent de gloire. A la vérité, Richelieu ne vit point avant de mourir la réussite entière du
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projet qu'il avait conçu d'abaisser la maison d'Autriche, mais il eut la satisfaction de conquérir pour la Frauce Tune des plus belles provinces du Palatinat y r Alsace , qui jusqu'alors avait appartenu à l'empire d'Allemagne.
Si vous avez encore présents à la mémoire les événements qui se passèrent en France pendant cette période, vous pouvez vous souvenir que le roi Louis XIII ne survécut que peu de mois à Richelieu ; et que pendant l'enfance de Louis XIV", âgé seulement de cinq ans lorsqu'il monta sur le trône , la reine Anne d'Autriche , sa mère, fît choix pour gouverner l'État d'un nouveau ministre, nommé le cardinal Mazarin , que Richelieu , en mourant, lui avait recommandé comme le plus habile homme du royaume.
En effet , dès que Mazarin fut parvenu au pouvoir, il sembla suivre exactement la route que son prédécesseur lui avait tracée , et tourner comme lui vers l'Allemagne toute sa politique étrangère : il fit une plus étroite alliance avec les Sué-
168 LA PAIX DE ^ESTPHàLIE.
dois , et fit marcher contre l'électeur de Bavière d'autres armées françaises qui achevèrent de dévaster ce malheureux pays. Ce fut dans cette nouvelle guerre que ÏURENWE et le grand Condé, tout jeunes alors, acquirent à notre nation cette brillante renommée militaire qu'elle a si souvent justifiée depuis cette époque, et que leurs exploits, sur les bords du Rhin, préludèrent aux beaux faits d'armes dont ces mêmes contrées ont été plus d'une fois le théâtre dans les deux siècles suivants.
Cependant, mes jeunes amis , depuis tant d'années que durait cette lutte sanglante qui avait fatigué la haine de tous les partis dans lesquels se divisait rempire, chacun n'aspirait plus qu'au repos, et les Allemands comprenaient enfin qu<* la vieille querelle qui les avait armés te uns contre les autres n'était plus poui" les Suédois et pour les Français qu'une occasion de profiter de leurs désastres. Alors la voix de l'humanité, si longtemps méconnue , se fit entendre avec plus de
force, et Ferdinand III consentit enfin à envoyer des ambassadeurs à Munster (ville de Westphalie, l'une des provinces les plus voisines du Rhin), pour y traiter d'une paix durable entre toutes les puis- sances européennes. En même temps les rois de France et de Danemark, la reine de Suède, l'électeur de Saxe, celui de Bavière, le stathouder des Provinces- Unies et tous les princes allemands qui avaient pris part à la guerre de Trente ans, envoyèrent aussi des ambassadeurs dans cette ville : de tous les monarques d'Europe , le roi d'Espagne, qui, dans ce temps-là se nommait Philippe IV , fut seul excepté de cette assemblée , parce qu'il était alors en guerre contre les Français. Mais il s'en fallut bien encore que cette paix si vivement désirée pût se conclure , tant les ambassadeurs de tous ces rois déployèrent de ruses et d'artifices les uns contre les autres ; et ce fut seulement après six années entières de perfidies réciproques, de rnses mensongères et d'intrigues de toute espèce,
HIST. MODERNE. T. H. 4» ÉDIT. ^ rr^r^rrU ^^
170 LA PAIX m WESTPHALIE.
que la paix de Westphalie fut enfin conclue à Munster, entre toutes les puissances rivales. Après avoir lutté avec tant d'acharnement les uns contre les autres, la plupart des princes dont les ressentiments avaient causé des maux irréparables à Thumanité, obtinrent désavantages dont ils durent se féliciter, tandis que les pauvres peuples , qui en avaient été les victimes, après tant de pleurs et de sang versés, n'eurent d'autre dédommagement de leurs souffrances que la permission de rebâtir leurs chaumières détruites et leurs villes saccagées.
Ainsi l'Alsace , conquise par les Français sous le cardinal deRichelieu, demeura pour jamais unie au royaume de France dont elle n'a plus été séparée depuis cette époque ; la Poméranie, où Gustave- Adolphe avait débarqué en arrivant en Allemagne, devint une des possessions de la Suède ; les Provinces-Unies , qui depuis le temps de. Philippe II n'avaient jamais cessé de défendre leur liberté contre les armes espagnoles, furent admises au rang
des États de l'Europe ; mais ce qui n'est pas moins digne d'attention, c'est que les Suisses, cette nation vaillante et guerrière, qui sous les premiers successeurs de Rodolphe de Hapsbourg s'étaient affranchis, au moyen âge, de la domination autrichienne, furent pour la première fois rangés, par la paix de Munster, parmi les peuples libres et indépendants. La guerre de Trente ans que ce traité venait enfin de terminer, mes jeunes amis, fut la dernière lutte soutenue pour la cause de la réforme religieuse, qui pendant plus de cent ans avait servi de prétexte à tous les troubles survenus en Europe, depuis la révolte des paysans de Souabe, sous Charles-Quint, jusqu'à la paix de Westphalie, De cette époque les protestants d'Allemagne cessèrent d'être regardés comme des ennemis par les catholiques, et le souvenir de cette longue calamité parut être au moins un gage de sécurité pour l'avenir.
Pour conserver plus aisément le souve-
nir de cette époque mémorable, mes bons amis» on divise ordinairement Tbistoire de la guerre de Trente ans en quatre périodes distinctes, dont il est important de retenir les traits principaux. Lapremière, que Ton nomme la période Palatiite ,* commence à la défenestration de Prague^ et finit à la ruine totale du malheureux électeur Frédéric.
La seconde, appelée période Danois£, comprend les tentatives faites par Chrîstiern IV, de Danemark , pour pénétrer en Allemagne, jusqu'au débarquement de Gustave-Adolphe.
La troisième , qui forme la période Suédoise , et aussi la plus brillante de cette guerre fameuse , offre le récit des exploits de ce grand prince jusqu'à la fatale bataille de Lutzen; et la quatrième enfin , désignée par le nom de période Française, s'étend depuis l'instant où les armées françaises, envoyées par le cardinal de Richelieu, parurent sur les bords du Rhin, jusqu'à la conclusion définitive de la paix de Munster.
La même année qui vit se conclure enfin le traité de Westphalie est marquée dans l'histoire des différents pays de l'Europe par des événements non moins considérables : en Angleterre , elle correspond à la révolution qui renversa du trône , pour la première fois , la famille des Stuarts, eJL conduisit bientôt après le malheureux Charles l" à une mort affreuse ; tandis qu'en France éclataient les troubles de la Fronde , dont l'avarice et lorgueil de Mazarin furent la cause ou le prétexte, ainsi que vous pouvez vous souvenir de l'avoir lu dans d'autres livres.
SYA'CHBO]MS.M£S DE l'hISTOIEE DE PRAKCE.
i6ii4. Suite du règne de Louis XIII.
i638. Naissance de Louis XIV.
1642. Conspiration de Cinq-Mars contre le cardi-
nal de Richelieu. — Supplice de Gnq- Mars et de de Thou. — Mort du cardinal.
1643. Mort de Louis XIII. — Louis XIV, enfant ,
lui succède sous la régence d'Anne d'Autriche.
iOiS. Troubles de la Fronde. — Administration du cardinal Mazarin.
174 LA RÉVOLtTIÔN