DE SAINT-PÉTERSBOURG
sons commodes et élégantes, bientôt ha* bitées par une multitude de seigneurs et de peuple accourus de Moscou et de toutes les provinces de Russie. Des manufactures d'abord fondées par des étranger^ sous la protection du czar, s'y établirent; des écoles y attirèrent une foule de jeunes Russes que leurs parents vou* laient former à cette civilisation nouvelle que Pierre leur avait fait connaître; des navires de toutes les nations du globe vinrent y aborder, et le fondateur eut la satisfaction devoir prospérer cçtte création de son génie en moins de temps , peut-être, qu il n'en eût fallu à un prince ordinaire pour en concevoir la pensée.
Cependant la guerre sanglante qui divisait la Russie et la Suède n'était point encore terminée ; la Pologne continuai^ d'être le théâtre d'agitations sans cesse renaissantes, et Stanislas Leczinski, malgré ses vertus et son courage, luttait péniblement contre ses propres sujets déj»i fatigués du présent, inquiets de l'avenir^ et dont le voisinage du czar entretenail
la turbulence et le mécontentement. Ce prince s'était même vu forcé d'implorer de nouveau le secours deCharlesXIIqui, ramenant en Pologne cette armée victorieuse qui venait de conquérir la Saxe, avait résolu de mettre enfin un terme à cette longue guerre, en allant lui-même combattre le czar dans ses propres Etats. Si vous avez sous les yeux, mes jeunes amis , une carte de l'Europe actuelle, vous remarquerez aisément que l'empire de Russie, dont l'étendue occupe presque le tiers de cette partie du globe, n'offre cependant qu'un petit nombre de villes et de villages, si on le comparée la France, à l'Allemagne, à l'Angleterre , à l'Italie , où depuis tant de siècles se sont fixées des nations populeuses et actives. D'immenses solitudes, des steppes incultes et sablonneuses, des marais qui couvrent des provinces entières, d'épaisses forêts aussi antiques que le monde peut-être, se partagent ce vaste territoire que sillonnent des fleuves larges et profonds. A travers ce pays sauvage , rien
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n'est plus ordinaire que de parcourir des trajets immenses sans rencontrer un seul village , une seule habitation même pour s'abriter et prendre quelque nourriture : aussi le temps des voyages en Russie estil la saison d'hiver, où la terre, constamment couverte de neige glacée , permet de faire usage de traîneaux , sorte de légères voilures sans roues que de rapides coursiers font glisser avec vitesse sur des patins de fer qui coupent la glace. Par ce moyen, on parcourt en peu de jours des distances considérables; mais le froid qui règne à cette époque sous ce climat rigoureux est tellement vif, que les voyageurs placés sur ces traîneaux sont obligés de s'envelopper entièrement d'épaisses fourrures pour éviter d'être gelés , ou de périr par l'engourdissement qu'ils éprouvent.
Ce fut à travers cette contrée si difficile à parcourir pendant plusieurs mois de Tannée , que Charles eut la témérité de conduire une armée suédoise, pour décider enfin par les armes la vieille que-