BB PIERRE LE GRAND
Pierre le Grand , parvenu à délivrer ses États de cet adversaire formidable, après avoir assuré la paix de son empire, réalisait le projet qu'il avait formé depuis longr temps de visiter la France, et de connaître par lui-même ce que ce beau pays renferme de plus remarquable. Ennemi du faste et des vaines représentations dont la plupart des rois aiment à s'entourer, il s'embarqua avec la czarine et une suite peu nombreuse sur la mer Baltique , et vint descendre en Hollande, où il voulut montrer à Catherine la maison qu'il ha* bitait à Sardam , vingt ans auparavant , lorsqu'il y avait appris le métier de charpentier et de constructeur de navires.
Mais cette humble demeure avait déjà fait place à un élégant édifice connu sous le nom de « Maison du prince, » où l'on conservait soigneusement les meubles grossiers fabriqués par le czar lui-même pour son usage , et dont il s'était servi pendant son séjour dans cette ville. Les charpentiers de Sardam vinrent avec empressement saluer leur ancien compagnon
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de travail, qui paraissait maintenant devant eux après avoir conquis des royaumeSf fondé des villes elgagnédes batailles. La czariae s'arrêta dans les Provinces- Unies pendant le voyage que Pierre alla faire à Paris , et cette femme , déjà si célèbre y préféra le repos à Tappareil pompeux qui attendait le czar dans cette capitale.
A cette époque, mes bons amis, Louis le Grand avait cessé de vivre depuis deux ans environ, et son arrière-petit-fils, Inouïs XY, à peine âgé de huit ans , occupait alors le trône de France.. Lorsqu'on apprit à Paris la prochaine arrivée du czar dont la renommée retentissait alors dans le monde entier, on fit de grands préparatifs pour recevoir dignement cet hôte illustre. Les plus riches appartements du Louvre furent disposés à son intention , et le Duc d'Orléans , régent du royaume , envoya à sa rencontre les carrosses du roi , avec un grand nombre de seigneurs et de gardes à cheval pour lui faire honneur. A peiae des-
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ceadu au Louvre , où des festins splendides lui furent offerts^ toute la cour de France s'empressa de venir lui rendre ses hommages ; le parlement et TAcadémie française 9 autrefois instituée, comme vous savez, par le cardinal de Richelieu, vinrent le complimenter en cérémonie ; mais Pierre , peu accoutumé à tant de pompe, et déjà fatigué d'entendre des discours prononcés en langue française qu'il ne comprenait pas, annonça dès le jour suivant aux seigneurs qui l'accompagnaient pour lui faire honneur , qu'il désirait une demeure plus simple et un appareil moins éclatant. « Je ne suis qu'un soldat, dit-il ; du pain et un pot de bière me suffisent pour ma nourriture, et je rougirais de voir tant de personnes de qualité se déranger pour mon service. » Alors on le conduisit dans un hôtel de la ville, où il fut traité avec autant de respect , quoique avec moins d'appareil , mais où il reçut dès le lendemain la visite du jeune roi I^uis XV , que le czar , en Taccompa-
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gnant jusqu'à sa voiture , prit dans ses bras pour lui faire un passage à travers la foule qui se pressait autour des deux monarques.
Cependant, mes jeunes amis, ce n'était pas pour recevoir des honneurs dont il faisait peu de cas , que Pierre , toujours avide de s'instruire, était venu de si loin visiter la capitale de la France. Sans se donner le temps de prendre le repos nécessaire après un long voyage, il voulut voir de ses propres yeux tout ce que cette grande ville renfermait alors de curieux et de remarquable : les monuments , les bibliothèques, les jardins publics, l'Observatoire fondé par Louis XIV auprès du palais du Luxembourg , les Académies, où les savants s'étaient réunis pour le recevoir; il examina lui-même avec un grand soin une carte géographique de son vaste empire, alors si peu connu en Europe , que les académiciens lui présentèrent, et sur laquelle*! corrigea de sa main plusieurs erreurs. Partout on prévenait ses moindres désirs en lui fai-