‹ L'histoire moderne, racontée à la jeunesseChapitre 98 sur 117 · DE PIERRE LE GRAND · texte numérisé non relu

DE PIERRE LE GRAND

sant hommage des objets rares ou précieux qui pouvaient être à sa convenance, et notre nation donna envers cet illustre étranger une preuve de cette politesse et de cette urbanité exquises qui la plaçaient dès lors au premier rang des peuples européens. Lorsque le czar alla visiter l'hôtel des Monnaies de Paris , Tun des plus importants établissements de ce genre qui existent en Europe, un ouvrier fit avec intention tomber aux pieds du monarque russe une belle médaille que Pierre ramassa aussitôt, et où il vit avec surprise d'un côté sa propre image parfaitement ressemblante, et de l'autre une Renommée posant un pied sur un globe terrestre, avec une inscription latine qui signifiait : « Elle acquiert des forces en marchant. » Le czar sourit de cette attention délicate , et reçut avec plaisir cette précieuse médaille, qu'il emporta.

Lorsqu'on le conduisit à l'église de la Sorbonne de Paris ', où s'élève le magni« fique tombeau du cardinal de Richelieu

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sur lequel est placée la statue de ce grand ministre, on raconte qu'embrassant cette statue avec un transport impossible à dé* crire : « Grand homme, s'écria-t-il, situ vivais, je te donnerais sans regret la moitié de mon empire pour apprendre de toi à gouverner l'autre. » Ces paroles , mes jeunes amis , sont aussi honorables pour celui qui les prononça que pour l'homme célèbre qui en fiit l'objet.

Le czar, dont tous les instants étaient comptés pour la prospérité de son empire, ne s'arrêta que peu de jours à Paris, d'où il ramena en Russie un certain nombre de savants , d'artistes et d'artisans de toute espèce , afin d'introduire dans ses États les arts dont les produits avaient fixé son attention pendant son séjour en France. Il rejoignit bientôt en Hollande la czarine Catherine, et retourna avec elle en Russie en traversant toute l'Allemagne , où sa simplicité et la grandeur de son nom excitèrent l'admiration publique, que ses travaux déjà célèbres dans le monde entier attiraient

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avec raison sur l'un des hommes les plus extraordinaires qui eût jamais existé.

STVCHBOVMXE DB L^HISTOIRE DB FBAITCE.

i 715, Mort de Louis XIV. — Minorité de Louis XV sous la régence du duc d*Orléana.

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Depuis Pan 1718 jusqu'à Pau 1725.

Cependant , mes jeunes amis ^ Cha^ les XII, à peine de retour dans ses États, n*avait pas pris un instant de repos qu il n'eût fait de nouveaux préparatifs de guerre. Impatient de tirer vengeance des princes ses voisins qui , profitant de son absence, avaient envahi ses provinces d'Allemagne que la défaite de Pultava laissait sans défense , ce fut contre le roi de Danemark, son plus ancien adversaire, qu'il résolut d'abord de tourner ses armes; mais cette fois, au lieu d'aller porter la guerre dans les Etats de ce prince , la Norwége qui, comme vous savez, touche à la Suède dans une grande étendue de

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territoire , lui parut une conquête plus profitable et plus facile à conserver.

Quoique Ton fût alors en plein hiver, cette saison si rigoureuse et si pénible à supporter sous les climats du Nord, Charles , que sa constitution robuste rendait insensible au froid le plus excessif, vint mettre le siëge devant une ville nommée FRÊoiRicsHàL, qui, par sa situation et la force de ses remparts, était une des places les plus importantes de ce royaume. Le froid qui régnait en ce moment était si vif, que les instruments de fer dont on se sert dans les sièges pour creuser des tranchées dans lesquelles les assiégeants peuvent se mettre à couvert des coups des ennemis, ne pouvaient entamer le sol couvert d'une couche épaisse de neige glacée. Un grand nombre de soldats suédois , quoique nés eux-mêmes sous un climat aussi rigoureux , expirèrent de froid sous les murs de la place , et plusieurs furent trouvés gelés aux postes oîi ils avaient été placés en sentinelle ; mais aucun de ces hom-

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mes intrépides n*osait proférer une seule plainte, en voyant leur roi dormir en plein champ pendant les nuits les plus glaciales , sur de la paille ou sur une planche, simplement enveloppé d'un manteau. On raccinte même que pendant ce siëge de Frc'îdërieshal , ayant entendu parler d'une femme de ce pays qui s'était accoutumée par de longues privations à ne prendre pendant plusieurs mois d'autre nourriture que de l'eau, Charles eut la fantaisie d'essayer combien de temps il pourrait vivre en se privant de toute espèce d'aliment : il demeura ainsi cinq jours enticjrs sans boire ni manger, quoiqu'il continuât à mener une vie aussi ac' tive que « ie coutume et passât plusieurs! heures ch aque jour à cheval pour diriger les travauat du siège , qui avançaient tropl lentemen t au gré de son impatience.

Un jo'ur que le roi, suivi de trois ou' quatre of ïciers seulement , parcourait lesi tranchées, il s'arrêta dans un endroit d'où il distinguait mieux que de partoQl ailleurs ^es travaux de ses soldats, et se

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mettant à genoux sur le parapet, il parut fixer son attention sur les remparts de'la ville assiégée ; tout à coup ceux qui étaient placés derrière Charles le virent tomber de tout son poids , en poussant un profond soupir : ils s'empressèrent autour de, lui , mais lorsqu'ils le relevèrent, il avait cessé de vivre. Un coup de feu parti des murs de la place venait de mettre fin à la vie du conquérant, dont le chapeau , percé d'un large trou , laissait assez voir qu'une balle de plomb lui avait traversé la tête» Sa mort avait été si prompte qu'elle avait dû être sans douleur; mais on remarqua que, par un derniersentîmentde courage, en se sentant frappé à mort , Charles avait porté sa main sur la garde de son épée, comme pour se défendre. Pour dérober aux soldats la connaissance de cet événement inattendu , un des témoins posa sur la tête du prince mort sa perruque et son propre chapeau ; on couvrit le corps in-* ^nimé du monarque d'un manteau gris, ^t on le transporta jusqu'à la tente royale,

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comme si c'eût étë celui d^un simple of^ ficier. Néanmoins la nouvelle de cette mort funeste ne tarda pas à se répandre dans toute Tannée où elle occasionna plus de surprise que de douleur , tant les compagnons même de Charles XII étaient fatigués de ce caractère opiniâtre qui ne leur permettait plus d'espérer ni paix, ni repos tant qu'il serait vivant. Le siège de Frédéricshal fîit aussitôt levé , l'armée de Suède rentra dans le royaume, et la paix, qui ne tarda pas à se conclure entre les Suédois et leurs ennemis , mit fin aux malheurs que le règne glorieux mais désastreux de Charles XII avait attirés sur ses peuples.

Ainsi périt, âgé d'environ trente-sept ans, ce prince qui pendant dix années avait porté si loin la gloire du nom suédois. Il eut, comme son grand-oncle Gustave-Adolphe auquel il aimait à être comparé , la plupart des rares qua-' lités qui , jointes à de vrais talents militaires , font les grands rois et les héros ;

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mats rinflexibilitë de son caractère lui fut plus nuisible qu'utile. Après sa mort , sa renommée s'accrut y comme il arrive presque toujours aux conquérants qui sont jugés plus favorablement par ceux qui n'ont plus à souffrir de leurs folles entreprises que par leurs contemporains, témoins et trop souvent victimes de leurs hauts faits ; et vous entendrez aujourd'hui le nom de Charles XII cité souvent comme l'un des plus illustres de l'histoire.

Cependant y la mort du héros suédois, en délivrant Pierre le Grand de son plus redoutable adversaire, avait assuré à ce monarque fondateur le prix des efforts poursuivis avec tant de persévérance pour la prospérité de la Russie. Cet empire, presque sauvage encore trente ans auparavant, commençait à recueillir le fruit des immenses travaux du czar.

Saint-Pétersbourg était déjà l'une des plus grandes et des plus belles villes du inonde ; des routes nombreuses et soigneusement entretenues conduisaient aux provinces les plus éloignées de l'empire ;

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