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si grand revers. Le connétable de Bourbon n'avait point osé paraître devant le maitre qu'il avait si cruellement offensé , et Lannoy ne cessait point d'entourer son royal captif de tous les égards dus à son infortune. Cependant François, persuadé qu'il lui suffirait de voir son heureux rival pour recouvrer sa liberté , demanda avec instance à être conduit en Espagne , afin d'avoir une entrevue avec Charles-Quint , et on l'embarqua sur un vaisseau qui mit à la voi!e pour cette contrée ; mais, dans la traversée , ce prince infortuné éprouva un chagrin bien amer ; car le vaisseau qui le portait fut poussé par les vents près des côtes de France , et les yeux du roi prisonnier se remplirent de larmes à l'aspect de ce beau royaume qu'il ne devait peut-être jamais revoir.
Cependant , en demandant à être conduit en Espagne, François 1^'' avait jugé trop favorablement son ennemi ; et à peine fut-il arrivé à Madrid, capitale de ce royaume, où Charles tenait habituellement sa cour, qu^il apprit que ce prince était parti la veille pour Tolède, où il avait convoqué les cortès de Castille , sous prétexte de leur faire partdu triomphe qu'il venait d'obtenir. En attendant le retour de l'empereur , le roi prisonnier fut conduit dans un château, où, constamment entouré d'une garde nombreuse , le seul exercice qu'on lui permît , était une courte promenade sur une mauvaise mule , tandis que ses
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gardiens étaient montés sur d'excellens chevaux, de peur qu'il ne tentât de s'échapper de leurs mains.
Les ennuis de cette étroite captivité , comme vous le comprendrez aisément , causèrent au monarque français une si profonde tristesse, qu'après l'avoir supportée pendant plusieurs mois, il tomba dangereusement malade, et que les médecins déclarèrent à Charles-Quint que son prisonnier était en danger de mourir, s'il ne lui donnait prompteraent quelque espoir de liberté; alors seulement, mes enfans, l'ambitieux empereur, craignant de perdre, par la mort de François, tous les avantages qu'il espérait retirer de sa victoire de Pavie , consentit enfin à visiter son ennemi dans sa prison ; et cette entrevue , qui fut la première où ces deux princes rivaux se rencontrèrent , fut de courte durée. Charles-Quint afifecta pourtant de traiter son captif avec douceur ; il l'embrassa affectueusement, lui parla de son prochain retour dans ses Etats, et lui annonça qu'il avait permis à sa sœur , nommée Marguerite , duchesse d'Alençon, que le roi aimait tendrement , de venir passer plusieurs mois auprès de lui , afin que l'humeur enjouée de cette princesse achevât de lui rendre la santé , que la tristesse lui avait fait perdre.
Cependant, mes jeunes amis, Charles-Quint que les faveurs de la fortune avaient enorgueilli, mettait un si haut prix à la rançon de son prisonnier,
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qu'il semblait impossible que jamais François consentit à racheter sa liberté par de si énormes sacrifices. Le vainqueur exigeait que le monarque français s'engageât à lui céder le duché de Bourgogne, qui avait appartenu autrefois à son aïeul Charles-le-Téraéraire , et qu'il abandonnât plusieurs autres provinces de France , pour former un royaume au traître Bourbon , dont l'orgueil n'aspirait pas à moins qu'à porter une couronne. En apprenant ces conditions outrageantes , François indigné ne fut pas maître de sa colère, et portant la main sur la garde desonépée: » Mieux M valait cent fois périr les armes à la main , s'éj) cria4-il, que de soufiFrir une pareille indin gnité. » Ceux qui entouraient le royal captif le supplièrent d'apaiser sa colère , qui ne ferait qu'irriter un vainqueur insatiable; mais François, résolu de mourir dans les fers , plutôt que de racheter sa liberté à un tel prix , fit savoir à Charles que dès ce moment il renonçait à la royauté pour la transmettre à son fils aîné le dauphin Henri, et que désormais le roi de France serait à Paris. La crainte de voir cette résolution généreuse recevoir son accomplissement décida enfin Charles-Quint à se montrer plus traitable; il offrit à son prisonnier de lui donner en mariage sa sœur Eléonore, veuve du roi de Portugal , qui était une belle et vertueuse princesse- et renonçant à placer une couronne sur la tète du duc de Bourbon , il se contenta d'exiger de François la
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promesse de lui céder la Bourgogne et de lui remettre en otages, pour gage de sa parole , douze des principaux seigneurs de son royaume. Mais lorsque la régente apprit ces dures conditions , elle préféra envoyer en Espagne, sous la conduite de Lautrec, deux de ses petits-fils encore entans , que de priver la France des services des douze capitaines que Charles avait désignés. A ce prix , auquel l'empereur consentit enfin , François recouvra la liberté après plus d'une armée de celte étroite captivité , où il avait appris à haïr davantage encore son heureux adversaire.
Ce fut un beau jour pour François P', mes bons amis, que celui où sautant avec légèreté de la barque sur laquelle il avait traversé la petite rivière de Bidassoa , qui sépare la France de l'Espagne, il toucha enfin la terre de son royaume ; s'élançant alors avec grâce sur un cheval arabe qu'on lui avait amené : « Maintenant, s'écria-t-il, » je suis encore roi ! i> Et en etfet , en rentrant en France il répara, par sa sagesse et son habileté , les malheurs que la journée de Pavie avait causés. Les habitans duduché de Bourgogne refusèrent de passer sous la domination de l'empire , et la France sortit intacte et glorieuse de cette cruelle épreuve; mais l'animosité qui avait divisé Charles et François ne fut point éteinte parla paix ^de Madrid, et tant qu'ils vécurent, ces deux monarques demeurèrent ennemis irréconciliables.
On montre encore à Paris, mes enfans, dans un
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