‹ L'histoire moderne, racontée aux enfans ;Chapitre 15 sur 69 · LA CAPTIVITÉ DE FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LA CAPTIVITÉ DE FRANÇOIS

musée où se conservent les armes remarquables par leur beauté, ou par les souvenirs qui s'y rattachent, l'armure que François l®*" portait à Pavie, et sur laquelle on distingue les traces de plusieurs coups violens dont ce prince fut atteint; la formidable épée dont il était armé dans cette journée désastreuse, après avoir été long-temps gardée à Madrid, a été également rapportée en France , il y a quelques années, par ordre de Napoléon, à qui la gloire de notre nation fut toujours chère et précieuse.

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Depuis l'an 1526 jusqu'à l'an 1530.

Tandis que Charles-Quiiit, raes jeunes amis, traitait avec tant de rigueur son royal captif à Madrid, il témoignait les plus grands égards au connétable de Bourbon , qui s'était rendu en Espagne pour y recevoir le prix de ses honteux services. Sans crainte d'honorer la trahison dans la personne du traître, l'empereur s'avança à sa rencontre hors des portes de Tolède, où il se trouvait alors, l'embrassa à la vue de tout le peuple, et l'accompagna lui-même jusqu'à l'appartement qu'il lui avait fait préparer dans le palais qu'il habitait; mais si Bourbon était ainsi accueilli par ce monarque, il s'en fallait bien que la nation espagnole, dont le caractère est noble et généreux, vît avec lu même faveur un homme qui avait trahi lâchement son roi, et causé le malheur de sa patrie ; car il n'y a rien de plus oe^ieux que le crime de celui qui porte les armes contre le pays où il est né, et se fait ainsi l'ennemi de ses frères et de ses parens. Aussi Charles ayant or-

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donné à un seigneur castillan, nommé le marquis de Villena, d'offrir son palais au connétable, pour qu'il l'habitât avec la suite nombreuse qui convenait à son rang : « J'obéirai à votre majesté, » répondit noblement ce seigneur, puisqu'elle » m'ordonne de recevoir le duc de Bourbon; mais » je la supplie humblement, aussitôt qu'il aura » quitté ma demeure, de permettre que jela brûle î» entièrement, afin qu'un homme d'honneur » n'habite point une maison que la présence d'un « traître aura souillée. » Ces belles paroles déplurent à Charles, mais elles font assez connaître le mépris que Bourbon avait encouru par sa perfidie.

Cependant, mes bons amis, il faut que la prospérité produise sur les hommes même dont l'ame est le plus élevée, une sorte d'ivresse insurmontable, puisque Charles-Quint, que sa naissance et son heureuse destinée avaient rendu le plus grand monarque du monde, ne fut point encore satisfait du haut degré de puissance qu'il avait atteint. Tandis que la victoire de Pavie humiliait son rival et ne permettait plus qu'aucun prince de l'Europe osât se mettre en balance avec lui, il apprenait qu'une poignée de ses sujets, sous la conduite de Fernand Certes et des audacieux Pizarres, venaient de conquérir en Amérique des royaumes plus étendus que l'Europe entière, ainsi que vous avez pu le lire dans une autre histoire. Eb bien ! ces constantes faveurs de la fortune, comme il

arrive le plus souvent, ne firent que rendre l'empereur plus insatiable, et non content encore d'une si vaste puissance, il chargea le duc de Bourbon de dépouiller François Sforce du duché de Milan, qu'il lui avait donné peu d'années auparavant, sous prétexte que ce duc avait embrassé secrètement le parti de ses ennemis. Ce prince infortuné, le dernier de sa famille qui porta le poids de la couronne ducale, alla finir ses jours dans l'obscurité, et depuis ce temps laLombardie ne cessa plus d'appartenir à la maison d'Autriche, qui la possède encore ajourd'hui.

3IaissiCharles-Quint, mes enfans, semblait avoir atteint, par un heureux concours de circonstances, le comble de la gloire et de la puissance, il ne faut pas croire pour cela que son règne ait été plus paisible ou plus heureux pour les peuples soumis à sa domination. A peine François F'" eutil recouvré sa liberté, que le ressentiment de sa captivité et l'arrogance de Charles firent éclater entre eux de nouvelles guerres, dont le théâtre ne fut plus seulement en Italie, mais en Espagne, dans les Pays-Bas et en Allemagne.

En même temps cette dernière contrée, où la réforme religieuse prêchée par Luther était devenue une source de troubles, voyait des maux de toute espèce fondre sur elle; tantôt c'étaient les paysans de Souabe, qui, forçant de se mettre à leur tête un brave chevalier, appelé Goëtz de Berlichingen , surnommé « la Main-de-Fer, »

(parce qu'il avait ainsi remplacé sa main droite perdue dans une bataille), se révoltaient contre leurs seigneurs, qu'ils accusaient de les traiter avec trop de dureté, et brûlaient les villes et les châteaux. Tantôt, c'étaient d'autres forcenés qui, excités par les prédications d'un fougueux luthérien, nommé Carlostadt, couraient d'église en église, déchiraient les tableaux, brisaient les statues des saints, et renversaient les autels en criant à l'idolâtrie. Dans une autre province d'Allemagne, un fanatique appelé Muncer, se disant prophète de Dieu, ameutait la populace, en annonçant qu'il était appelé à fonder le royaume de Jésus-Christ sur la terre, et donnait à ceux qui le suivaient le titre d'anabaptistes, c'est-à-dire contre le baptême, parce qu'ils prétendaient que ce n'était point aux petits enfans que l'on devait donner ce sacrement, comme le font les chrétiens, mais aux hommes en âge de raison, pour la rémission de leurs péchés. Sous ce prétexte, ils parcouraient les villes, armés d'épéesnues, poussant des hurlemens féroces, et criant de toutes leurs forces : « Repentez-vous, et soyez rebaptisés. » Il fallut, pour mettre un terme aux désordres et aux pillages de ces furieux, que les princes et les seigneurs allemands prissent les armes contre eux; le prétendu prophète Muncer, tombé entre leurs mains, fut mis à mort; Carlostadt fut réduit à s'enfuir en Suisse, où il mourut misérablement, et ce ne fut qu'après de longs combats, où conlè-

rent des flots de sang, que la paix parut se rétablir.

Mais pendant que l'Allemagne était ainsi le théâtre de tant de guerres sanglantes et acharnées, mes jeunes amis, le terrible Soliman, que la prise de Belgrade et de Rhodes avait rendu le plus redoutable ennemi des peuples chrétiens, reparut en Hongrie à la tête d'une armée considérable, et jamais, je dois vous le dire, un si grand péril n'avait menacé la chrétienté tout entière, depuis le temps où Charles-Martel, dans les plaines de Poitiers, vainquit le Sarrasin Adbérame, comme je vous l'ai raconté dans l'histoire de France.

Le prince qui occupait alors le trône de Hongrie était un jeune homme brave et généreux, nommé Louis II. Instruit de l'approche desTurcs, il appela autour de lui la vaillante noblesse hongroise, accoutumée de tout temps à combattre les infidèles, et marcha au-devant de Soliman ; mais les deux armées s'étant rencontrées auprès d'une petite ville nommée Mohacz, les chrétiens, accablés par la multitude de leurs ennemis, y furent enveloppés et taillés en pièces; le jeune roi Louis 11, lui-même, se trouva au nombre desmorls, et en peu de jours, la Hongrie presque entière passa sous la domination ottomane.

Cependant les Hongrois échappés à la funeste bataille de Mohacz, ayant perdu leur roi, résolurent d'en élire un autre, et les choix de cette nation furent partagés entre Jean Zapoli, prince de

Transylvanie (l'une des provinces orientales de la Hongrie), et Ferdinand, frère puîné de Charles- Quint, à qui l'empereur, quelques années auparavant, avait cédé son archiduché d'Autriche. Malheureusement, les partisans de chacun de ces deux princes, au lieu de se réunir pour épargner de nouveaux malheurs à leur patrie, prirent les armes pour défendre le roi qu'ils avaient élu, et Jean Zapoli ayant imploré la protection de Soliman lui-même, contre son rival, le sultan le proclama roi de Hongrie, en le couronnant de sa propre main, à Bude, capitale de ce royaume, et se déclara l'ennemi de Ferdinand, qu'il jura de poursuivre jusque sous les murs de Vienne.

En effet, mes bons amis, l'Allemagne apprit bientôt avec effroile nouveaufléau dentelle était menacée ; à peine délivrées des Anabaptistes et des paysans révoltés, ses campagnes furent ravagées par l'innombrable armée des Ottomans, qui couvrit toutes les plaines de l'Autriche. En peu de jours, tout fier encore de sa victoire de Mohacz, Soliman parut devant Vienne, comme il l'avait annoncé, et cette capitale consternée vit tout à coup se dresser devant elle les tentes noires des barbares d'Asie.

Vous allez me demander peut-être, mes enfans, ce que faisait le puissant Charles-Quint, tandis que tant de calamités fondaient à la fois sur son empire. Au lieu de se mettre à la tête de ses armées , et de combattre les musulmans sous les

murs de Vienne , il était retenu en ce moment par une diète de l'empire, réunie à Spire, sur les bords du Rhin, où les princes allemands qui avaient embrassé la religion de Luther refusaient de renoncer aux doctrines nouvelles, et prenaient le titre de protestans, parce qu'ils protestaient à la face du monde contre la défense que leur faisait cette assemblée, de rien changer à l'ancienne religion. C'est depuis cette époque, mes bons amis, que les luthériens furent désignés, en Europe, par cette dénomination, que l'on a étendue par la suite à toutes les sectes qui se séparèrent de l'Eglise romaine, et il faudra vous rappeler que ce fut à Spire qu'elle leur fut donnée pour la première fois.

Pendant ce temps, Soliraan-le-Magnifique, malgré son impatience de signaler sa présence en Allemagne par la prise de Vienne, était arrêté depuis vingt jours devant les remparts de cette grande ville, où s'étaient jetés un grand nombre de braves chevaliers allemands , espagnols et flamands, que la haine des Turs avait appelés à la défense de la capitale de l'Autriche. Aussi, quoique le sultan déployât contre cette place tous les moyens qui avaient fait tomber les murailles de Belgrade et de Rhodes, chaque jour il voyait son armée diminuer par les combats et par la difficulté de vivre dans un pays que ses soldats, selon la coutume desTartares, avaient impitoyablement dévasté. Honteux d'une résistance à laquelle il

n'était plus accoutumé, et peu jaloux d'une victoire qui ne lui promettait plus ni gloire ni butin, il abandonna cette entreprise, et se mettant en marche pendant la nuit, après avoir incendié sou propre cajup, et égorgé les captifs chrétiens qui ne pouvaient suivre son armée , il maudit cette ville, la première devant laquelle ses armes eussent échoué , et prédit que cette cité serait toujours fatale aux musulmans. Nous verrons plus tard , mes bons amis , comment cette prédiction fut justifiée par l'événement.

Mais si la mauvaise issue de ses desseins avait excité l'indignation du sultan , mes enfans , il ne faut pas croire pour cela que ce prince se montrât toujours aussi cruel et sanguinaire. Tandis que son armée , abandonnant Vienne , traversait la Hongrie pour se rapprocher de Constantinople, une femme éplorée vint se jeter aux pieds de Soliman^ en lui demandant justice. «Cette nuit, )) lui dit-elle, pendant que je dormais, tes soldats » sont entrés dans ma maison , et m'ont enlevé » tout ce que je possédais. — Ton sommeil était » donc bien profond! » lui répondit le sultan. <c Oui, » répartit cette femme avec assurance, « parce que je savais que le devoir de ta hautesse » est de veiller pour tes sujets. » Cette réponse hardie , au lieu d'irriter Soliman , lui causa une vive satisfaction, en voyant que sa justice inspirait plus de confiance encore que sa puissance n'inspirait de crainte. Il donna une poignée de

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pièces d'or à cette femme, et défendit à aucun de ses soldats, sous peine de mort, d'entrer, pendant dix ans, dans la maison et même dans le village qu'elle habitait.

Cependant les princes de l'empire , protestans et catholiques, encore pleins de l'effroi que l'apparition du sultan avait répandue en Allemagne, supplièrent Charles-Quint de se mettre à leur tête, pour marcher contre les Barbares ; et bientôt on vit s'avancer une armée considérable , à laquelle vinrent se joindre des guerriers de toutes les nations de l'Europe, comme celle que Godefroi de Bouillon avait conduite en Palestine, au temps de la première croisade. Charles qui , jusqu'à ce jour, n'avait jamais combattu que par ses généraux, parut alors pour la première fois à la tête de ses troupes, et ce fut un spectacle remarquable que celui des deux plus puissans souverains de ce siècle prêts à décider , dans une bataille, à qui !e monde devait appartenir. Aucun événement ne justifia pourtant ce grand appareil de guerre, et Soliman-le-Magnifique retourna dans sa capitale , avec la gloire d'avoir fait trembler l'Europe entière devant les queues de cheval qui servaient d'enseignes à ses janissaires. Jean Zapoli, abandonné des Turcs, fut réduit à chercher un refuge diiiis ses propres Etats de Transylvanie, où il mourut peu de temps après, laissant son titre de roi à son fils appelé Jean Sigismond, à peine âgé de quinze jours, à qui Ferdinand en-

leva bientôt après la couronne de Hongrie , qui depuis ce temps a toujours appartenu à la maison d'Autriche.

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