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femmes même prirent de longues aiguilles pour percer le ventre des chevaux castillans; le drapeau rouge des rois de Grenade reparut dans les campagnes, et un Maure, qui passait pour l'un des descendans des anciens princes de cette ville, réunit en un iijstant une armée considérable, avec laquelle il mit en déroute les troupes espagnoles que Philippe envoya contre lui.
Ce fut alors, mes jeunes amis, que don Juan, pour la première fois , montra de quels talens il était doué pour la guerre ; à la tête de quelques bataillons espagnols qui avaient combattu autrefois sous son père à Muhlberg et enFlandre, il marcha contre les rebelles, les défit dans plusieurs combats, et reprit toutes les villes dont ils s'étaient emparés. Leur chef lui-mêiue, qui avait pris le titre de roi de Grenade tomba en son pouvoir, et en peu de jours, les inusulmans dispersés furent réduits à chercher un refuge contre l'épée des vainqueurs dans les montagnes des Alpuxarres. Mais une guerre sans gloire contre une nation sans défense ne pouvait plaire au grand cœur de don Juan, et dès qu'il n'eut plus d'autres ennemis à poursuivre que des hommes désarmés ou des lemraes fuyant avec leurs enfans leurs chaumières incendiées, il quitta avec horreur l'Andalousie. Après son départ , ce fut à des inquisiteurs que rimjilacable Philippe confia la charge d'exterminer, par des supplices , ce que l'épée de ses soldats avait épargné de cette race infortunéej mais
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ce prince sanguinaire, en ponrsuivant ainsi les Maures avec acharnement, fat puni lui-même de sa cruauté ; car la ruine de cette nation, qui jusqu'alors avait seule soutenu en Espagne les belles fabriques d'étoffes de soie et de lapis précieux autrefois établies par les Arabes à Séviile, à Cordoue et à Grenade, priva ce royaume de cette source de richesses, dont d'autres peuples s'emparèrent, et tirèrent bientôt des bénéfices considérables.
Cependant d'autres combats appelaient déjà don Juan d'Autriche sur un nouveau théâtre , où de plus grands périls allaient exciter son courage. A cette époque, Soliman-le-Magnifique avait cessé de vivre depuis plusieurs années, mais son successeur, Sélira II, avait réuni une grande flotte avec laquelle il prétendait chasser les chrétiens de la Méditerranée, et ruiner le commerce des Vénitiens, en leur enlevant les îles grecques que cette nation marchande possédait encore dans cette mer; mais ceux-ci s'étant adressés à Philippe If pour obtenir des secours contre ces redoutables ennemis de la chrétienté, ce prince, à la prière du pape qui, dans ce temps-là , se nommait Pie V, leur envoya don Juan à la tête d'une formidable flotte espagnole, qui , s'étant jointe à celle de Venise, atteignit les vaisseaux ottomans , à la vue d'une petite ville grecque nommée Lépante , où les Turcs et les chrétiens se préparèrent encore une fois à en venir aux mains.
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C'est un spectacle bien terrible et bien imposant, aiesenfans, que celui de deux armées ennemies se précipitant l'une vers l'autre pour se disputer le terrain qu'elles vont arroser du sang de leurs plus braves guerriers : mais rien n'est comparable à l'aspect d'un combat naval , où chaque vaisseau, s'environnant tout à coup d'un tourbillon de flamme et de fumée, semble vomir la foudre par les cent canons qu'il porte. Là, c'est la mort sous toutes les formes; ce sont les mâts et les cordages qui, brisés par les boulets, tombent sur les combattans et les écrasent; c'est l'incendie qui dévore un navire, et l'engloutit avec un fracas épouvantable ; ce sont les cris déchirans des blessés, uiélcs aux raugissemens des flots et au sifflement de la temj)ête.
Tel fut l'effroyable tableau que présenta pendant plusieurs heures cette rade de Lépante, où se livra, entre les Ottomans et les galères d'Espagne et de Venise, une des plus sanglantes batailles dont \[\ mer ait jamais été le théâtre. La victoire, après avoir été long-temps balancée, se déclara enfin pour les armes chrétiennes; mais elle fut due j)rincipa!ement à l'intrépidité de don Juan, qui , ayant aperçu dans la mêlée le vaisseau de l'amiral turc, s'y précipita le premier, à la tête dos plus vaillans guerriers espagnols de son naviF-o, tua l'amiral de sa propre main, et ayait fait placer sa léto au bout d'une pique, apprit ainsi aux musulmans qu'ils n'avaient plus de chef. Plus
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de deux cents vaisseaux et de trente mille soldats périrent de part et d'autre clans cette journée ; mais pendant long-temps les Turcs, effrayés d'une pareille défaite, suspendirent leurs efforts contre les nations chrétiennes, et tout l'honneur de cette victoire appartint à la valeur de don Juan.
Le lieu où fut donnée cette bataille mémora- Lle, mes enfans, est célèbre sous plus d'un rapport dans l'histoire. C'est à peu de distance de ces parages qu'est situé le fameux promontoire d'Actium, auprès duquel Octave et Antoine se disputèrent autrefois l'empire du monde, et tout près de là, s'étend le golfe de JNavarin, où, de nos jours, une nouvelle défaite des Ottomans a illustré les armes de plusieurs nations chrétiennes.
En apprenant l'heureuse issue de la bataille de Lépante,la joie fut générale en Europe, et le pape Pie V, qui, par ses prières, avait préparé ce triomphe éclatant des flottes chrétiennes, ne put s'empêcher de prononcer, en l'honneur du jeune héros à qui elle était due, ces paroles remarquables de l'Évangile : Il y eut un homme envoyé de Dieu, qui s'appelait Jean.
Quant à Philippe II, mes bons amis, vous croiriez peut-être qu'd se réjouit du succès de ses armées et de la gloire que son frère venait d'acquérir; eh bien! il en fut tout autrement. On ne vit pas sur son visage impassible se manifester le plus léger témoignage de satisfaction , et quelqu'un lui ayant dit, pensant lui être agréable, que
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don Juan avait vaincu les Ottomans , quoiqu'ils fussent bien plus nombreux que son armée : « C'est une imprudence qu'a faite mon frère, dit-il )► d'un air sévère, que de hasarder un combat » contre un ennemi si supérieur en nombre. )» Depuis ce temps, on remarqua que, chaque fois qu'on prononçait devant ce monarque le nom du vainqueur de Lépante, la pâleur couvrait son front, et que la jalousie qu'il ressentait des exploits de son frère le lui avait rendu odieux. Aussi, peu de temps après, don Juau étant tombe dangereusement malade dans les Pays-Bas, où Philippe l'avait envoyé pour succéder au cruel duc d'Albe, que sa barbarie avait rendu en horreur aux Flamands, et ayant succombé en quelques heures à un mal inconnu, le bruit se réjiandit dans toute l'Europe qu'il avait été empoisonné par ordre du roi, que sa renommée et ses vertus importunaient. Cependant il voulut bien accorder à ce jeune héros une sépulture royale dans les caveaux de l'Escurial , aimant mieux sans doute le combler après sa mort d'honneurs funèbres, que d'avoir à le redouter pendant sa vie.
Don Juan d'Autriche, mes bons amis, dont Je nom est un des plus glorieux de son siècle, n'avait que trente-trois ans lorsqu'il mourut à Bruxelles*, mais cette fin prématurée ne fit qu'ajouter encore à l'illustration de sa naissance et de sa vie, et rEurope entière vit avec horreur le plus puissant trône du monde occupé par un
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prince meurtrier de son (ils, empoisonneur de son frère, et persécuteur implacable d'une multiludo de ses sujets.
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