‹ L'histoire moderne, racontée aux enfans ;Chapitre 23 sur 69 · DON JUAN D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

DON JUAN D'AUTRICHE

Depuis Tan 1570 jusqu'à l'an 1578.

A cette époque, mes bons amis , il y avait eu Espagne un jeune homme dont personne ne connaissait la famille, et qui ne savait pas lui-même à quels parens il devait le jour. Un vieux seigneur, nommé Quixada, l'avait élevé avec antafit de soin, que s'il eût été son propre fils ; mais on remarquait que ce vieillard ne lui parlait jamais que la tête découverte, et avoc tous les signes d'un profond respect.

Don Juan (c'était le seul nom que portât ce jeune inconnu) était Leau, bien fait de corps et de visage, et se faisait renjarquer parmi tous les autres hommes de son âge par la noblesse de ses manières, autant que par l'adresse qu'il déployait dans tous les exercices du corps, auxquels se livrait alors la jeunesse castillane; nul ne savait mieux que lui manier une lance ou une épée , et personne ne déployait j)!us de grâce en domptant un cheval fougueux, ou en guidant un char attelé de deux élégans coursiers d'Andalousie. Ces qua-

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Htés auxquelles on attachait un grantl prix en Espagne, à celte époque où la chevalerie était encore en honneur, n'étaient pourtant pas les seules qui distinguassent don Juan; il était brave, généreux, poli envers tout le monde, et savait se faire aimer do tous ceux qui l'approchaient.

Un jour que le roi Philippe II prenait le plaisir de la chasse dans une forêt voisine de la ville de Yalladolid, où la cour de Castille se trouvait alors rassemblée, le vieux Quixada conduisit son élève à cette réunion , comme pour le faire jouir du spectacle qu'elle présentait; mais quel fut l'étonnement de don Juan, lorsque le roi lui-même, l'appelant par son nom au milieu de la foule qui l'entourait, lui ordonna de s'approcher, en faisant signe à ses courtisans de se tenir à l'écart. Le jeune homme descendit aussitôt de cheval, et mit un genou en terre pour parler au roi avec plus de respect ; mais Philippe , le relevant avec une bonté qui ne lui était point ordinaire, lui demanda en souriant s'il connaissait le nom de son J3ère.

A celte question inattendue , don Juan rougit de honte de ne pouvoir y répondre; mais le roi, le serrant alors dans ses bras à la vue de toute la cour : « Mon enfant, lui dit-il, vous appartenez à » la plus noble famille du royaume , car l'empc- » reur Charles-Quint est votre père et le mien. )»

Je vous laisse à penser ce que devint le jeune homme en entendant ces paroles. Dans le pro-

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îTiier moment, il crut avoir mal compris le discours du roi ; mais lorsque celui-ci lui eut donné tout haut le titre de frère , en ordonnant à ses courtisans de le respecter désormais comme son plus proche parent, don Juan comprit enfin qu'il n'était point le jouet d'une illusion, et comme il avait le cœur noble et l'âme élevée, il ne fut point ébloui d'une si haute fortune.

En effet, mes enfans, ce jeune homme , élevé avec tant de soin et de mystère par le discret Quixada, était le propre fils de l'empereur Charles- Quint; mais comme sa mère n'était point une princesse, ce monarque n'avait pas pu lui accorder les honneurs dus aux infans d'Espagne. Cependant, au moment d'expirer , il avait exigé de Philippe la promesse que, si don Juan se montrait digne de sa haute naissance, il lui apprendrait quel était son père, et lui donnerait à sa cour le rang qui convenait à un frère du roi d'Espagne.

Dès ce motnent, mes jeunes amis, don Juan ne cessa pas de se distinguer par des actions nobles et courageuses; quoique Philippe, auquel sesbelles qualités Jie tardèrent pas à inspirer de la défiance et de la jalousie, l'eût d'abord destiné aux dignités de l'Église, et le pressât même d'entrer dans un monastère, où|il espérait enfouirles dons heureux que son frère avait reçus de la nature, le jeune prince montra un si vif désir d'acquérir de la gloire, que le roi, malgré sa répugnance, lui permit d'embrasser la carrière des armes, où par ses

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exploits il surpassa bientôt tout ce qu'on attendait du fils de Charles-Quint.

A cette époque, il arriva que les Maures d'Andalousie, que Philippe II détestait comme tous les ennemis de la religion catholique, devinrent, de la part de ce prince, l'objet d'une persécution qui les réduisit au désespoir; non seulement ce monarque ordonna à ces malheureux d'abandonner sans retard la religion de leurs pères pour recevoir le baptême, mais encore il leur défendit, sous les peines les plus sévères, de faire usage des bains, auxquels ils étaient accoutumés; de porter les vêternens de leur nation, et même de déposer des rameaux verls sur les tombeaux de leurs parens , selon une coutume touchante des peuples asiatiques qui s'était conservée parmi eux. Un grand nombre de ces infortunés, ne pouvant se soumettre à un si dur esclavage, cherchèrent secrètement un asile en Afrique, où ils furent accueillis par leurs frères de iVIarocet de Tunis; mais la plupart d'entre eux, n'ayant pu parvenir à sortir d'Espagne; résolurent de prendre les armes pour se soustraire à des lois qui leur paraissaient cent fois plus rigoureuses que la mort même; car iln'y a riendepluscheràun peuple que les moeurs et les usages qu'il a reçus de ses ancêlres. En une même nuit , sur toutes les montagnes de l'Andalousie, on vit s'élever des tourbillons de flamme qui n'étaient autres qu'un signal pour les Maures de s'armer en hâte contre les Espagnols j leurs

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