‹ L'histoire moderne, racontée aux enfans ;Chapitre 26 sur 69 · L*ARMADA · texte numérisé non relu

L*ARMADA

formidable Armada , dont les tristes restes regagnèrent avec peine les ports d'Espagne : cependant, lorsqu'on apporta à Philippe H la nouvelle de ce grand désastre, il ne manifesta aucune émotion, et parut accepter avec résignation ce malheur, dont son orgueil seul était cause : « C'est » une branche de l'arbre abattue, s'écria-t-ilavec » insensibilité ; mais grâce à Dieu , le tronc est » encore debout et entier. » Ce furent là les seules paroles que lui arracha une défaite qui venait de coûter des trésors considérables à l'Espagne , et la vie à tant de milliers d'hommes.

Pendant ce temps, mes en fans , l'Angleterre présentait un spectacle bien différent : en apprenant la destruction de la flotte ennemie , tout le peuple de ce royaume fit éclater des transports d'allégresse impossibles à décrire , et lorsque la reine Elisabeth, montée sur un beau cheval blanc qu'elle maniait avec grâce , et tenant dans sa main droite un bâton , qui est le jsigne du commandement militaire, passa dans les rangs de l'armée qu'elle avait réunie pour re[)ousser les Espagnols, les chefs et les soldats poussèrent des cris de joie à la vue de leur souveraine , en lui souhaitant une longue vie, que les prospérités de son règne leur rendaient encore plus chère. Aussi dès ce moment, celte grande princesse se vit-elle l'objet des félicitations etdes hommages du monde entier. Quoiqu'elle approchât de la vieillesse, et cachât déjà ses cheveux blancs sous une perru-

ou L\ FLOTTE INVINCTELE. 219

que rousse , le plus grand poète de l'Angleterre, Schakespeare , qui vivait de son temps, l'appelait dans ses vers : « Une belle vestale assise au 1» trône d'Occident. )) Les rois de l'Europe recherchaient son amitié , et rien n'eût égalé la splendeur de son règne, si le souvenir de Marie Stuart et l'image du comte d'Essex n'eussent troublé les dernières années c'e sa vie.

LA VIEILLESSE DE PfflLirPE IL

Depuis l'an I588jusqn a l'an 1598.

Quand je vous parlais, il n'y a pas long-temps, mes jeunes amis, de la belle Venise , dressant au milieu des lagunes de l'Adriatique ses palais de marbre, ses minarets orientaux, et sa magnifique cathédrale de Saint-Marc, je vous faisais remarquer combien de merveilles renfermait cette cité, dont l'existence est elle-même une merveille du travail de l'homme ; mais que vous dirai-je maintenant , d'une contrée tout entière , arrachée en quelque sorte aux flots de l'Océan , par les offorts d'un peuple qui est parvenu à bâtir des villes riches et commerçantes là où l'on ne voyait auparavant que des prairies presque toujours inondées, et à transformer des marais infects en campagnes fertiles et en gras pâturages. Il a suffi pour cela, à celte nation industrieuse , mes enfans, de creuser, d'un côté , des canaux pour recevoir les eaux trop abondantes de ce pays humide, et de l'autre, d'élever des espèces de montagnes, auxquelles on

donne le nom de digues , et qui oflfrent autant de barrières insurmontables aux vagues de la nier.

Et bien ! mes amis , cette contrée qui atteste à un si haut degré tout ce que peut la persévérance et le génie des hommes , c'est la Hollande, dont Guillaume de Nassau venait d'être fait stathouder, et qu'il était parvenu à soustraire à la domination tyrannique de Phillippe II. La plupart des Hollandais , qui avaient enbrassé avec ardeur le protestantisme , avaient préféré prendre les armes contre le roi d'Epagne , au malheur de retomber au pouvoir de l'inquisition , et il faudra vous rappeler que ce fut là l'origine des États de Hollande , qui prirent alors le nom des sept Provinces-Unies , parce qu'ils se com[>osaient en effet d'un pareil nombre de provinces qui faisaient autrefois partie des Pays-Bas.

Cependant l'implacable Philippe II n'avait pu pardonner au prince d'Orange d'avoir ainsi arraché à son obéissance un pays qui , par son commerce et l'industrie de ses habitans, était une des plus riches parties de son royaume , et désespérant de faire rentrer les Hollandais sous sa puissance, tant que Guillaume serait vivant, il n'avait pas rougi de faire publier dans toute l'Europe que celui qui tuerait ce prince, non seulement recevrait une somme considérable en argent , mais encore qu'il serait honoré comme s'il eût accompli l'action la plus louable aux yeux de Dieu et des hommes. Le prince d'Orange , informé de cette

publication qui livrait ainsi sa vie aux coups du premier assassin que l'appât d'une pareille récompense pourrait séduire, ne s'effraya pourtant point des menaces de son ennemi ; et en effet , pendant cinq ans , quoique plusieurs complots eussent été formés contre ses jours, toute la honte de cette provocation sanguinaire retomba sur celui qui en était l'auteur; mais rien ne pouvait désarmer la haine de Philippe, et le temps était venu où elle allait être enfin satisfaite.

Un jour que le prince d'Orange était à table avec sa femme, Louise de Coligny , propre fille de l'illustre amiral assassiné à Paris , dans la filiale nuit de la Saint-Barthélemi , un protestant Français, que le prince connaissait sous le nom de Guyon, se présenta à la porte de ses appartemens, demandant avec insistance à communiquer au stathouder une affaire très pressante. Cet étranger, qu'enveloppait un long manteau , avait le visage pâle et l'œil égaré , et les serviteurs du prince refusèrent d'abord de l'introduire; mais Guillaume, averti de ses instances, ordonna qu'on le fit entrer, et dès que ce misérable, dont la vue causa un effroi involontaire à la princesse d'Orange , se fut approché , il dégagea sa main droite de son manteau , et tirant un pistolet qu'il y tenait cacbé, il fit feu sur le prince , et le renversa sur la place, où il expira sans pouvoir proférer d'autres paroles que celles-ci : « Mon Dieu ! » ayez pitié de moi et de mon pauvre peuple ; je

» suis mortellement blessé ! » A la faveur du premier moment de terreur et de surprise , le meurtrier essaya de s'échapper, en se jetant à la nage dans les fossés pleins d'eau qui environnaient le château; mais les gardes du prince l'atteignirent bientôt, et l'ayant chargé de fers , le traînèrent devant les magistrats, pour qu'il y subît le juste châtiment de son crime. Lorsque ce scélérat fut appliqué à la torture , selon l'usage barbare alors observé en Europe envers les criminels, il confessa que son véritable nom était Gérard, et que le seul espoir de gagner la récompense promise par le roi d'Espagne à celui qui tuerait Guillaume l'avait déterminé à ce meurtre abominable. Ce malheureux expia bientôt son crime dans les supplices; mais quoique la mort du prince d'Orange fût une perte irréparable , elle ne produisit pas l'effet que Philippe en avait attendu ; car les Hollandais, indignés d'un si lâche attentat, au lieu de rentrer sous son obéissance , élevèrent à la dignité de staihouder , Maurice de Nassau, second fils de l'infortuné Guillaume , qui acheva l'ouvrage que son père avait glorieusement commencé, en consolidant l'indépendance des États de Hollande, qui depuis ce temps furent affranchis de l'Espagne, et devinrent en peu d'années Vune des contrées les plus commerçantes et les plus riches du monde entier.

Il fallut, mes jeunes amis, qu'après avoir vainement tenté pendant long-temps encore de recon-

quérir cette province, que sa cruauté lui avait fait perdre, Philippe consentît enfin à céder la souveraineté du reste des Pays-Bas à sa fille aînée , l'infante Isabelle, qu'il avait mariée à rarchiduo Albert d'Autriche, dernier fils de Maximilien II , empereur d'Allemagne, qui les réunit aux Etats de sa famille. Les provinces flamandes qui échappèrent par ce mariage à la tyrannie espagnole forment à présent le royaume de Belgique, qui borne la France du côté du nord , comme vous pouvez aisément le reconnaître sur une carte géographique.

Cependant, malgré les soucis sans nombre que son ambition et sa barbarie envers les protestans avaient suscités à Philippe II , il était parvenu à un âge avancé et semblait encore devoir atteindre une plus longue carrière. Son corps robuste, son âme insensible, lui avaient permis de vieillir sans être accablé du poids des années ni des remords, et il n'éprouvait point , comme Charles- Quint, la satiété des grandeurs et la nécessité du repos. Trop soupçonneux pour croire que sa vie pût être en sûreté lorsqu'elle ne serait plus protégée par la puissance souveraine , il aimait mieux mourir roi , que de descendre d'un trône qu'il avait souillé de tant de crimes. Persécuteur de plusieurs millions de ses sujets, il n'ignorait point que son nom était en horreur au genre humain ; mais se persuadant que sur les bûchers où avaient péri par son ordre tant d'innocentes vie-

times , il avait accompli autant de sacrifices agréables à Dieu, à peine si sa conscience lui reprochait tout le mal qu'il avait fait.

Enfin cet homme cruel, qui n'était plus entouré que de serviteurs tremblans et constamment soupçonnés parleur maître, tomba dangereusement malade a Bruxelles, et comprenant aussitôt que sa fin était prochaine, il demanda à être conduit aussi proraptement que possible à i'Escurial, voulant, disiiit-il , arriver vivant encore au bord de sa tombe. Ce dernier voyage, où tous ceux qui l'accompagnaient s'apercevaient de moment en moment que le jour approchait où le tyran allait paraître à son tour devant Dieu pour y être jugé selon ses œuvres, fut une lente agonie pour ce roi qui avait fait un si coupable usage du pouvoir que la Providence lui avait confié. Des plaies douloureuses et infectes dont il était couvert, se remplirent d'une vermine dégoûtante, mais personne ne pouvait avoir pitié de celui qui toute sa vie avait été impitoyable, et lorsqu'il mourut, il ne se trouva pas dans toute l'Espagne un seul homme qui le regrettât, si ce n'est peut-être les inquisiteurs et les bourreaux. Cependant à ses derniers momens , fa froide impassibilité qu'il avait montrée toute sa vie ne parut point l'abandonner; il fit apporter près de son Ut le cercueil dans lequel il (devait être déposé , et ordonna qu'on le laissât devant ses yeux, jusqu'à ce qu'il eût cessé de vivre.

226 lA VIEILLESSE DE PHILIPPE II.

La mort de Philippe II, mes jeunes amis, fut le dernier événement mémorable du seizième siècle, de ce siècle justement fameux, que remplirent tant d'hommes et de faits célèbres, dont vous ne sauriez trop vous attachera retenir l'histoire. Dans ces cent années, le monde , à peine dégagé des ténèbres du moyen âge, semblait avoir pris un tout autre aspect. La découverte de l'Amérique avait ouvert une carrière immense aux entreprises des hommes énergiques et aventureux: quelques génies immortels, tels que Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, le Bramante, Tartaglia, Aide Manuce, avaient marqué une ère nouvelle pour les arts, les sciences et les lettres. Une foule de princes illustres, tels que Cosme de Médicis , Louis XII , François le»" ^ Charles-Quint, Léon X, Soliman-le-Magnifique , la grande Elisabeth d'Angleterre , avaient rempli l'univers de leur sagesse ou de leurs exploits; et il ne restait plus aux nations européennes, des mœurs et du caractère de leurs sauvages ancêtres, que le courage militaire et l'amour de la liberté, naturels aux races généreuses.

LES ÉTATS DU NORD. 227

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5 Si vous avez sous les yeux, mes jeunes amis, une carte géographique de l'Europe actuelle, remarquez, je vous prie, au nord de cette belle partie du monde, les immenses contrées d'où sont sortis autrefois la plupart des peuples barbares qui renversèrent l'empire d'occident, etfondèrent successivement presque tous les royaumes que nous voyons aujourd'hui.

Parmi ces contrées, mes enfans, les unes, situées entre la mer du Nord et la mer Baltique, furent le berceau de ces nations innombrables qui, à cette époque, sous le nom de Goths et de Gépides, se précipitèrent, comme des torrens, vers les climats plus doux, de la Grèce et de l'Italie; les autres, au contraire, qui s'étendent audelà du Danube et bordent au nord les rivages de la mer Noire et de la mer Caspienne, furent parcourues en tout sens, | pendant un grand nombre de siècles, par cette multitude de tribus diverses, que les anciens confondaient sous ladénomination commune de Scythes, peuples sans cesse errans dansde vaslessolitudcs, où vousvous

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souvenez sans doute d'avoir lu quelque part que Darius, fils d'Hystaspes, dut renoncera les poursuivre.

Or, en vous racontant il n'y a pas long-teraps l'histoire du moyen âge, je vous ai fait observer que le puissant Charlemagne, par ses victoires sur les Barbares qui menaçaient la Germanie, força ces peuples envahisseurs à mettre un terme à leurs courses vagabondes, et à s'arrêter enfin de l'autre côté de l'Elbe, ce grand fleuve du pays des Saxons, au-delà duquel s'élevèrent, avec le temps, des états considérables. Telle fut, quelques siècles plus tard, la province marécageuse où se fixèrent, entre l'Elbe et la Vistule, les Borusses ou Prussiens, nation sauvage et idolâtre, qui furent les aïeux de l'un de nos principaux peuples modernes. Telle fut encore, sur les bords de la Vistule, cette autre contrée où se répandit cette racenombreuse d'hommes à cheveux blonds, qui, sous le nom de Slave ou d'Esclavons, s'étendirent progressivement depuis l'embouchure de ce fleuve dans la Baltique, jusque sur les bords du golfe Adriatique.

A. une époque antérieure, mes jeunes amis, d'autres Barbares, appelés Roxolans ou Ruthènes, donnèrent le nom de Russie, à ce vaste territoire qui, appartenant en même temps à l'Europe'et à l'Asie, se trouve à la fois baigné par les flo^ts de quatre mers difierentes, la mer Glaciale, la Baltique, le Pont-Etixin et la mer Caspienne. Des,

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fleuves rapides et profonds la traversent dans tous les sens; des plaines immenses sans culture, appelées Steppes, rendent son aspect grave et solennel, et ses antiques forêts de sapins étalent aux yeux leur verdure noirâtre, que ne peuvent flétrir, nilescourtesardeursd'un été brûlant de quelques semaines, ni les frimas d'un hiver long et rigoureux. Aux Slaves de la Vistule fut donné le nom de Polaqnes ou de Polonais, et à leur pays, ancienne patrie des Sarmates, des Vandales et des Lombards, celui de Pologne : les Slaves des régions orientales reçurent le nom de Russes, et cette différence de dénomination ne fut pas la seule qui distingua ces deux peuples, dont le temps n'a fait que rendre la diversité plus sensible, comme vous le verrez par la suite de cette histoire.

Mais entre la merdu Nord et la Baltique, ces froides contrées que les Romains avaient appelées « la fabrique du genre humain, ». à cause de la multitude de Barbares qu'elles avaient vomie sur l'occident, divers états s'étaient élevés, et commençaient à se faire connaître des autres nations de l'Europe. Auprès de l'embouchure de l'Elbe, s'étend une large presqu'île, qui, jointe à un groupe d'îles plus on moins considérables, forme le royaume de Danemarck d'où sortirent, au moyen âge, ces nuées de pirates Danois et Normands, qui envahirent l'Angleterre et une partie de l'ancienne Neustrie gauloise. Placé à l'entrée de

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la Baltique^ dont il semble le gardien contre les peuples du midi, le Dauemarck a toujours été habité par une nation guerrière et maritime, qui, pendant long-temps, produisit les plus hardis navigateurs du monde entier. Un étroit bras de mer le sépare au nord d'une presqu'ile beaucoup plus vaste qui, s'étendant jusqu'aux bords de la mer Glaciale, touche au climat rigoureux de la Laponie, triste et froide région sur laquelle règne chaque année une nuit de plusieurs mois. Cette presqu'île, mes enfans, renferme les deux royaumes de Norwége et de Suède, antique berceau des races Gothiques et Scandinaves, et c'est là que l'on retrouve encore des monumens remarquables de la religion d'Odin, et un grand nombre deces Runes magiques, dont je vous ai parlé dans la mythologie deces peuples sauvages.

Cependant ces contrées, qui étaient demeurées si long-temps inconnuesauxpeuplesméridionaux, cessèrent enfin d'être le refuge de l'ignorance et de la barbarie ; et les Goths, après avoir dévasté pendant plusieurs siècles laGermanie, la Grèceet l'Italie, en rapportèrent les germes d'une civilisation nouvelle, qu'il appartenait àla religion chrétienne de faire éclore etde développer; mais vous ne savez peut-être pas encore, mes enfans, ce que veut dire ce mot de « civilisation, j) et je vais tacher de vous expliquer ce que signifie cette expression, que vous trouverez souvent employée dans des livres plus savans que celui-ci.

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Dans les différentes histoires qae vous avez étudiées jusqu'à ce jour, je crois vous avoir fait comprendre sufFisaniment quels étaient les mœurs et le caractère des peuples que Ton nommait barbares, et aucun de vous n'ignore sans doute à présent que cette dénomination désignait ces nations féroces et presque stupides qui, vivanten peuplades ou en tribus vagabondes et voyageuses, sans religion, sans villes, sans autre frein que leur propre volonté, se livraient aux actions les plus cruelles, confondaient la violence et le pillage avec la liberté, et portaient jusqu'à la démence l'ivrognerie, la vengeance, la colère, la rapacité et toutes les passions brutales et dégoûtantes qui font descendre l'homme au-dessous des animaux même, à qui la Providence n'a pas donné, comme à nous, l'inappréciable bienfait de la raison.

Mais à ce misérable état de barbarie, mes bons amis, si vous comparez celui de ces nations polies, instruites, dociles aux lois que quelques hommes éclairés ont établies pour l'avantage de tous; chez lesquelles il est honteux d'être gourmand, d'êtrementeur, d'être paresseux, de s'abandonner à la colère ou à la jalousie ; si vous opposez à la religion stupide des sauvages, le culte de ces peuples qui honorent Dieu comme le souverain maître de l'univers, et qui lui élèvent des temples au milieu de leurs villes, afin que chacun sache que c'est un lieu consacré au Créateur de toutes choses; oh! mes enfans, ces peuples là

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ne ressemblent plus en rien aux Barbares dont je vous parlais tout à l'heure, et l'on dit alors qu'ils sont parvenus à la Civilisation, ou qu'ils sont Civilisés. Chez unenation civilisée, il n'est plus permis à personne de rien faire qui puisse être nuisible à son prochain, et si tous les hommes ne sont pas également bons, justes et charitables, tous n'en sont pas moins obligés de respecter l'ordre établi, et de s'y soumettre.

A présent j'en suis certain, mes jeunes amis, si je vous demandais laquelle de ces deux espèces d'hommes appartenaient les Scythes, les Huns, les Vandales, les Tartares, les Lombards, les Hongrois qui ravagèrent le monde à diverses époques, chacun de vous s'empresserait de me répondre que tous ces peuples étaient des Barbares ; tandis qu'au contraire si je vous nommais les Israélites, les Égyptiens, les Athéniens, les Grecs de Constantinople, les Maures d'Andalousie, les Italiens^ de Rome, de Venise et de Florence, vous me diriez tous, d'une commune voix, que ces nations avaient atteint un haut degré de civilisation, puisque c'est parmi elles que se sont formés les premiers élémens des arts et des lumières qui nous éclairent aujourd'hui.

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