ROI DE S CÈDE
Sous le règne de Gustave, les Suédois, jusqu'à ce moment presque barbares, commencèrent à goûter les bienfaits de la civilisation des peuples méridionaux ; aucune partie du gouvernement d'un grand état ne fut négligée par lui ; cette nation brave et généreuse , mais encore rude et ignorante , devint à la fois commerçante et industrieuse- par ses manières douces et affables, par la magnificence de ses vêtemens et l'appareil respectable dont il s'entoura , il décida les seigneurs suédois à imiter le costume et les mœurs polies des autres cours de l'Europe ; il envoya plusieurs d'entre eux en France et en Angleterre pour s'instruire des usages de ces deux pays , et en moins de quarante ans la Suède ne fut plusreconnaissable.
Lorsqu'on lit de pareilles choses , mes jeunes amis, ne semble-t-il pas presque incroyable que la vie d'un seul homme , quelque longue qu'elle fiit, ait pu suffire à tant de travaux? Eh bien ! déjà âgé de plus de soixante-dix ans , Gustave trouvait encore la force nécessaire pour remplir glorieusement tous ses devoirs de roi; lorsque les jours ne suffisaient pas à la multitude de ses occupations , il n'hésitait point à y consacrer les nuits entières; parvenu à une extrême vieillesse, il supportait encore sans peine le poids de tant d'années et de travaux , lorsque sentant approcher le terme de sa vie, il se fit conduire devant l'assemblée des états de Suède, où, entouré de ses quatre
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fils, qui tous étaient des jeunes gens robustes et vaillans, il conjura les assistans de couserver à ses enfans l'amour qu'ils lui portaient , désigna pour son successeur l'aîné de ses fils, qui se nommait Éric, et ne put retenir ses larmes en disant un dernier adieu à cette nation généreuse qu'il venait d'élever si haut , car il lui semblait que chaque Suédois était aussi de sa famille.
Quelques jours après cette scène touchante , qui navra de douleur tous ceux qui en furent témoins, le grand Gustave dont les forces déclinaient visiblement depuis plusieurs mois , mourut à Stockholm , après avoir éloigné ses fils de son lit de mort, de peur de se laisser attendrir par la vue de leurs regrets. On dit qu'à ce moment suprême, il continua de songer aux affaires de son royaume, et dicta même à ses secrétaires des ordres secrets qu'il voulait qu'on exécutât après lui. Peu d'instans après, il rendit le dernier soupir, et son corps fut transporté à Upsal, lieu de la sépulture des anciens rois de Suède , où il reçut les plus magnifiques funérailles qui aient jamais honoré la mémoire d'un monarque , car il ne se trouva pas dans tout le royaume un seul homme qui ne le pleurât comme un bienfaiteur et un père.
VENISE SACVÉE. 261
L'an 1618.
Pendant qne de nouveaux royaumes s'élevaient ainsi dans le nord de l'Europe, mes jeunes amis , l'Espagne, l'un des états qui avaient occupé avec le plus d'éclat la scène du monde pendant tout le seizième siècle , voyait s'effacer chaque jtmr les traces de la grandeur que le génie de Charles- Quint lui avait imprimée.
Depuis que ce monarque , fatigué du poids de tant de couronnes, avait abandonné le trône pour aller vivre et mourir à Saint-Just, l'empire d'Allemagne , comme je vous l'ai dit , s'était séparé de la monarchie castillane , et Philippe II , par sa cruauté envers les protestans , avait forcé les nouveaux états de Hollande à se détacher violemment des Pays-Bas qu'il avait reçus de ses ancêtres. En même temps l'Espagne, si florissante , si peuplée sous les Maures, voyait ses villes inhabitées et ses campagnes sans culture, tandis que l'espoir d'obtenir leur part des trésors du Mexique pt du Pérou entraînait en Amérique une foule
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d'Espagnols robustes et courageux , qui auraient pu faire la force et la prospérité de leur patrie. A la vérité, la plupart de ces malheureux , trompés par une espérance promptement déçue , allaient expirer sous ces climats lointains; mais comme il arrive le plus souvent, leur triste sort ne servait point d'avertissement à ceux que la même cupidité entraînait vers le même tombeau. Les riches galions même qui , chaque année , apportaient à Cadix les trésors entassés à Panama , n'amenaient plus l'opulence au sein de cette nation devenue indolente et ennemie du travail. Les longues guerres de Philippe II, sa désastreuse expédition de l'Armada , sa barbarie envers les Juifs et les Maures , avaient privé ce royaume d'une source de richesses bien plus réelle que les inépuisables mines de Potose elles-mêmes; car il faut penser , mes bons amis, que le travail et la persévérance sont pour les peuples, comme pour les individus, le seul bien dont ils ne puissent pas être privés.
Le fils de Philippe II , qui, en lui succédant, avait pris de nom de Philippe III, n'était point comme son père dévoré de cette ambition impatiente et farouche qui, jointe à la haine de ce prince contre la religion protestante, avait ensanglanté la plus grande partie de son règne. Philippe III au contraire était doux et timide, maismalheureusementaussi il était faible et indolent, et la faiblesse, ainsi que j'ai eu occasion de
VOUS le faire remarquer dans plusieurs histoires, est un grand défaut pour un roi, qui doit savoir se faire obéir et respecter des peuples qu'il gouverne ; aussi le petit fils de Charles-Quint au lieu de veiller lui même au bien de ses états, chargea-t-il de ce soin un seigneur nommé Roxas de Sandoval, auquel il décerna le titre de duc de Lerme.
Le duc de Lerme, mes jeunes amis, était un homme habile et capable de diriger les affaires d'un grand état , mais il donna de mauvais conseils au jeune roi qui , pour suivre l'exemple de son père, ordonna à tous les Maures qui n'avaient point encore reçu le baptême de sortir avant six mois du royauuje d'Espagne avec tout ce qu'ils possédaient, sous peine d'être livrés aux bourreaux de l'inquisition; par cette nouvelle rigueur envers ces malheureux , l'Espagne se trouva encore privée d'une multitude de sujets utiles et laborieux qui. abandonnant en pleurant la belle Andalousie, se réfugièrent, les uns en Afrique pour y exercer en paix leur religion, les autres en France, où notre bon roi Henri IV, qui régnait alors, ordonna que ces pauvres gens fussent reçus avec charité, et que des vaisseaux fussent fournis à ceux qui voudraient se retirer dans d'autres pays. Beaucoup de ces fugitifs allèrent ainsi porter ailleurs cette merveilleuse industrie qui avait fait si long-temps la richesse et la prospérité des villes de Cordoue, de Séville et de Grenade, tandis que
Philippe III, craignant qu'il ne vînt un moment où la terre de son royaume demeurât stérile, faute de bras pour la cultiver, était obligé d'anoblir, c'est-à-dire de dispenser des charges qui pesaient sur le menu peuple, le petit nombre d'Espagnols qui voulaient bien encore se vouer à la culture des champs.
Mais dans le temps même que cette contrée, autrefois si florissante, se dépleuplait ainsi de jour en jour, il arriva un événement qui vous fera voir que la politique mystérieuse de Philippe II ne s'était point éteinte avec lui, et que si la puissance espagnole ne mettait plus sur pied des armées formidables, elle n'en était pas moins à redouter pour les nations de l'Europe. Outre ses immenses possessions d'Amérique, le roi d'Espagne régnait encore sur le Portugal, le royaume de Naples et le duché de Milan; mais non content de conserver ainsi une grande partie de l'Italie sous la domination castillane, le duc de Lerme voyait avec peine l'opulente Venise couvrir de ses flottes l'Adriatique et la Méditerranée, et rivaliser avec Cadix pour le commerce du monde entier.
Dès ce temps-là, mes enfans, c'était l'usage,^ ainsi que cela se fait encore aujourd'hui, que chaque puissance chrétienne entretint auprès de celles avec qui elle était en paix un ambassadeur^ Ces ambassadeurs sont ordinairement des personnages les plus considérables de chaque royaume; on leur rend tous les honneurs qui sont dus aux.
souverains qu'ils représentent, et leur personne est inviolable et sacrée comme celles des hérauts et des féciaux chez les anciens peuples.
A cette époque , l'ambassadeur de Philippe II[ auprès du sénat de Venise se nommait le marquis de Bedmar; c'était un homme habile et spirituel autant que jamais courtisan ait pu l'être, qui, témoin de la prospérité dont jouissait cette république commerçante, conçut l'idée de la soumettre au roi d'Espagne , et d'accomplir ainsi , par une révolution subite, ce que, cent ans auparavant, tous les princes de l'Europe, ligués à Cambrai, avaient vainement essayé. Tout autre que Bedmar eût pensé que la guerre pouvait servir à ce but audacieux; mais Venise possédait alors un grand nombre de vaisseaux et une armée considérable, et ce fut par une politique tout-à-fait infernale que Bedmar résolut d'exécuter ce dessein, sans même que le roi d'Espagne parut en être informé, et en employant des moyens d'autant plus dangereux qu'ils étaient plus secrets.
Parmi les étrangers que le plaisir ou le commerce attirait toujours en grand nombre à Venise , se trouvait un vieux capitaine français qui passait pour un homme capable des desseins les plus hardis comme les plus aventureux ; cet homme, appelé Renault, était extrêmement pauvre, et personne au monde ne savait par quel motif il avait quitté sa patrie pour venir habiter l'Italie; mais Bedmar, qui était doué d'une grande sagacité, ne
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Teut pas plus tôt aperçu, qu'il découvrit en lui que ce Français pourrait lui être utile, et de ce moment il employa toute sorte de moyens pour se l'attacher. Informé que Renault, qui vivait dans la retraite, regrettait amèrement de n'être pas né dans un rang où il aurait pu acquérir de la richesse et de la célébrité, il sut lui persuader qu'il dépendrait de lui d'atteindre l'une et l'autre, et le décida, par des promesses adroites, à former une conjuration pour renverser le sénat de Venise, et mettre cette république, son arsenal , ses vaisseaux et toutes les richesses qu'elle renfermait, au pouvoir des Espagnols.
Dans toutes les grandes villes, mes jeunes amis, il est ordinaire de rencontrer une foule de mauvais sujets qui, réduits à la misère par la débauche ou par le crime, sont prêts à tout oser pour causer du trouble, dans l'espoir que le désordre leur fournira quelque moyen de s'approprier les dépouilles de ceux que la fortune a favorisés de ses biens. Une pareille réunion est toujours dangereuse et nuisible ; mais aucune capitale n'offrit jamais une multitude aussi considérable d'hommes de cette espèce que la commerçante Venise, où affluaient de toutes parts des étrangers de toute condition, Espagnols, Flamands, Italiens, Allemands, Grecs, Anglais même, et jusqu'à des Turcs et des Orientaux. Il ne fut donc pas difficile au capitaine Renault de trouver un nombre suffisant de vauriens pour tramer la conjuration dont
Bedmar lui avait suggéré l'idée, et quoique le Français leur eût laissé ignorer par quels ordres il agissait, la plupart de ces aventuriers, avides de périls et de pillage n'avaient point hésité à se vouer corps et biens a ses instigations.
Cependant jamais entreprise criminelle n'avait été conçue avec tant de scélératesse et de témérité, car il ne s'agissait de rien moins que d'allumer un vaste incendie dans Venise, d'égorger les sénateurs et le conseil des Dix , et de mêler des flots de sang à ceux du golfe Adriatique, afin qu'à la faveur du trouble et des ténèbres d'une nuit obscure, des soldats espagnols, que l'ambassadeur devait introduire dans la ville sous divers déguisemens, s'emparassent du palais de Saint-Marc et de l'arsenal, tandis que d'autres conjurés, que Renault avait gagnés sur la flotte vénitienne , poignarderaient les chefs et forceraient les matelots à livrer les navires aux flammes.
Tout était préparé ; la nuit même où ce complot devait éclater était fixée, et l'habile Renault avait préparé ses moyens d'exécution avec tant de mystère et d'adresse, que les inquisiteurs d'état eux-mêmes, ces terribles magistrats, si défians et si redoutables, n'en avaient aucun soupçon, lorsqu'une circonstance imprévue vint sauver Venise du plus grand danger dont elle eût jamais été menacée.
La veille du jour où la conjuration devait éclater, Renault, plus affermi que jamais dans sa ré-
solution par la sécurité qui semblait enviroïitier Venise , assembla dans une maison écartée les principaux chefs de cette fatale entreprise, pour assigner à chacun le poste qu'il devait occuper au moment décisif. L'un devait être chargé de forcer les portes du palais de Saint-Marc, et de distribuer des armes aux prisonniers que renfermaient les plombs et les cachots de cette sombre demeure; un autre avait pour mission d'allumer un immense incendie dans Tarsenal, afin de jeter l'épouvante dans la cité ; plusieurs étaient chargés de surprendre, dans leurs palais, les sénateurs, le conseil de» Dix et les inquisiteurs , et de massacrer les plus nobles patriciens avant raénie qu'ils apprissent par quelles mains ils périssaient. Quelques uns, se rendant dans les quartiers les plus populeux de cette grande ville, devaient exciter la populace au pillage, et augmenter le désordre par tous les moyens possibles. Chacun des conjurés semblait impatient de justifier, par son audace et sa scélératesse, la confiance de ses compagnons; mais avant de se séparer, Renault, pour les stimuler davantage, voulut encore leur présenter en peu de mots le tableau de cette grande ville livrée à l'incendie et au carnage, à la faveur duquel chacun pourrait se venger sans crainte de ses propres ennemis, s'approprier leurs dépouilles, et exterminer ces inflexibles magistrats qui depuis tant de siècles tenaient tous les sujets de Venise dans la crainte et la soumission. Ce discours tout atroce
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qu'il était, fut applaudi avec fureur par ces forcenés qui n'y répondirent que pardes cris de rage, trop fidèle présage de ce qu'on devait attendre de ces hommes impitoyables.
Mais parmi les conjurés , que Renault croyait tous également dévoués à ses projets , se trouvait un autre Français nommé Jaffier, qui n'avait pu se défendre d'une horreur involontaire, en entendant cet homme cruel calculer de sang-froid tant de meurtres et de désastres, et quoique ce Jaffier ne manquât ni de courage ni de férocité, il ne put se résoudre à laisser périr un si grand nombre de personnes innocentes , lorsque d'un seul mot il pouvait prévenir cette efifroyable catastrophe. Depuis ce moment l'image terrible que Renault a présentée à ses complices ne sort plus delà pensée de Jaffier ; la nuit, ses songes ne lui représentent plus que des palais croulans, des femmes et des enfans massacrés , et tendant vers lui des mains suppliantes; le jour, il lui semble que tous ceux qui l'entourent le reconnaissent pour un assassin : rien ne peut plus le distraire de cette idée qui l'obsède comme un remords , et accablé enfin d'une Ititte si pénible contre luimême , il prend la résolution d'aller déclarer au conseil des Dix , le danger qui va fondre sur Venise.
Cependant , en cédant ainsi au cri de sa conscience, que les plus grands scélérats eux-mêmes ne peuvent étouffer, Jaffier ne veut point que sa
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trahison soit funeste à ses amis ; avant de livrer son secret au conseil des Dix , il demande avec instance qu'on lui promette d'épargner la vie de vingt personnes qu'il désignera, quelque coupables qu'elles puissent être ; les magistrats avertis lui promettent tout ce qu'il exige pour obtenir son secret; mais dès que le complot leur est révélé , ils font à l'instant même jeter Jaffier dans les fers , et envoient des gardes saisir Renault et ses principaux complices , avant qu'aucun indice puisse faire soupçonner qu'ils sont découverts.
Je vous laisse à penser, mes enfans, quels furent à la fois la surprise et l'indignation des conjurés, lorsqu'ils se virent ainsi trahis au moment même où ils se croyaient assurés du succès; quelques uns d'entre eux , cependant , avertis à temps , furent assez heureux pour s'échapper en se jetant dans des barques de pêcheurs, avec lesquelles ils quittèrent Venise à force de rames ; mais Renault dédaigna de chercher son salut dans la fuite ; il se vit perdu sans émotion , comme il avait conspiré sans crainte , et se livra lui-même aux soldats que les Dix avaient envoyés pour le prendre ; en un même instant, par l'ordre de ces magistrats, tous les étrangers suspects qui se trouvaient cachés dans les différens quartiers de la ville furent désarmés et plongés dans des cachots séparés où ils n'attendirent point long-temps que leur Sort fût décidé.
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Dans tous les pays, mes jeunes amis, un complot si criminel encourrait certainement un châtiment sévère, mais la justice , pour frapper plus sûrement , serait plus lente à reconnaître les coupables ; à Venise, quelques heures suffirent pour qu'une peine terrible vint les atteindre ; par ordre des Dix, les uns furent étranglés dans leurs cachots; les autres jetés secrètement à la mer par la fatale gondole noire des inquisiteurs d'état ; Renault , comme le chef de ce complot qu'il n'avait pas tenu à lui d'accomplir, après avoir été soumis aux plus épouvantables tortures, sans qu'on pût lui arracher aucun indice contre ses complices , fut étranglé dans sa prison , et son corps , suspendu aux portes du palais de Saint- Marc , fut abandonné aux insultes de la populace.
Quant à Jaffier qui ne cessait de réclamer avec instance la vie de ses compagnons qu'on lui avait promise , le sénat ne tint aucun compte de ses plaintes, et lui offrit une somme d'argent, en récompense de sa trahison , pour aller vivre hors des terres de la république ; mais cet homme singulier refusa toute récompense qui lui eût semblé le prix du sang de ses amis, et lorsqu'on lui ouvrit les portes de sa prison, il alla retrouver quelques conjurés qui s'étaient retirés avec leurs armes à peu de distance de Venise , et périt en combattant à leur tête avec l'intrépidité du désespoir.
Peu de jours après ces événemens, Bedmar, principal auteur de ce complot qui venait d'être si funeste à tous ceux qu'il y avait entraînés , protégé par sa qualité d'ambassadeur castillan , se plaignit si hautement devant le sénat qu'on reprochât aux Espagnols d'avoir dirigé les fils de cette trame odieuse, que le doge fie la république, pour lui donner satisfaction, défendit sous peine de la vie que personne accusât le roi d'Espagne d'une pareille infamie. Alors , feignant d'être satisfait de cette réparation , le rusé personnage quitta solennellement Venise où il savait bien que la vengeance des Dix finirait par l'atteindre tôt ou tard , et retourna auprès du roi son maître qui l'accueillit avec des égards proportionnés au zèle qu'il venait de montrer pour son service.
Ce fut ainsi , mes jeunes amis , que Venise échappa au plus grand danger qui l'eût menacée depuis la fameuse ligue de Cambrai ; et cette opulente république se releva plus florissante que jamais jusqu'au temps où elle devait périr parles vices de son propre gouvernement, et la dépravation de ses citoyens, que leurs grandes richesses avaient rendus froids et insoucians pour la conservation de leur patrie.
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