‹ L'histoire moderne, racontée aux enfans ;Chapitre 36 sur 69 · LA DÉFENESTRATION · texte numérisé non relu

LA DÉFENESTRATION

forme, voyait s'ouvrir devant elle une nouvelle carrière de troubles et de discordes , bien plus effrayante encore que les sanglantes querelles qui avaient suivi la ligue de Smalkalde.

A cette époque , le prince qui occupait le trône impérial se nommait Rodolphe II, et il était le petit-fîs de Ferdinand I", frère de Charles-Quint, à qui ce grand monarque avait cédé l'empire , en renonçant au pouvoir suprême.

Ce Rodolphe, mes jeunes amis , n'était point un prince dépourvu de bonnes quahtés et d'esprit, il avait même un si grand amour pour les sciences qu'il les préférait trop souvent aux soins de son gouvernement; mais de toutes les études sérieuses, auxquelles il était porté naturellement, aucuneneluioflPraitautant d'attrait que l'Astrologie et l'Alchimie , ces deux prétendues sciences , dont l'une avait pour objet de lire dans les astres la destinée de chaque homme, et l'autre de faire de l'or en mêlant ensemble plusieurs métaux fondus. Malheureusement ce n'est point assez pour un roi d'être savant et studieux, et Rodolphe, dans le silence de son cabinet, oublia tellement les devoirs qu'il avait à remplir envers ses peuples, qu'il perdit entièrement l'afïéction de ses sujets, qui oublièrent aussi de leur côté l'obéissance qu'ils lui devaient.

Mais tandis que l'empereur cherchait ainsi à lire au ciel les destinées de son règne, ou que , pâlissant sur les fourneaux de son laboratoire, il

se flattait de changer en or pur tout le cuivre et le plomb de ses palais, l'empire était menacé d'une longue suite de désastres et de guerres opiniâtres, que la fausse science de Rodolphe n'avait su ni prévoir , ni empêcher.

Or il faut que vous sachiez, mes bons amis, que Rodolphe avait un frère nommé l'Archiduc Mathias , qui était d'un caractère ambitieux et turbulent, et qui, voyant l'empereur entièrement livré à ses études favorites , s'enfermer jour et nuit dans l'appartement le plus retiré de son palais, conçut l'idée de s'approprier la couronne de Hongrie, et bientôt après celle de Bohême, que l'insouciant monarque lui abandonna presque sans résistance ; mais cette faiblesse de Rodolphe ne fît qu'enhardir Mathias dans sa révolte , et bientôt , la plupart des princes allemands euxmêmes , embrassant le parti derarchiduc rebelle contre son frère , forcèrent l'empereur à lui céder la plus grande partie de ses états. Le malheureux Rodolphe, tombé ainsi dans le mépris de ses sujets, et trahi par ceux même qu'il avait crus ses meilleurs amis, se vit alors contraint de livrer à son adversaire la ville de Vienne elle-même, capitale de son empire, mais on dit qu'au moment où il signa l'acte par lequel il renonçait ainsi à la puissance qu'il tenait de ses pères , il foula aux pieds son chapeau qu'il avait jeté par terre, et déchira avec ses dents la plume dont il s'était servi pour souscrire à sa propre humiliation. Peu de mois

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