LE SAC EE MAGDEBOURG
quelques chefs et quelques soldats essayèrent encore de combattre, ils tombèrent percés de coups avant d'avoir pu se rallier; et bientôt il ne resta plus à ces malheureux, que les impériaux poursuivaient jusque dansleurs maisons, d^autre moyen de salut que de chercher un refuge dans les églises, où ils espéraient que du moins la sainteté du lieu les préserverait de la rage de ces hommes féroces.
Alors, mes jeunes amis, commença une scène de désolation et de carnage dont on ne trouve aucun autre exemple dans l'histoire, depuis les désastres de Troie et de Jérusalem, que je vous ai racontés dans d'autres livres. L'inflexibleTilly, qui d'un mot aurait pu sauver d'une mort horrible tant de victimes innocentes, affecta de garder un silence obstiné, et lorsque quelques uns de ses officiers, moins atroces quelui, vinrent le supplier d'arrêter le massacre auquel se livraient leurs soldats insatiables de pillage, il leur répondit qu'il fallait bien laisser quelque chose à cette armée pour prix de ses travaux et de ses fatigues. Ces paroles affreuses devinrent alors le signal d'une épouvantable catastrophe. En quelques heures, les rues de Magdebourg inondées du sang des femmes, des vieillards, des enfansmême, neprésentèrent plus que l'aspect d'un horrible champ de carnage; des milliers d'infortunés furent égorgés jusqu'au pied des autels qu'ils tenaient embrassés. En même temps un immense incendie
*^*^ Ï'E SAC DE MAGDEBOCRG.
allumé par les vainqueurs, qui ne trouvaient plus que le fer détruisît assez vite, embrasa cette grande ville tout entière, et la chaleur qu'il excit*!^il devint tellement insupportable, que les bourreaux eux-mêmes furent obligés de se jeter dans la campagne pour ne point être suffoqués. Les eaux de l'Elbe ensanglantées ne roulaientplus que des cadavres , et douze heures au plus avaient suffi à l'exécrable Tiliy pour ruiner defonden comble une des cités les plus belles et les plus florissantes de l'Allemagne.
Alors seulement il fit donner à ses soldats le signal de la retraite, et ordonna que du pain fût distribué au petit nombre de malheureux qui, échappés au carnage et sortant de leurs retraites, venaient pleurer sur les décombres de leurs maisons, ou chercher parmi tant de morts les tristes dépouilles de leurs parens et de leurs amis : c'était là tout ce qui restait des défenseurs de Magdebourg.
Cependant au milieu de cette œuvre de destruc^tien, dont Tilly était demeuré spectateur impassible, un vieillard atteint de plusieurs blessures fut traîné devant le général vainqueur. C'était le premier magistrat de cette ville infortunée, à qui la vue de tant d'horreurs avait inspiré le courage du désespoir: <t Dieu saura venger un jour, dit-il à » Tilly, les barbaries que tu as exercées sur notre » malheureuse patrie ; il faut que le sang soit lavé » par le sang, mais la fortune de l'auteur de tant