‹ L'histoire moderne, racontée aux enfans ;Chapitre 41 sur 69 · LE SAC DE MAGDEBOURG · texte numérisé non relu

LE SAC DE MAGDEBOURG

Depuis l'an 1630 jusqu'à l'an 1631-

Tandis que Wall ensteia, mes enfans, vivait ainsi retiré dans sa royale demeure de Prague, un ennemi plus redoutable que tous ceux dont Ferdinand avait triomphé jusqu'alors était au moment de fondre sur l'Allemagne. C'était Gustave-Adolphe qui, cédant enfin aux vœux desprotestans de l'empire, venait de débarquer avec une armée suédoise en Pouiéranie, où les excès commis par les impériaux le firent accueillir comme un libérateur.

Avant de s'embarquer pour cette expédition guerrière , où il allait bientôt acquérir tant de gloire, le sage Gustave avait con voqué à Stockholm les états de Suède, c'est-à-dire les seigneurs, les bourgeois et les paysans de ce royaume, et s'était présenté devant cette assemblée, tenant dans ses bras la petite Christine, sa fille, à peine âgée de quatre ans alors, et qu'il destinait déjà à monter sur le trône après lui : « Je connais les dangers » que je vais braver, leur dit-il, et j'échapperai

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)) difficilement à tous; Dieu sans doute bénira nos » armes, puisque c'est pour sa cause que nous les » prenons; mais si je succombe, ce sera du moins » pour la gloire de notre patrie; il est temps que » l'Europe reconnaisse en nous les dignes descen- 1» dans de ces grandes nations gothiques qui ren- » versèrentautrefois l'orgueilleuse Rome. » En entendant ces paroles, en voyant la noble résolution de ce monarque qu'ils chérissaient, tous les assislans fondirent en larmes; il leur semblait à tous qu'ils voyaient devant eux pour la dernière fois ce prince qu'ils étaient accoutumés à révérer, et les vœux de tout son peuple le suivirent lorsqu'il monta sur le vaisseau qui l'emporta loin de la Suède, qu'hélas ! il ne devait plus revoir.

A mesure que Gustave-Adolphe s'avançait en Allemagne, où ses Suédois se faisaient admirer par leur discipline sévère, son armée se grossissait chaque jour d'une foule de soldats qui, après avoir combattu tour à tour sous Mansfeld et sous Wallenstein, venaient encore se rangeravec empressement sousles drapeaux d'un roi qui passait déjà j)our un des plus habiles capitaines de son siècle. Les électeurs de Saxe et de Brandebourg joignirent leurs armées à la sienne. De toutes parts les princes protestans reprirent les armes; en un moment la plus grande partie de l'Allemagne fut de nouveau soulevée contre l'empereur ; Ferdinand compta avec effroi la multitude d'ennemis qui l'entouraient; Maximilien de Bavière,

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dont les états furent les premiers menacés par Gustave, forcé de défendre sa propre capitale, ne pouvait plus marcher au secours de l'empire aux abois, et l'armée même que Wallenstein avait créée, diminuée par les maladies et la désertion, entre les mains du farouche Tilly, avait cessé de paraître aussi formidable.

Mais tandis que Gustave-Adolphe, envahissant la Bavière, vengeait sur cette province les dévastations dont le Palatinat avait été le théâtre, Tilly, pour contenir dans la soumission les proteslans qui n'avaient pas encore prislesarmes, épouvantait l'Allemagne et l'Europe entière par l'un de ces effroyables désastres dont les temps et les peuples les plus barbares offrent à peine quelques ex m pi es.

Parmi les cités allemandes qui avaient embrassé avec le plus d'ardeur la cause de la réforme, l'une des plus importantes, mes jeunes amis, était celle de Magdebourg, grande et belle ville bâtie sur les bords del'Elbe, qui renfermait une population riche et industrieuse. Ce fut sur cette malheureuse cité que Tilly, profitant de l'éloignementde Gustave, alors occupé à combattre les Bavarois sur leur propre territoire, résolut de faire un exemple sévère pour frapper de terreur les peuples et les seigneurs qui oseraient se déclarer en faveuf du roi de Siiède.

En effet, se présentant tout à coup à la tête de son armée devant les murs de Magdebourg, Tilly

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somraa les magistrats de se soumettre à l'empereur et de chasser à l'instant même quelques centaines de Suédois qu'ils avaient reçus dans leur \ ville; mais ces braves gens refusèrent de trahir i la cause de la religion réformée, et Tilly forma aussitôt le siège de cette place, où tous les paysans des campagnes voisines étaient venus chercher | un refuge contre la barbarie des impériaux.

Depuis ce moment, les remparts de Magdebourg devinrent chaque jour le théâtre de combats sanglans et acharnés, où, tant que les assiégés eurent du pain pour se nourrir, et de la poudre pour repousser leurs ennemis, le courage ne leur manqua point; mais lorsque les horreurs de la famine se firent sentir dans cette ville désolée, la consternation se mit parmi ses infortunés défenseurs qui, après avoir vainement informé Gustave de leur détresse, et n'osant plus se flatter d'être secourus, se livrèrent à toutes les angoisses du désespoir et de la terreur.

Pendant une nuit obscure, où le camp impérial tout entier avait paru plongé dans un profond repos, l'implacable Tilly, à la faveurdes ténèbres, surpritunedes portes delà ville, dontles sentinelles accablées de fatigue avaient succombé au sommeil ; les Magdebourgeois ne furent réveillés que par le retentissement effrayant dutocsin, qui leur annonçait le plus grand de tous les malheurs, puisqu'ils étaient tombés au pouvoir de leurs ennemis. En vain courant aux armes,

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