HOFFMAN
IGATIVES. 313
Tordre et les mœurs : on a anticipé sur la décision de votre commission d'instruction, à laquelle vous avez renvoyé Texamen d'un ouvrage intitulé rAmi des Lois, Je me suis rallié dans cet ouvrage aux principes éternels de la raison ; c'était m'identifier avec vous, et Ton vous a calomniés dans le disciple qui ne faisait que répéter vos leçons. Les faux monnayeurs en patriotisme ont affecté de faire croire que j'avais imprimé à la place de leur effigie celle des plus honnêtes patriotes. C'est ainsi que, du temps de Molière, les tartuffes prétendirent que le poëte avait voulu jouer le véritable homme pieux. Un de vos décrets, citoyens, punit de mort quiconque tendra au démembrement de la République : qu'ai-je donc fait? J'ai marqué du fer chaud de l'infamie le front des anarchistes démemhreurs^ tandis que ma main, d'un autre côté, attachait Tauréole civique sur celui d'un véritable patriote tenant à l'unité du gouvernement. La Commune, suspendant la représentation de mon ouvrage, argumente d'une prétendue fermentationalarmante dans les circonstances : le trouble qui se manifeste aujourd'hui n'est dû qu'à son arrêté placardé à l'heure même où le public était déjà rassemblé pour prendre des billets. C'est à la cinquième représentation, après quatre épreuves paisibles, qu'elle ose suspendre VAmi des Lois. Comment justifiera-t-elle, cette Commune (et je dénonce ce fait), l'ordre qu'elle vient d'intimer aux comédiens, à l'instant où je partais pour me présenter devant vous? Cet ordre porte que les comédiens seront tenus de lui soumettre, tous les huit jours, le répertoire de la semaine, pour censurer, arrêter ou laisser passer les pièces de théâtre au gré de ses caprices. Ainsi l'ancienne police
vient de ressusciter sous l'écharpe municipale. Gomment se justifiera-t-elie, cette Commune, d'oser regarder et de faire courir les comédiens comme ses valets î de les avoir mandés, il y a quatre jours, pour les tancer de ce qu'ils venaient de représenter le Cidy tandis qu'elle tolère sur d'autres théâtres et le Cid et F Orphelin de la Chine* ? A-t-elle donc oublié encore que les despotes de Versailles voyaient chaque jour représenter et Brutus^ et la Mort de César ^ et Guillaume Tell^ etc.? Ah ! sans doute, il est temps de s'élever contre ces modernes gentilshommes de la Chambre. Où en sommes-nous donc, citoyens, si celui qui prêche l'obéissance aux lois est condamnable? S'il en est ainsi, couvrez-vous de cendres, ô vous, à qui il reste encore quelque portion d'âme et d'humanité, et courez vous ensevelir dans les déserts !
Non, je n'ai point fait, commo on ose le dire, de mon art, qui doit être l'école du civisme et des mœurs, la satire des individus. De traits épars dans la Révolution, j'ai composé les formes de mes personnages : je n'ai point vu tel et tel; j'ai vu des hommes.
Étranger à l'intrigue, étranger aux factions, je vis avec mon cœur seulement, et mes amis ; je ne connais point, je n'ai jamais vu ce citoyen que des échos d'imposture ont déjà proclamé le rémunérateur de mon civisme ^ Que celui qui a acheté ma plume se présente,
1. Il y a dans le Cid un rôle de roi. De là l'incivisme reproché à ce chef-d'œuvre, quand il était représenté par le Théâtre de la Nation, qui était fort mal noté auprès du parti jacobin; mais le Théâtre de la République devait à sa couleur politique des immunités auxquelles Laya fait allusion.