scène où le médecin de la reine déclarait qu'elle avait
encore une heure à vivre; ce terme, donné coîiinie bien court dans la pièce» parut menaçant de longueur, et ce fut dans la saUe un mouveoient d'alarme général qui signifiait : « Comment! encore une henrel » Cet épilogue très-superflu îie ïui représenté qiuM'otte seule fois , et le drame ne lut plus intitulé que Stockholm et Fontaimbleau.
l.e directeur de l'Odéon était alors liai el, cet lioinnie qui a dépensé plus d*esprit pour n avoir pas un soui qne bien des gens pour faire fortune. Avant de se vouer aux affaires de théâtre, Harel avait passé par la politique, par la haute administratii)ii. Piétét pendant les Cent-Jours, el dévoué très-activement à la cause impérialiste, il fut compris dans la liste de bannissement du 24 juillet 1815 ; mais son exil ne fbt pas de longue durée. S'étanl associé à la vieaveriUacusr de Mlle Georges, il parcourut les départements avec elle et sa troupe ambulante. Dans ces pérégrinations, qui rappe* laieîU souvent le chariot du Romm comique^ el qui exploitaient jusqu'au hangar dramatique du suuple cheflieu de canton, le ci -devant préfet ne dédaignait pas, dit-*on , les modestes fonctions du contrôle. Revenu à Pans, Ilaiel ne fut pas desservi par ses antécédents politiques, lors(iu*il demanda, en 1829, la direction de rodéon , après les revers de MM. Sauvage et Lemétheyer ; et même il obtint un accroissement de subvention. Il prit ensuite la Porte-Saint-Martiii, toujours avec Mlle Georges pour niattresse-colonne du théâtre, et Ton sait après quelle longue et infatigable lutte il finit par succomber à la peine. Vaincu comme directeur, la scène le vit repaiaitrc à titre d'auteur, quoi-
SUPPLÉMENT
quil ne fût pluâ dans Tâge où Ton se fait nue carrière.
A l'O léoM, il donna une comédie en deux actes, \nt\iuïée le Succès^ qui jusliliason titre, etau Théâtre-Français une autre en cinq actes, ks Grands el Us Puits, qui eut moins bonne chance. UAcadémie couronna son Eloge de Voltaire, lliirel est mort dans un élat de trouble et d^exaltatioo d'esprit, qui n*est pas à Tusage des imbéciles.
(Page SM.)
Le jour de la publication des ordonnances (le lundi
26 juillet) eut lieu un fait par où l agitation qui fermentait dans les esprits commença de se maniiester. J*y trouverai l'occasion de citer un délai! nouveau, une preuve inédite de Tincroyable ignorance où était M. de Poligaac sur la situation.
Un certain marquis de Chabannes^ espèce d'original qui élevait je ne sais quels griefs particuliers contre le gouvernement, avait loué une boutique au Palais- HoyaU dans la galerie d'Orléans. Il y étalait des brochures bizarres où il reproduisait ses accusations , et qui étaient annoncées par des transparents à emblèmes. Dans la journée du 26 juillet, la police, assistée de gendarmes, vint s^ùsir ces brochures et lit t'ermer la boutique. Cet incident, au milieu de la vive émotion causée par le Moniteur du matin, occasionna dans le Palais-Royal les premiers rassemblements. Il y eut des
cris de fme la Chart$ ! des huées poussées contre lés
gendarmes et même quelques pierrt s lancées par des gaïuias. Le soir, l'agitation tut visible partout» et fit assez pressentir qu'elle allait se traduire par des faits
graves.
C'était, je crois bien, dans Taprès-midi du 27, sinon même dans ia matinée du 28; en tout cas, lorsque les événements prenaient une tournure sérieuse. Un chevalicr de S;iint-Louiâ que j'ai vu souvent , et de qui je
tiens ce récit ^ M. 0 , se trouvait momentanément à
Paris. Voyant ce qui se passait, et étant connu de M. de Polignac , il crut de son devoir, comme chevalier de , Saint-Louis, comme dévoué aux Bourbons, d'aller trouver le premier ministre pour le renseigner sur l'état des choses, et se mettre à sa disposition. Il se rendit au ministère des atPfaires étrangères, boulevard des Capucines, et parvint auprès de M. de Polignac. Quelle ne fut pas sa surprise! et de quoi le ministre, en de pareils moments, était-il occupé? Il s'amusait fort tranquilh îYient à p ucoùrir les brochures saisies dans la. boutique de M. de Gbabannes , et il voulut les montrer au visiteur, comme il aurait fait en toute autre
circonstance. Confondu , M. 0 ne put s*empécher
de se récrier sur lant d'incurie : « Mais, Monseigneur, dit-il, vous ne savez donc pas ce qui se passe? Vous ne savez donc pas que c'est une révolution t »
M. de Polignac ne s'en doutait pab le moins du monde.