Dajûs l'Amant bourrtu
C'est le prix des talents, le prix de la vertu : A qui mieux qu'à Oranger pourrait-il être dû '?
(Pase 177.)
Au fait si remarquable sur Tahim, raconté par Laviliede Mirmont, j'ajouterai les intéressants détails que donne l'auteur de Virgime^ Alexandre Guiraud, sur les répétilions de cette tragédie, bien étalement interrompues, et sur la dernière maladie du g:rand artiste.
• Dès le comincncement du printemps de 1826, ou commença les répétitions de Virginie; èiles se continuèrent avec exactitude, pendant un mois et demi environ.... Si c'était une bonne fortune d'avoir Tahna . avec son immense talent dans la représentation d'un ouvrage dramatique, c'en était une plus précieuse encore peut-être d' ivoii son intelligence et son zèle attentif dans les répétitions. Ses détérences pour les intentions de l'auteur, son autorité non contestée sur tous ses camarades, IMmportance qu'il attachait à tous les détails de mise en scène, iont pas uii n'est sans valeur avec un artiste supérieur comme il Tétait, tout cela faisait, de son concours dans les répétitionst-un
1. J'ai retrouvé ces vers dans un numéro du Journal de Rouen qui rendait compte de la représeutatiou.
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gage émînent de succès, et je dois avouer que pour ma partje ne doutais nullement de celui de Virginie.
« Mais le moment des répétitions n'était pas le seul pendant lequel je m'occupais de ma pi^ce avec Talma. Je le voyais chez lui à peu près tous les malins. J'avais commencé par lui lire son rôle » en lui indiquant de mon mieux toutes mes intentions, et je me souviendrai toujours avec orgueil de ce qu'il me dit après l'avoir étudié quelques jours : « Jusqu'ici on m'a toujours lait « déclamer ; vous me &ites parler , et cela me charme, « parce que c*est ainsi que j'entends la yérité driuna* « tique. »•
<t Un autre jour, il me dit aussi : < Vous êtes le pre- « mier auteur auquel je ne fois rien changer dans mon
« rôle, » (Il ne m'avait en effet demandé que la suppression de quatre vers dans le monologue qui suit la scène de Yiifrinius et d'Appius^ au 4* acte}. £t il ajouta: « J'ai refait avec Ducis presque la moitié de tous les « rôles qu'il m'a donnés. Je lui ai demandé la scène « de l'urne daus Hamlet; vous savez combien j'ai fait « remanier souvent le Léonidas de Pichat; eh bien» « mon rôle de Virginius me plaît tel qu'il est; je sens « là toute la vérité historique, et c'est ce que j'apprécie « par-dessus tout. »
« Et alont il me contait comment,, ayant été poussé
par quelques-uns de ses amis à reprendre le Maiwniet de Voltaire, il avait cédé à leurs instances» et avait étudié pendant un mois » avec tout le soin possible, le Mahomet de l'histoire avant d'aborder celui du drame , mais qu'il avait trouvé de si grandes disparates entre celui qu'il avait conçu et celui que Voltaire lui présentait, qu'il avait immédiatement renoncé à un r61e qu'il
lui aurait été impossible de rendre sans sortir de la vérité.
< Je n'ai jamais entendu personne causer plus admirablement que Talma sur de tels sujets, et réunir aux
aperçus, auxappi éciaiions les plus justes, les plus parfaites de goût et de raison, une expression plus animée» plus pittoresque : on sentait que c'était pour lui une chose grave, que toute sa pensée, toute sa vie était là.
« Cependant nous étions parvenus à Tavant-dernière répétition : Virginie était annoncée pour le mardi; il ne restait donc plus que la répétition générale du lundi, (|Liand, le samedi soir, j'cnUai dans sa loge, après la représentation de Charles VI; dès qu'il m'a[)erçut, il me dit : < Vous devez avoir été bien mécontent de moi, ce « soir; je suis bien souffrant. » — Cette souffrance, lui a répondis-je, est dans votre rôle; et j'avoue que votre « voix ne m*a jamais l'ait plus d'impression. » Alors il me raconta en détail ce qu'il éprouvait, ce qu'il craignait, et il ajouta : « Mais je ne veux rien faire avant la pre- « mière représentation de Virginie. Cela traîne depuis « trop longtemps; il faut que ce soit pour mardi irrém vocablement. »
« Une pensée fatale me vint en ce moment : crai-? gnant que Tindisposilion dont se plaignait Talma ne s'aggrav&t et n'interrompit les représentations de Virginie, je crus qu'il valait encore mieux en retarder la prennère, et je conseillai vivement à mon illustre malade de mettre, dès le lendemain, des sangsues dont j'attendais un bon effet. Gomme 11 n'avait de la vie fait une telle concession à la médecine moderne, il refusait de suivre mon conseil, lorsque le docteur Koretl entra dans sa loge.*. Je lui proposai aussitôt le cas, et, en
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m'excosant d'avoir empiété sur son domaine, je lui demandai 8*Q approuvait mon conseil, c Entièrement,»
répondil-il , et il ajouta des raisons qui persuadèrent Taima. Je les quittai Tua et Tautre un moment après.
« Je n'oublierai jamais ia rencontre que je fis de mon meilleur ami, A. Soumet, presque au sortir des Français, et de quel triste pressenliuient je fus saisi lorsqu'il meditenm'abordant: « Eh bieni est*ce toujours pour < mardi? — Pour jamais 1 loi répondis-je, je viens d'ace Hier Taima. 11 ne me jouera plus. » Je dis tout cela en m'elïorçant de ue pas y croire; mais je me sentais averti par un secret instinct... qui ne se réalisa que trop.
« Le lendemain j'étais chez Talma vers les trois heures. Quelle ne fut pas ma surprise en le trouvant étendu sur son lit avec des sangsues saignantes au creux
de l'estomac 1 On me raconta alors qu'après la première application de sangsues il s'était levé et avait regardé le sang qu'il avait perdu, que lui, acteur tragique, s'était évanoui à la vue de ce sang, que sa garde avait cru le ranimer en lui faisant prendre une jatte de lait, et qu'à la suite de cette boisson, si mal appropriée à son état, il avait été saisi de crampes d'estomac si fortes que le docteur Marc, son médecin ordinaire , avait fait injinédialement a[)[iliquer d'autres sangsues sur la partie nouvellement soutirante.
« Dés ce moment, mes craînles ne me quittèrent plus, et, comme s'il voulait les accroître constamment, le mal tit sans cesse de nouveaux progrès chez le malade, qu'on emmena à Brunoy, au bout de quelques Jours, pour lui faire respirer l'air de la campagne.
« Gomme je le vibilaib souvent pendant sa maladie, je
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profitais de ious les moments où j'étais seul avec lui pour attirer son attention sur la grave, la grande question du salut , dont tout malade au moins doit se préoccuper, s'il a eu le malheur de la négliger pendant 1 s jours de santé qui lui ont été donnés. Talma ne repoussait pas ces sortes de conversatiops ; il y prenait même un vif intérêt; mais savez-vous ce qu'il me dit un jour? « Je suis fâché de ne pas croire; niais, en « vérité, ce n'est pas trop ma faute : j'ai eu pour père < Tathêe le plus déddé de tout le dix«huitième siècle.
« I) lue foucUait (iuaiid je m'agenouillais pour réciter la « prière que ma bonne m'avait enseignée. li me retira « du collège parce qu*on m'y faisait prier Dieu; il avait « fait copier en grosses lettres les maximes les plus « impies du Système social du baron d'Holbach, et en « avait tapissé la chambre que j'habitais. C*esl ,de là « que je suis passé au théâtre, où la Révolution, avec • tous ses principes, m'a trouvé et m'a laissé Or, je « vous demande si après cela il est possible que je sois « jamais un bon chrétien. »
< Cependant, je suis persuadé qu'il aurait consenti à recevoir monseigneur Tarchevéque de Paris, qui se présenta chez lui jusqu'à trois tojs, si les personnes qui rentouraient n avaient eu plus d'un motif d'écarter en ce moment le saint prélat qui lui apportait de si précieuses consolations.
« Je n'ai pas à examiner la manière dont la maladie de Talma fut traitée ; je dois dire seulement qu'on le soumit à un régime d'abstinence bien sévère et bien irritant pour une organisation d'artisie si délicate, si facilement agacée. Je me souviens qu'étant ailé le voir à Brunoy, je fus frappé de l'excessive p&leur de son
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visage , que faisait encore ressortir une longue robe de chambre blanche qu'il portait constamment; il était avec (iLielques-uns des siens sous des tilleuls plantés auprès de sa maison» et, comme nous nous élions écartés de quelques pas en causant, je le vis tout à coup me tendre furtivement la main et me dire, avec un accent qui ne s'effacera jamais de ma mémoire : « Donnez- « moi un morceau de pain. >
« Quelque temps après il revint à Paris, où son mal, qui empirait toujours, finit par l'emporter *.»
(Page 191.)
Dans les dispositions qui chargeaient la gendarmerie
du service des spectacles de Paris (ordonnance du 16 février 1816 sur l'organisalion de la gendarmerie), il y avait exception pour les théâtres royaux : le service y était fait par la garde royale. Toùtefois les commissaires de police et les ofliciers de paix pouvaieiil « avuir à leur disposition un piquet de la gendarmerie royale de Paris, qui sera établi sous le péristyle et à l'extérieur. » (Ordonnance du 31 décembre 1815.)
1. Théâtre et Poésies dVVlexaaJie Guiraud; 1 vol. in-8; librairie Amyot. Virginie fut représentée le 2S avril 1827, avee Joanny dans le rôle principal. Elle obtint un succès très^honorable, mais qui ne put manquer de se ressentir du Yide laissé par Talma, et du coup que sa mort avait poné.au genre tragique.
L*ârticie 50 de rordoaaaiice du 16 lévrier 1S16 est ainsi conçu :
« Les sous*oflBciers et gendarmes qui seront de service aux spectacles y seront charités de faire les ioiictions d'ofiiciers civils, et les vétérans ou autres troupes en garnison & Paris prêteront seulement main-forte sur leur réquisition. »
Les gendarmes réunissaient donc , dans le service des spectacles , les attributions de la force armée formant la garde, et celles qui appartiennent actuellement aux sergents de ville.
(Page 311.)
Les reproches que Scribe me paraît mériter, et sur lesquels je n'ai pas dû me taire, me font doublement un devoir de démentir une opinion accréditée à son
détr iinent chez beaucoup de persoiuies. Il s'agit de ia manière dont il procédait en matière de collaboration.
Vous avez pu rencontrer des f^ens qui, de leur vie, n'avaient eu le iiioindt e rapport avec le inonde du lliéàtre (ceci en est une preuve), et qui vous disaient, avec autant d*intrépidité que s*ils Tavaient intimement fréquenté : « Il y a des jeunes gens qui apportent à « Scribe des pièces toutes taites ; il se contente d'y « changer quelques mots et d*y mettre son nom. » Or ces jemes gens étaient, par exemple, H« Mélesville, entré dans lit carrière à peu près en même temps que
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Scribe, et qui est son ataé, car il avait auparavant porté la toge du magistrat, sous son vrai nom de
Ddvevrier, coiuine subslilul de procureur impérial; — M. Dupin, qui vaudevillisait dès I8u9; — MM. Carmouche, de Gourcy, de Saint-Georges, Varner, Mazères, enfin Bayard, (]ui était déjà connu au théâtre avant de collaborer avec Scribe, dont il épousa la nièce. Si des auteurs iorl bien posés ont recherché l*as80ciation de Scribe, c'est qu'il faisait pins que de mettre son nom aux pièces qu'il signait : il y travaillait très-réellement, et il y en a beaucoup qui, écrites en premier par son collaborateur, ont été totalement récrites de sa main.
Un exemple curieux, à cet é^ard, c*est Thistoire de la Chanoinesse. Francis Cornu, auteur habitué des boulevards Saint-Martin et du Temple, avait remis entre les mains de Scribe un manuscrit, qui était un mélodrame amplement bourré de tous les ingrédients voulus : femme autrefois séduite, euiaul claudeslm qui se retrouve, pleurs, évanouissements, et tout ce qui s'ensuit. Il s'était passé fort longtemps, des années peutôlre, et il n'avait plus été question de ce gros morceau indigeste, où le talent de Scribe n'avait rien à taire, à ce qu'il semblait. Je crois même que Francis Gorim avait été quelque temps absent de Par is, lorsqu'il rencooti a un jour le dépositaire de son œuvre, et, à tout hasard, il lui en demanda des nouvelles.
< On va la jouer au Gymnase, répondit Scribe; venez à la répétition. »
Effective ment, Francis Cornu vient au Gymnase; il entend et voit répéter une pièce, mais il aurait été bien embarrassé d'y saluer un seul mot de sa connais-
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sance. Quelle métamorphose 1 II n'y a guère au théâtre (le situation tragique qui ne puisse être arrangée dans
un tout iiiître diapason. En lisant ce mélodrame, destiné à faire larmoyer les spectateurs, Scribe avait su y démêler une donnée fort bonne à tourner an comiqae^ et c'est ce qu'il avait fait avec son adresse habituelle. L'aventure pour pleurer était devenue aventure pour rire; bref, le gros mélodrame s^était transformé en une jolie comédie-vaudeville qui^ sauf ce premier germe, qu'un coup d'œil exercé pouvait seul dépislei' et saisir, ne gardait rien de l'œuvre primitive. Francis Cornu, dont l'enfant avait été ainsi changé en nourrice, était tout stupéfait. Devant un tribunal, sa eo-paternité aurait été fort contestable; mais Scribe lui en reconnut loyalement tous les droits.
Si l'on calcule que Scribe a fait seul ou en société plus de quatre cents pièces, sans compter quelques nouvelles ou petits romans, et que sa collaboration, comme je viens de le montrer, n'était nullement pour la forme, on est surpris qu'il ait suffi à une besogne pareille ; c'est qu'il avait des habitudes de vie extrêmement réglées et méthodiques. Il donnait le moins possible aux exigences du monde, qui l'auraient dérangé; il se levait de très-bonne heure, il travaillait jusqu'à son déjeuner, il allait ensuite à ses répétitions ou à ses affaires, à moins qu'il ne fût à la campagne, et toujours de même d*un bout à l'autre de l'année, comme s'il avait eu son existence à faire. Depuis sa première jeunesse, Scribe n'était pas sorti de Félément théâtral et de ce labeur incessant, qui était pour lui une seconde nature et comme un besoin hygiénique. Depuis bien longtemps il était millionnaire; il avait atteint
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râge du reposy et eq>endaDt il a ainsi travaillé jusqu'à son dernier jour littéralement; car lorsqu'il est mort
subitement en voilure, le 19 février 1861, il allait à UD rendez-vous d*affaires théâtrales.
(Pag» $30.)
Je ne fus pas assez heureui pour être parmi les élus de la preiiiitiie i eprésentalion iVHemani, mais j'étais à la seconde, privilège encore très-reeherché, tant la salle était ecmposée avec un soin minutieux. Je vais dire comment j'avais obtenu celte faveur. Ou me pardonnera ce détail personnel, parce qu'il se rattache à l'histoire de la presse légère de ce temps.
Il y avait alors à Paris un petit journal qui en formail trois, ou^^ si vous voulez, trois petits journaux qui n'en formaient qu'un. Pour rexplicatiou de ce phéuo* mèiie^vous saurez que les fondateurs» voulant échapper à certaines dispositions de la loi sur la presse quotidienne, avaient imaginé de publier trois journaux en apparence séparés, et qui paraissaient tour à tour. L*un s'appelait le Sylphe, un autre le Trilhy; je crois sans en être sùr, que le litre du troisième était le Follet. Chacun avait son gérant-signataire, niais il n*y avait qu'un seul et même bureau, rue des Jeûneurs» nom d*as8ez mauvais présage; il est vrai que des es* prits aérieiis comme un Sylphe et un Follet doivent être
sobres par nature. Le cachet le plus remarquable de ce journal à triple tÂte, c*était d*ôtre imprimé sur papier rose, invention qui [)robablement parut merveilleuse à son auteur. L'un des trois géranis était Louis Desnoyers, alors à seâ débuts dans la presse, où il a conquis une place distinguée* et qui, depuis la fondation du Siècle, en dirige le feuilleton. Parmi les autres rédacteurs on comptait un jeune homme, Charles Uovalle, dont la fm prématurée fut bien funeste. On donnait aux Variétés une représentation an bénéfice d'Odry. Dius la journée, Dovalle alla an théâtre demander un billet. Le liis de Brunet,MiraBrunet, chargé de cesdélails d'administration, fit mauvais accueil à sa requête. Sous la première et vive impression de celte rebuffade, Dovalle impi iuia quelques lignes dans lesquelles 11 quaiiliait en des termes assez peu parlementaires rindividu et le procédé. De là une provocation et un duel, où le pauvre Dovalle succomba. Une telle catastrophe pour un billet des Variétés 1 et avec le nom d'Odry qui s'y mêle, par un étrange contraste I Dovalle n'avait guère que vingt-deux ans, et il annonçait un talent poétique supérieur à des articles de petit journal. Ses amis publièrent après sa mort un volume de ses vers. Ou y remarque surtout deux jolies pièces en quelques stances, le Convoi (fun EnfofU et la Bergeronnette ^ qui ont mérité d'être iiisérées dans des recueils de morceaux choisis, et qui ont sufli pour conserver le nom de ce malheureux jeune homme.
Or, ua de mes tatnarades de l'École de Droit, (jui avait quelques velléités littéraires, — il les a sagement abjurées pour arriver» ce qui vaut beaucoup mieux, à occuper un siège de conseiller à la cour d'Orléans,—
était en relations avec les rédacteurs du journal ou des
joniîiaiix roses. Il m'introduisit auprès d'eux coinîne désirant in'essayer dans leurs leuilles légères; et j'eus, en effet» le plaisir d*y voir paraître quelques échantillons de ma prose, qui sont bien loin de m'inspirer des souvenirs d'orgueil. L'insertion de mes petits bouts d'articles me valut l'honneur de recevoir graûs le Sylphe et ses deux frères jumeaux. Néanmoins, ce De fut pas tout. En même temps que le triple journal faisait une guerre d'allusions et de plaisanteries au ministère Polignac, il était chaleureusement dévoué aux intérêts de la nouvelle école* Il eut sa part de billets pour JTemam, et à la seconde représentation on voulut bien me donner une place . Jugez si je fus heureux de cette bonne fortune.
Ces billets-là entraient d*avance par une porte dérobée, par une porte d'amis. Je fus placé à l'orchestre. La salle était garnie depuis le haut jusqu'en bas de véritables battoirs humains. Près de moi, dans un bataillon d*élite, se distinguait un chef de file des plus chauds, que j'entendis a|)[)(iler par un nom fort connu depuis -.c'était Gustave Planche, qui commençaitsa carrière d'écrivain, où il n'a pas péché, certes, par Texcès de la bienveillance; mais, ce soir-là, il se comporta comme s'il avait dû racbeter en masse ses dénigrements futurs. Pour moi, qui n'avais pas abjuré la religion de mes classiques, ma conscience ne me permettait pas de faire chorus avec les extases tui if)oii(les dont j'étais entouré. Plus d'un trait m'avait choqué dès rabord, à commencer par la question assez grotesque, en effet:
Croyez- vûuâ donc qu'on soit si bien dans une armoire ?
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Ha position m'obligeait à garder mes impressions
pour moi seul; mais je ii'a|)[jlaudissais pas, et cette attitude neutre était elleKOiême un crime* Il paraît que je fus signalé pour ma tiédeur, car» immédiate* ment, l'envoi de la feuille rose me fut supprimé.
Une autre première représentation remarquable du même temps^ fut celle du second drame de M. Alexandre Dumas, Stockholm, FofUaineblem et Romey joué à rOdéon quelques semaines après Hernani, le 30 mars i830. L'empressement y lut aussi très-grand; cependant je parvins, non sans peine, à trouver place & la seconde galerie. Les deux premières parties de cette trilogie obtinrent un succès complet. Kesiait la troisième, Rome^ où Ton voyait Christine, tacliée du meurtre de Monaldesehi, chargée du sanglant souvenir de Fontainebleau, mourant dans la ca[)itale dn monde catholique, qu'elle avait prise pour retraite. Cette dQrnière partie n'était guère qu'une lente agonie, où les paroles abondaient plus que Taction ; elle ne pouvait que refroidir le spect(^teur, après les terribles émotions de l'acte précédent.
Ajoutons qu'il était à peu près minuit quand on avait levé le rideau pour la troisième fois. Or, à cette époque, le public n'avait pas l'habitude de subir des ])ièces qui durent cinq ou six heures, et de ne sortir du spectacle que le lendemain; il trouvait que, pour passer la nuit, on est uiieux dans son lit que sur une banquette de parterre, voire même que dans une stalle ou dans une loge. Le public pressé dans la salle de TOdéon avait donc grande envie d*aller chercher son gtte et son oreiller; il lui semblait d Hileurs i|ue Christine [lailait bleu longtemps pour une moribonde. 11 y avait une