‹ L'histoire romaine à RomeChapitre 17 sur 90 · LES ABORIGÈNES ET LES PÉLASGES · texte numérisé non relu

LES ABORIGÈNES ET LES PÉLASGES

noms de lieux à physionomie grecque , certains cultes anciens d'origine pélasgique; enfin ces murs encore debout qui mettent pour ainsi dire sous nos yeux la puissance et la grandeur de cette nation disparue.

11 faut se défier des origines grecques attribuées aux villes d’Italie, par celte prétention et celte mode de tout faire dériver du grec, dont Ücnys d'Halicamasse, un rhéteur grec, a donné surtout l’exemple ; mais je pense qu’il est souvent arrivé qu’on a remplacé par une origine grecque une origine pélasgique, mettant ainsi une fausse science à la place d’une tradition vraie. La confusion était facile à une époque où l'on adorait les Grecs et où l’on avait presque oublié les Pélasges : comme je l’ai dit, les Pélasges étaient les frères aînés des Grecs et devaient parler un dialecte plus ancien de la même langue '.

1 Hérodote dit (i, 57) que les Pélasges parlaient une langue barbare. Mais au temps d’Hérodote, on n’avait aucune idée de ce qui constitue l'affinité réelle des langues. Cette science est toute moderne et elle ne s’est perfectionnée que de nos jours. César, qui avait écrit sur la grammaire, mais non sur la grammaire comparée , car les anciens n'eussent pas daigné comparer entre eux et encore moins avec le latin et le grec des idiomes barbares. César [de Bel. Gall., i, 1 ; ne parait pas s’être aperçu que la langue des Belges et la langue des Gaulois étaient deux dialectes celtiques, et semble croire qu'elles diffèrent l une de l'autre autant que de l’aquitain; or l'aquitain appartenait & la même famille que le basque, lequel n'a de rapport avec aucun idiome européen. Deux langues que l'on entend parler, — et Hérodote a pu entendre parler le pélasge de son temps, — si l'on ne découvre par l'étude leurs rapports philologiques, peuvent n’offrir en apparence

lie L’HISTOIRE ROMAISEA ROME.

Quand je trouve en Italie des noms de lieux anciens dont la racine est grecque, je suis forcé de les faire remonter aux Pélasges et de dire : les Pélasges ont passé par là. Ainsi, pour ne parler que de lieux situés à peu de distance de Rome: Politorium1, Empulum1, N'omenlum *, Cora\ Alsium 5, le lac Alisietinus, Pyrgoi...*, le Soracte’, dont le nom veut dire en grec le monceau escarpé ou plutôt l’escarpement du monceau, ce qui peint très-bien celte masse abrupte et isolée dans la campagne romaine ; tous ces lieux ont été nommés et par conséquent habités par les Pélasges.

A Rome môme, plusieurs noms de localités montrent la présence des Pélasges, par exemple les noms du Vélabre et de la Velia.

IIclos ou Vélos signifie en grec marais'. Diverses villes, en Italie et en Grèce, se sont appelées Elis,

aucune analogie cl être cependant fort voisines. I. allemand, comme je l’ai éprouvé, ne sert à rien pour se faire entendre en Suède, et néanmoins le suédois et l’allemand sont deui dialectes germaniques.

* De polis, ville.

* Pour en pttlén, à l'entrée du défilé. Empulum, aujourd'hui Ampigliano, esta l'entrée d'une gorge. Rihbv, Dinlorn. di R.., n, 11.

* Nomé, pâturage.

* Cora, nom grec de Proserpine.

' Alsos, bois sacré.

* Pyrgoi, les tours; on connaît deux villes de Pyrgoi en fclide.

T Sôrou actè, l'escarpement du monceau.

* Helos, avec le digamma éolique. Vélos.

LES ABORIGÈNES ET LES PÉLASGES. 117 Élea, Vélia, el toutes sont situées dans des contrées marécageuses'.

Le nom du Velinus (Velino), fleuve de la Sabine, pays qui a vu les Pélasges, a la même origine; la contrée traversée par cette rivière est marécageuse, et l’était encore plus, avant que les Romains, ouvrant aux eaux du Velinus un écoulement dans la Nera. eussent par là créé la cascade de Terni.

A Rome, comment ne pas retrouver, malgré des étymologies peu sérieuses, comme le sont en général celles des anciens ’, cette racine vélos dans le nom du Vélabre qui était un marais?

1 II faut y joindre Eloios en Ætolie, Elaioùs près des marais de hernie, Velletri (Velitræ) qui domine les marais Pontins, Elc6u, ville de Béolie, qui, suivant Strabon, avait été nommée ainsi à cause des marécages qui l’entouraient. Denys d’Halicarnasse (i, 20) dit également qu’un lieu entouré de marais (dans la Sabine où furent les Pélasges) s'appelait Ouelia parce que clans la langue antique on désignait ainsi les endroits marécageuv. Servius (Æn. . vi, 35») donne la même étymologie du nom de la ville d’Élaa ou Volia dans l’Italie méridionale. C'est celle A' H Mot à l’embouchure de l'Eurotas, de Velinlt en Étniric près des marais de Volterre, Vada Volaterrana.

* Je mets au nombre de ces étymologies peu sérieuses celle qui dérivait le mot Velabrum des voiles (Vêla) au moyen desquelles on était censé avoir franchi ce marais de peu d’étendue, ou des voiles qu’on tendait sur la route des triomphateurs quand ils traversaient le quartier du Vélabre, comme si la rame n’eùt pas suffi et comme si le nom primitif du lieu eût pu tenir h un usage aussi récent que celui d'orner de tentures la rue qui avait succédé au marais et lui devait son nom. L'opinion de Vairon [De /. lot.. v II), qui

Itx 1,’HISTOIRE ROMAINE A ROME,

11 en est de môme de la Velia, éminence qui s'élevait autrefois, plus qu'elle ne fait aujourd'hui, a l'extrémité du Forum; or nous savons que le Forum a été, dans l’origine, couvert presque tout entier par des eaux stagnantes.

Ce que j'ai dit des noms de lieux, dont l'origine est grecque et, par conséquent lorsqu ils sont anciens, ne peut se rapporter qu’aux 1‘élasges, s’applique au nom de Rome elle-même.

Ce nom Roma n’a pas de sens en latin, en grec il veut dire Force; cela seul nous conduit à l'attribuer aux Pélasges*.

Je crois que ce nom fut donné d'abord par eux à une enceinte fortifiée placée à l'angle occidental du Palatin, enceinte qui, en raison de sa forme, fut appelée Roma quadrata, Rome carrée; il ne faut pas confondre celte Rome carrée des Pélasges, qui n'occupait qu'un angle du Palatin, avec la Rome de Romulus, qui embrassait ce mont tout entier et n'était pas plus carrée que lui *. La Rome carrée était dans l'origine, dit FeslusI * * * 5, un lieu entouré d'un mur de pierre ;

I ire Velabrum île Yelatura, transport, prix de transport, ne mérite pas davantage d'être disculéc. Le même Varron (De I. la!., r, 54) voit

l’origine du mot Velia dans la coutume de tondre (vellerc) les moutons on cet endroit,

1 Au pied du Palatin était un autre petit établissement à nom pélasgique, Bucitatum. Duc de Luvnes, Nummut de Serviiu Tullius, p. 18.

* l a forme du Palatin est celle d'un trapèze.

5 Saxo munilns est initie in speeiem quadratnm (Fest., p. S58).

i.es vnoRir.fcrtEs f.t les pélasges. iis cela ne veut-il pas dire un lieu fortifié, un oppidum, mot par lequel la Rome carrée est aussi désignée?

Les Pélasges avaient fait là comme à l’acropole d’Athènes, où ils avaient construit le mur appelé pelasyieon.

On sait positivement où était la Home carrée sur le Palatin et on peut mesurer, à très-peu de chose près, son étendue.

La religion des origines en avait conservé la mémoire, et au troisième siècle de notre ère la tradition précisait l’emplacement de celte enceinte, où l’on déposait fes choses de hon augure pour la fondation d’une ville.

La Rome carrée commence, dit Solin 1 * * * qui la confond avec la Rome de Romulus *, « au bois du temple d’Apollon, et se termine au sommet de l’escalier de Cacus, là où est la cabane de Faustulus. »

Le temple d'Apollon, dont on a pu par des débris qui ne sont plus visibles5, mais qui l’ont été, déterminer la place sur le Palatin, était voisin de la maison

1 Solin, i, 18; Fesl., p. 2S8.

’ Plutarque [Hom., O) fait la même confusion. Eimius parait l avoir faite en disant que Romulus a régné sur la Rome car-

rée. Sais avec tout cela ces différents auteurs considéraient lu

lloma quadrilla comme un oppidum ; c'est la mémoire qu elle avait laissée. »

1 11 y a une vingtaine d’années, on voyait enrorc sur le Palatin quel»

d'Auguste, et plusieurs chambres de cette maison existent dans la villa Mills. On sait donc exactement où commençait au sud la Home carrée. L'escalier de Cacus était nécessairement tourné vers l’Aventin, séjour de Cacus; la Home carrée longeait le bord du Palatin qui regarde cette colline, elle se terminait où se termine le Palatin lui-même : c'était donc à l’extrémité occidentale de la colline du côté du Vélabre, là où se trouvait la cabane de Fauslulus ; la cabane de Fauslulus, père nourricier de Romulus, était la même que la cabane de ce roi que l’on croyait avoir conservée. Fn des côtés d'un carré étant donné, la longueur des trois autres se déduit mathématiquement de la longueur du premier. Canina l'évalue à huit cents pieds, et le pourtour de l'enceinte a plus d'un demi-mille romain. 11 a cru en reconnaître encore l'emplacement par l'élévation du terrain plus grande en cet endroit.

ques restes du temple d'Apollon, et surtout de la bibliothèque placée devant le temple. Aujourd’hui tout cela a disparu cl ne se retrouve plus que dans le travail de restauration très-intéressant de M. Clerget, travail enfoui dans une salle de l'Institut, comme tous ceux qu’exécutent chaque année MM. les architectes pensionnaires de l'Académie de France à Rome, souvent d une manière fort remarquable, mais sans profit pour le publie. Ne pourrait-on pas trouver un moyen de faire arriver ces travaux sous ses yeux? Ne pt urrait-on pas consacrer une salle de l’Ecole des Reaux-Arts à l’exposilion au moins des plus distinguées parmi ces restaurations, dans l’intérêt de Fart et de l’archéologie?

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