‹ L'histoire romaine à RomeChapitre 16 sur 90 · I.ES ABORIGÈNES ET I.F.S PKI.ASGES · texte numérisé non relu

I.ES ABORIGÈNES ET I.F.S PKI.ASGES

Extension .et dispersion des Pélasges. — Les Aborigènes alliés aux Pé- Insges. — Les Pélasges appartiennent à la race grecque. — Les Aborigènes ne sont pas les habitants primitifs du Latium. — Trace des Pélasges en Italie. — Home. — La Rome primitive, Borna Quadmtn.

Il est une race mystérieuse qui ligure aussi parmi celles qui ont habité le sol sur lequel Home devait être fondée : c’est la race antique des Pélasges.

Les Pélasges ne s’arrêtaient nulle part; nation errante et maudite, ils allaient à travers le monde. Ce peuple superbe avait refusé d'acquitter une offrande vouée aux dieux, et le courroux des dieux les poursuivait. Là où voulaient se fixer les Pélasges, des maladies les frappaient . leurs terres, leurs troupeaux,

LES ABORIGÈNES ET LES PÊLASGES. U>9 leurs femmes devenaient stériles; s'il leur naissait des enfants, ces enfants étaient maléficiés. Parmi scs calamités, ce peuple était grand ; il prenait et bâtissait des villes; il remportait des victoires ; il avait la domination des mers.

Son nom était prononcé par les anciens avec un mélange de respect et d'eflroi : les Pélasges sont les Titans de l'histoire.

Ce Juif-Errant des peuples était aussi un peuple Prométhée: Comme Saturne, qui lui-môme aussi représentait peut-être une très-ancienne migration pélasgique, le peuple pélasge avait tiré les hommes des forêts, il avait apporté en Italie les lettres , il avait enseigné aux montagnards de la Sabine à bâtir des villes.

Voici les principaux traits de la migration errante des Pélasges *. Partis d'Argos, ils allèrent dans la Thessalie, puis se dispersèrent dans les liés5; d’autres s'établirent dans l'Asie mineure. Us se répandirent aussi dans la Macédoine et l’Épire. Un oracle leur prescrivit d aller chercher la terre de Saturne. Poussés par les vents dans l’Adriatique, ils abordèrent vers les embouchures du Pô, traversèrent en combattant l'Oinbrie, tirent alliance avec les Aborigènes près d’un lac où était une ile flottante, dans ce qui fut plus tard la Sabine,

1 beu ci llai., i, 19.

Les Pclasges sont particulièrement indiqués en Crète, à Lcinnoa et dans la Samothrace.

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puis occupèrent quelques villes tle l’Étrurie, le pays intermédiaire entre la Sabine et l’Etrurie; enlin, toujours avec les Aborigènes, ils s’établirent sur les collines qui devaient être Rome.

A part les contrées indiquées dans ce récit comme ayant été visitées par les Pélasges, on les trouve dans beaucoup de pays, dans l'Altique, en Arcadie. Niebhur n'admetfeit pas qu'on püt suivre leurs courses d’une manière certaine, mais il reconnaissait leur présence sur une foule de points de la Grèce, de l'Asie mineure et de l'Italie, et concluait eu disant : Il fut un temps où les Pélasges, qui formaient peut-être le plus grand peuple de l'Europe, habitaient depuis le Itospliore jusqu’aux bords de l'Arno.

Les Pélasges étaient un rameau de la race grecque1, plus ancien que les Hellènes, et qui n’avaient point participé à la civilisation hellénique ; leur langage était originairement grec, bien que devenu assez différent à cause de leur antiquité et de leur séparation des Hellènes pour qu’Hêrodote, écrivant dans un temps où la philologie comparée n’existait pas, ait pu dire qu’ils parlaient un idiome barbare.

Mais on ne saurait traiter des Pélasges sans traiter des Aborigènes.

Les Aborigènes apparaissent pour la première fois

1 Ce qui prouve que les Pélasges se considéraient comme Grecs, c'est que ceux d’Agylla, en Étruric, avaient un trésor à Delphes, centre religieux des populations helléniques. (Su-., v. p. 220, éd. Casauti.)

Dit

lit

US ABORIGÈNES ET LES l'ÈLASGES.

dans le pays Subi»; ils sont représentés comme les alliés des Pélasges1, avec lesquels, à cause de leur étroite association, on les a confondus parfois.

Un les a confondus également avec les peuples Autochtones’ du Latium à cause de leur nom, qui semblait signilier indigène, mais dont le sens peut avoir été tout différent; l'histoire ne connaît pas les Aborigènes avant la venue des Pélasges.

Les Aborigènes furent chassés des environs de Riéli

* Selon Deuys dllalicarna5.se (i, 20,) les Aborigènes unis aux Pélasges fondèrent diverses villes dont le nom montre évidemment I origine pélasgique, Alsium, Agylla, Mae.

* Calil., vi. Les Aborigènes lie sont point les habita ut s originaire* dluLatium; ils viennent du dehors, de la Sabine, selon le témoignage de benys d Halicarnasse, seul témoignage détaillé qui les concerne. A cela près, tout est vague et confus dans leur histoire. Leur nom était employé proverbialement pour désigner une haute antiquité, à peu près comme nous employons en français le mot gaulois; mais l'identité des Aborigènes et des habitants primitifs du Latium est démentie par Denys d' Halicarnasse qui les montre bien après l'époque de Saturne, s'alliant dans la Sabine aux Pélasges, soumettant et chassant les Sicules. Quoi de plus différent, d'ailleurs, que la proposition in dans indigence et la proposition ab dans aborigènes? Aussi a-t-on cherché à ce mot d’autres étymologies. Justin, qui voit dans les Aborigènes les premiers habitants de l'Italie, dit qu’ils furent nommés ainsi parce qu’ils étaient errants. Ceux qui admettaient cette étymologie les appelaient Aberrigènes {Orig Gent. rom., ivj. Une autre étymologie lirait leur nom d'ab et d'oros, en grec montagnes, les Aborigènes seraient les enfants des montagnes : le mol uros (montagne) aurait été introduit dans leur langue par leurs alliés les Pélasges.

1, HISTOIRE nOSIAISE A HOME.

pur dus Salmis descendus d'Amiternum, non loin du lac Fucin, mais eux-mêmes, venant de la contrée Sabine, doivent être considérés comme d’autres Sabins *.

Ceux des Pélasges qui s’ étaient établis avec eux furent poussés en même temps pareelte descente terrible des montagnards de l’Apennin, et c’est ainsi que les deux peuples se trouvèrent jetés sur les Sieules et les Ligures. Ces premiers occupants du pays semblent avoir été associés comme l’étaient les Aborigènes et les l’élasges. Ceux-ci attaquèrent d’abord ensemble la grande nation des Ombriens, les anciens adversaires des Pélasges, qui occupaient alors une partie de l’Étrurie, leur prirent plusieurs villes, puis en enlevèrent d’antres aux Sieules sur la rive gauche du Tibre, arrivèrent ainsi à Home ou plutôt, car il n’y avait pas encore de Home, à la ville Initie sur le Palatin et l’Es-

* Je crois qu'on a eu raison d'identifier, d'après frervius (Æn.t », 6) les Aborigènes avec les Casci, mot sabin, dit Vairon, qui voulait dire ancien. De l lat., vu, 28), — Une petite ville de la Sabine porte encore le nom de Ca>cia; — mais, malgré le vers d’Ennius cité par Varron :

Quant prisci Catci populi tenucre Ml/,

je pense, d’après ce qui précède, qu'il ne faut pas voir comme on le fait généralement dans les Casci les anciens I.atins, mais d'anciens Sabins.* Prisci quintes, Virg., Æn., vu, 710.

On met ces prétendus anciens 1/itins à Mouicntum (Serv., /En., vi, 773) et dans d'autres villes sabines.

LES ABORIGÈNES ET LES PELASSES. 113 quilin par les Siculcs et les Ligures, et s'en emparèrent. Il n'est dit nulle part que les Pélasges soient venus à Rome, mais nous y reconnaîtrons des signes incontestables de leur passage; d’ailleurs, unis aux Aborigènes pour conquérir sur les Sicules les pays voisins du Tibre, ils ont dii les suivre jusque là.

Ceux qui ont chassé les Siculcs et les Ligures du Septimonlium sont appelés Sacrant.

Les Sacrani sont des Aborigènes 1 venus de Rieti dans la Sabine 1 et par conséquent Sabins. Ce mot sacrani ne désigne point un peuple en particulier, il désigne l’émigration singulière que les anciens appellaient ver sacrum, printemps consacré. Pour conjurer le courroux céleste manifesté par une contagion ou par quelque autre calamité, on vouait par avance aux dieux ce que le printemps produirait, plantes, fruits, animaux, enfants. Dans l'origine tout était probablement matière de sacrifice, les enfants comme le reste ; quand les mœurs commencèrent à s’adoucir, on se contenta d’offrir aux dieux irrités les animaux et les fruits ; mais, pour accomplir le vœu en quelque manière, on chassait du pays les enfants devenus adultes, qui allaient chercher une terre pour s'établir . Cet usage du printemps consacré était connu des Grecs et de

' Dcn. d'Hal., i, 16.

* Paul. Diac., p. 320.

m L'HISTOIRE HO. H AISE A HUME,

plusieurs peuples d’Italie *; on le voit établi plus particulièrement chez les Sabins \ Commun a la Grèce et à l’Italie, il doit avoir été apporté par les Pélasges1 * * * 5, et c’est d’eux que les Aborigènes sabins, leurs alliés, ont dû le recevoir. C’était donc à un printemps consacre' des Sabins que s’étaient associés les Pélasges.

Je reviens aux Pélasges.

L’histoire de leurs migrations nous a conduits à quelques lieues de Itomc qui n’existe pas encore ; ceux-là étaient entrés en Italie par le nord, mais les Pélasges, sous le nom d’Œnotriens ' et sous d’autres noms, pénétrèrent aussi dans la Péninsule par son extrémité méridionale ; ils s’avancèrent ainsi vers Rome de deux côtés, sans compter les débarquements qu'a dû opérer sur les côtes ce peuple navigateur, et dont quelques-uns ont pu l’amener directement sur le rivage du Latium.

La présence des Pélasges en Italie y a laissé plusieurs sortes de vestiges : les noms de villes et les autres

1 les Manierons [Fat-, p. 158); les Ardéates, « qui aliquando, cum peste laborarent, ver sacrum voverunt, umlc sacrant appcllati suât, a

J Ul olim crebrô Sabini factitaverunt (Van-., Derc rutt., m, 10)

5 Den. d'Ualicarnasso le leur attribue formellement (i, 23).

* Les (Enotricns, qui viennent du sud, sont des Pélasges, car leur clicf (Enotrus est un petit-fils de Pélasgus. Ils fondèrent en Campanie une ville de Larissa Ce mot est péiasge, il désigne une forteresse et sc retrouve dans plusieurs pays que les Pélasges ont habités, notamment eu Tbessalie. De plus les Grecs établis dans litajic centrale

.ppelaieiit leurs serfs pélasçes. (Sleph. Bu., s. v. *toi'.

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