‹ L'histoire romaine à RomeChapitre 30 sur 90 · S A B 1 N S ET ETRUSQDES A ROME AVANT ROMULUS · texte numérisé non relu

S A B 1 N S ET ETRUSQDES A ROME AVANT ROMULUS

Mais, dès que l'on commence à discerner quelque lumière dans ces anliques ténèbres, les Latins sont dans la plaine et les Sabins dans les montagnes.

Les Latins étaient issus des contemporains de Faunus, de ces hommes des bois, de ces sauvages civilisés plus lard par Saturne, c’est-à-dire qui passèrent alors de la vie de chasseurs à une existence agricole.

Leur territoire s’étendait du Tibre aux marais Pontins et de la mer au pied des montagnes, en comprenant le groupe détaché des monts volcaniques, sur lequel fut Albe, chef-lieu de la confédération latine.

Les Sabins sont le peuple de la lance, ou plus exactement le peuple-lance'. La lance, en sabin quiris, leur avait donné leur nom Quirites et à leur dieu son nom Qui) inus.

Le contraste que forme le caractère des deux peuples est représenté par celui qui existe entre leurs deux principales divinités.

Le dieu national des Latins est Saturne, le semeur, que nous avons vu être un dieu de paix.

hauteurs comme le pays plat. ta culte du pic Vert s’étend aussi loin que les bois où réside l’oiseau mystérieux. Or, si Picus est un dieu in-^ digène du Latium, c’est un pic-vert (picus) qui conduit une émigration sabine dans le Picentin. (Paul Diac., p 212.) Ce sont ces sauvages. premiers habitants de la Sabine, dont les villes n’avaient pas de murailles (Den. d’Hal., u, il)), en cela semblables aux villages des Indiens en Amérique.

1 Quiris voulait dire Sabin et lance.

i. lti

Le grand dieu des Sabins1 est Janus.

Janus fui primitivement le soleil ’, comme Jana ou Diana fut la lune. C'est pour cela que son temple regardait d'un côté le levant et de l'autre le couchant5.

Janus, à l’état guerrier s’appelait Janus Quirinus, le soleil armé de la lance. Ainsi, chez les Scandinaves, Odin, le dieu de la guerre, était primitivement le soleil.

Il est facile de concevoir comment l’on a pu passer de l'idée d'un dieu solaire à l'idée d’un dieu guerrier, quand on voit dans la religion Scandinave les divinités de la lumière en lutte et en guerre avec les divinités des ténèbres.

Janus étant un dieu guerrier, en temps de paix, on fermait les portes de son temple, nommées aussi por-

1 Outre son nom de Quirinus (le Sabin}, plusieurs indices montrent que Janus était chez les Sabins un dieu indigène. II a pour épouse Camasme ;Serv., Æn., tui, 330,., nom qui nous reporte aux Gamines, divinités sabincs. Janus était le seul dieu qu'on reconnaissait n'avoir point d'analogue parmi les divinités de la Grèce; il était célébré dans les chants des Saliens (Lpd. de Mens., iv, 2), que nous verrons être d’institution Sabine. (Yoy. chap. xn.) On donnait au Tibre le dieu Sabin pour père parce qu’il vient de la Sabine.

9 Macrob., Sa/., t, 9.

5 Ov., Fast-, i, 139; Procop., Bell, golh., i, 25. C'est probablement pour la même raison que le premier cadran tolaire fut établi à Rome près du tcinplc de Janus Quirinus sur le mont Sabin, le Quirinal par Papirius Cursor,dont le père avait voué ce temple que lui-même dédia. (PI., Hist. H al-, vu, 00.)

4 Bellorum potentem. (Macrob., Sal., i, 9.)

SABINS ET ÉTRUSQUES A ROME AVANT HOMULUS. 24ô tes de la guerre, parce que son culte devenait inutile, et pour empêcher la guerre de sortir

De même les portes du temple de la déesse Horta ou Hora, épouse de Quirinus, étaient toujours ouvertes, parce que cette divinité était favorable aux combats. Par contre, on ne pouvait déclarer la guerre quand le Mundus était ouvert; car alors les puissances infernales et funestes étaient déchaînées.

La' vaillance des Sabins, leur passion pour les combats, étaient célèbres, cl l’austérité * de leurs mœurs si grande, qu elle a pu faire supposer qu'ils descendaient des Spartiates; leur caractère était ferme et sombre.

Que les Sabins fussent un peuple rude, on le comprend en voyant de Rome leurs montagnes escarpées et nues, dont la physionomie est rendue encore plus sévère par l'aspect gracieux des monts latins d’Albano et de Frascati, que couvre en grande partie une riche végétation, indice d'un sol fécond.

Cependant les Sabins guerriers étaient aussi agricul-

I C'est ce que Virgile exprime dans ces beaux vers .

Fnror ünpius intus

Sseva seden* super arma, et ccnlum vinct*f> aliæim l‘o»t terguin nod «, frémit borridus ore ernento.

II faut dégager celle idée primitive de Janus Quirinus, le soleil armé de l’idée qu’on se forma postérieurement du dieu sabln comme du principe suprême des chose-, de dieu des dieux, tantôt lui attribuant la création du monde, tantôt l’assimilant au ciel ou au chaos.

* Quo genere nullum quondam incorruplius fuit. (Tit. Liv. , i, 18.)

leurs, comme les Latins, surtout agriculteurs, étaient aussi guerriers. Janus, tout guerrier qu'il était, passait pour avoir, instruit par Saturne, enseigné l'agriculture aux hommes*. Cela prouve que les Sabins n'étaient pas étrangers à l'agriculture; mais il n’en est pas moins certain que le caractère dominant de leur dieu national, Janus Quirinus, fut, comme celui de leur race, un caractère belliqueux *.

(Juand Hésiode opposait à Latinos Agrios lie farouche), peut-être avait-il une notion vague du caractère des Sabins, dont le nom n’était pas arrivé jusqu’à lui5.

1 Muer., Sat., i, 7. Le père mystique de la race Sabine, Pater sabinus, est appelé dans Virgile Yitisator, celui qui plante la vigne. (Æn., mi, 179.) 11 a une faux pour l’émonder, de même que Saturne, avec lequel il a pu être confondu. Les Sabins cultivèrent la vigne, comme les Latins, mais leur vin parait avoir été médiocre. Horace invite Mécène à venir boire son méchant vin de la Sabine, vile sabinuni. Cejiendant le vin de Nomenlum avait quelque réputation. (Colum., m, 3.)

* Lorsque les Latins cl les Sabins sc lurent fondus en un seul peuple, le peuple romain, l’on confondit l’ancien dieu latin, Saturne, et l'ancien dieu sabin, Janus. On mit la tête de Janus sur les as en regard du vaisseau de Saturne, d’où l’expression les têtes ou le vaisseau (capita aul navia), nous disons pile ou face. Ou racontait même que Janus exilé était venu à Ilome sur un vaisseau (Serv., vin. 357), comme Saturne ou Évandrc. On attribuait à Janus l’honneur d’avoir civilisé les hommes par l’agriculture, comme avait fait Saturne. Macr., Sat., i, 7.) Évidemment les Sabins, voulant faire de leur dieu Janus un rival du dieu latin Saturne, empruntèrent à celui-ci ce qu’ils donnaient à celui-là.

5 Hésiode Théogon (v, llü-1), ou l'auteur, quel qu'il soit de ces vers,

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