‹ L'histoire romaine à RomeChapitre 29 sur 90 · SABINS ET ÉTRESQUES A ROME A V A S T ROMULUS · texte numérisé non relu

SABINS ET ÉTRESQUES A ROME A V A S T ROMULUS

Tout près du Terentuin, un nutre autel fut trouvé également sons terre au temps de Romulus; c'était l'autel du dieu Consus, que l'on recouvrait ordinairement de terre, et qui ne paraissait que dans les jeux appelés Consualia. Consus était une puissance souterraine, un dieu stérile', infernal, et, en sa qualité de dieu souterrain, un dieu eaché (absconsus, consus*), un dieu absconse, comme aurait dit Rabelais.

Consus était un dieu sabin; son nom5 et son culte le prouvent.

Mais ce qui établit une analogie frappante entre l'autel du dieu Consus et celui des divinités infernales du Terenlum sabin, c’est que l'un et l'autre paraissent appartenir à un culte oublié dès le temps de Romulus et retrouvé alors sous terre, comme on re-

1 C’est pour cela que le mulet, animal stérile, était consacré à Consus. Le jour de sa fête (Plut., Q. Hum., 48) on mettait des couronnes do fleurs aux ânes et aux chevaux, comme on les pare de ru* bans le jour de la fête de saint Antoine, protecteur des animaux, Les mulets figuraient seuls dans les courses célébrées en l’honneur de Consus. Ces mulets ont pu donner lieu à la confusion qui s’est établie entre les dieux Consus et Neptune équestre. (Voy. chap. xx.)

a On a donné une autre étymologie au nom du dieu Consus. On en a fait le dieu des conseils secrets. Mais il est bien antérieur à l’Âge de la politique romaine.

3 11 se retrouve dans des noms de lieux sabclliques : Coma, aujour d’hui Consa chez les Hirpins; Consilinum en Lucanie. C’étaient les Vestales et le flaraen Quirinalis qui officiaient le jour de sa fête. Cousus était associé à Bellone, déesse sabine. (Voy. chap. un.)

L’H ISTOIUE ROMAINE A ROME.

trouve encore aujourd'hui, sous terre également, les antres consacres a un culte beaucoup moins ancien, celui de Millira1; comme on vient de déterrer la basilique de Saint-Étienne, de l'âge des catacombes; comme on déterre en ce moment la basilique de Saint- Clément, du quatrième siècle, sou-; l’église du moyen âge.

Cette exhumation de deux autels souterrains J qui semblent tous deux avoir été consacrés par une même religion, dont l’un est visiblement sabin et dont l’autre a bien l’air de l ôtre; celte exhumation de l’autel du Terentum au bord du Tibre et de l’autel de Cousus tout près de là, dans la vallée de l’Avcntin, parait indiquer en ce quartier un établissement sabin fort ancien, car la découverte du second autel est antérieure à l’établissement du grand cirque.

Lorsqu’on découvrit le premier, la terre s’était entassée au-dessus à une hauteur de vingt pieds, ce qui suppose un laps de temps considérable, premier exemple de cet amoncellement 4p terrain dont il y a eu depuis tant d’exemples à Home.

Il faut donc voir là le signe d’un antique établisse-

1 M. Visconti, qui poursuit avec succès ses fouilles d’Ostie, vient d’\ trouver un Mithrxiim.

* tin parle aussi d'un Hercule couché trouvé sous terre au delà du Tibre. (Prell., Ueg. d. Sladt . reg.} xtv.) Hercule est probablement ici pour le dieu sabin Sancus avec lequel il a été identifié. Ce serait encore une trace de l'antériorité des Sabins.

SABINS ET ÉTRUSQUES A ROME AVANT ROMULUS. 235 menl des Snbins vers la partie inférieure du lleuve. On doit croire que l’Aventin était en partie compris dans cet établissement; car le dieu (lonsus avait un autel sur l’Aventin1, comme au pied de cette colline, sur l’Aventin, était aussi un temple dédié à la Lune, divinité sabiuc% il pouvait être antérieur à Komulus; car il était, dit Tacite3, consacré par une très-ancienne religion.

Cette antique possession de T Aventin par les Sabins' expliquerait pourquoi la tradition y plaça plus lard le tombeau du roi sabin Tatius, et pourquoi le roi sabin Numa y éleva un autel à Jupiter5.

Sur l’Aventin, les Sabins vivaient à côté des Pélasges comme sur le Palatin; car sur l’Aventin était la forteresse pélasge de Romuria. La tradition plaçait celle-ci sur la cime inférieure de la colline, celle qu'on appelle aujourd'hui le faux Aventin. Le reste de la colline pouvait appartenir aux Sabins, comme pouvait leur

' Conso in Avcntino... Calend. amitem. et capranic. (Voy. Becker. llandb. lier Rom. Alt., p. 450.)

* Ov., h'asl , ni, 88 4, la Lune est une des divinités auxquelles TV// dédia des autels. (Varr., De /. lot., v, 74.)

5 Tac., Ann., xv 41. Tacite attribue la fondation de ce temple à Servius Tullius.

4 L’origine véritable du nom de Y Aventin est le nom d'un fleuve «le la Sabine, Y Aven». (Serv., Æn.f vu, 057.)

5 Tit. Liv., i, ‘20. A Jupiter Eliciiu dont le culte était lié à l'art d’attirer et de diriger la foudre, art étrusque importé à Borne comme plusieurs autres choses de l Klrurie par les Sabins. (Voyez cbap. xii et xiv )

appartenir tout ce qui sur le Palatin était en dehors de la forteresse des Pélasges.

Et, de même que sur le mont Janicule, occupé en commun par les Sabins et les Pélasges, il y eut une ville ou forteresse à nom pélasge, Antipolis, et une ville ou forteresse à nom sabin, Janiculum; sur le Palatin, occupée aussi en commun par les Sabins et les Pélasges, la forteresse de ceux-ci eut un nom pélasge, Borna, et un nom sabin, Valentia'.

Les écrivains anciens1 * * * 5 disent que le nom de Valcnlia, qui a un sens très-semblable à celui de Borna, était latin, qu'il avait été donné à Home avant l'arrivée des Pélasges, et fut traduit par eux dans leur langue.

Mais si Valentia est un nom sabin, et si les Sabins sont venus avec les Pélasges, il est, ce inc semble, vraisemblable que l’un des noms n'est pas plus ancien que l’autre.

1 Je dis Sabiu et non Latin parce que les Aborigènes, établis sur le

Palatin avec leurs alliés les Pélasges, venaient de la Sabine et doivent être considérés comme Sabins. Ce qui le confirme, c'est que la déesse

Valentia était honorée d'un culte local (Tert., Apol., 24) dans une ville dont le nom lui-même était sabin, Ocriculum (Otricoli), A'Ocris en sabin, montagne , et qui était dans l’Ombrie, patrie originaire du peuple sabin. De plus, la racine du mot Yalcnih sc retrouve dans

fa/erius, nom sabin, et Valent est un prénom usité dans les familles sabines. Je citerai Valens Aburnus, jurisconsulte sabin, et un Valons Aurelius Sabinus, dont le nom (Àusil ou Auril, en sabin soleil), et le surnom Sabinus, indiquent l'extraction sabine.

* Solin, i, 1 ; Serv., Æn., i, 272; Fes».. p. 20<>-D

SA lil N S ET ETRUSQUES A HOME AVANT KOMULUS. -J7.7

On sait que Home avait un nom mystérieux qu'il était défendu de révéler. Pour l’avoir osé faire, Valerius Soranus fut mis à mort (Juel pouvait être ce nom mystérieux que l'on cachait avec soin et que ceux qui le connaissaient ne devaient pas prononcer? Je pense que ce nom était Valentin.

Valentia, déesse sabinc, fut probablement pour les Sabins la déesse Eponyme et protectrice de l'Oppidum que les Pélasges, leurs alliés et leurs voisins sur le Palatin, appelaient lîomn.

Pourquoi faisait-on un mystère de ce nom Valentia ?

Plusieurs exemples démontrent que les anciens cachaient les noms des divinités protectrices de leurs villes pour qu'on ne pût, par des évocations religieuses, contraindre ces divinités à en sortir. Au pied du Palatin, et précisément au-dessous du lieu où fut la Home carrée, est un autel qui porte une inscription où se trouvent ces mots : Sei deo, sei deivx , soit à un dieu, soit à une déesse*. On peut penser que cet autel, qui est du septième siècle de la République1 * * * 5, en remplaçait un autre plus ancien, dédié à la déesse Éponyme

1 PL, Hist. rial., ni, 0, 11.

* Sur un bouclier consacré dans le temple de Jupiter au Capitole, on lisait ces mots : « Genio urbia Roms sive mas, sive femina. »

(Serv., Æn.. ii, 351.) Cette formule désignait une divinité locale e tutélaire. Sive Deo, sive Deæ in eujus tutela bic lucus locusvc est. (Marini frat. an.*, tab. xsxii, col. 2.)

s L'autel a été restitué par Sexlius Cal vi nus. fondateur de la colo-

nie d A<|uæ Sexlie, Aix en Provence.

et tutélaire de Valentia, dont ceux qui le connaissaient ne devaient pas trahir le mystère par la raison que j’ai énoncée plus haut, pour empêcher les ennemis de forcer par des conjurations1 la divinité qui protégeait la ville de l’abandonner*.

Ainsi, sur le Janicule, au pied de l’Aventin, sur le Palatin, les Sabins sont pour moi établis avant l'âge de Romulus. On en peut dire autant du mont Capitolin; car, lors de la guerre entre Romulus et Tatius, nous trouverons les Sabins en possession du Capitole et le défendant contre les Romains.

La possession du Capitole entraîne presque inévitablement celle du (juirinal, qui, jusqu’à Trajan, en était une dépendance; du Quiriual, dont le nom veut dire le mont Subin, et sur lequel Niebuhr plaçait une ville sabine qu’il appelait Quirium s.

' Selon Macrobe (m, 9) le mystère qu’on faisait du nom de Rome avait pour but d’empéchcr qu’on put évoquer la divinité qui la protégeait. Macrobe donne la formule par laquelle on somma le dieu ou la (Messe qui protégeait Carthage d’en sortir.

a Macrobe (Sat. m, 9) dit, sans en donner aucune preuve, que ce nom de Home qu’il ne fallait pas prononcer était relui de la déesse Ops Consivio. Si je pouvais douler que ce fut celui de Valentia, je croirais plutôt que la déesse tutélaire, au nom mystérieux, aurait été Palès, qui était quelquefois invoquée comme utt dieu, que par conséquent on pouvait dire mâle et femelle. Palès eût été dans cette hypothèse le génie éponyme, non de la Roma pélasge, mais du Pal atium sabin.

s L'établissement des Sabins sur le Quirinal n’est pas douteux ; la seule question est de savoir s’il a précédé l’établissement de Romulus

SABINS ET ËTRl’SQl ES A HOME AV ANT KOMl'LUS. iVJ

Les Sabins oui donc été à Home avant Homnlus.

Ce fait sera rendu encore plus vraisemblable si nous pouvons montrer dans celle époque reculée le pays des Sabins s'étendant jusqu'à Home.

Pour cela, il faut parler de celte nation sabine destinée à jouer dans l'histoire du peuple romain un rôle dont on n’a pas saisi l’importance; il faut constater l'extension primitive du pays des Sabins, et dire un mot de la grande famille de peuples italiotes dont ils faisaient partie et qu’on appelle les peuples sabclliques.

beux peuples de même famille, mais de races distinctes, ont été appelés à constituer par leur mélange le peuple romain, les Latins et les Sabins. Avant de se fondre en un seul corps de nation, ils ont été séparés et même ennemis. Considérons-les dans leur double

sur le Palatin. On pourrait croire que c’est le renfort de Sabins amené de Cures par Tatius qui l a fondé. En effet, Tatius fonde plusieurs sanctuaires sur le Quirinal; mais ou ne lui rapporte pas l'origine du Capitole sabin, lequel était aussi sur le Quirinal et s'appelait le vieux Capitole : il était donc antérieur à Tatius. I.e Quirinal figure déjà dans la légende de l'apotliéose de Romuhis devenu le dieu sabin Quiriuus. D'ailleurs il n’est pas vraisemblable que les Sabins aient occupé trèsanciennement le Palatin, l'Aventin, le Capitole et sur la rive droite ■ du Tibre, le Janicule; tandis qu’ils auraient été exclus du Quirinal, quand celui-ci était sur le chemin par où ils devaient naturellement passer, en suivant la voie Salaria qui conduisait dans leur pays, qui aboutit au Quirinal, et dont on leur attribuait l’origine. Elle s’appelait Salaria, disait-on, parce que c’est par elle que les Sabins apportaient le sel des bords de la mer.

2iO L HISTOIRE ROMAINE A HOME.

berceau, qui est le berceau même de la nationalité

romaine.

Si, de l'un des points qui domine la campagne de Home, du Monte-Mario, par exemple, vous contemplez le magnifique panorama qui vous environne, vous voyez d'un côté des montagnes abruptes qui se rattachent aux Apennins, de l’autre une plaine qui s'étend jusqu’à la mer. Ces deux aspects bien tranchés indiquent la situation respective et correspondent au caractère si marqué des deux peuples que je viens de nommer : la montagne, c'est la Sabine guerrière; la plaine, c’est le Latium agricole. L'histoire de l'horizon romain, c’est l'histoire des Sabins; l'histoire des Latins est l’histoire de la plaine.

Le groupe volcanique et isolé des monts albains a lait partie du Latium. 11 est séparé des montagnes calcaires de la Sabine par l’ethnographie comme par la géologie

En remontant à l'époque la plus ancienne dont la tradition ait gardé le souvenir, on voit la montagne et la plaine également occupées par les sauvages habillants de la forêt primitive V

1 St ration dit des Albains quils parlaient la même langue que les Humains et qu'ils étaient Latins, (v, 3, 4.)

* Virgile les place sur les montagnes.

bispeisuin inontihus altis.

Æn., vin, 321.

Les sauvage? sont la ou e>l la forêt primitive, et la forêt couvre les

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