M.VII
L’histoire semble parfois l'oublier aussi ; mais on est forcé de se le rappeler en présence de ses portraits, dans lesquels, quand la flatterie ne les a pas trop idéalisés, on retrouve toujours un air méchant et faux : l’air méchant d'Octave, l’air faux d’Auguste.
Des nombreux édilices d’Agrippa,leplus célèbre et le seul conservé est le Panthéon, dédié à Auguste par une adulation dont son affectation de modestie repoussa l'hommage excessif. La rude expression du visage d’Agrippa clonne chez ce serviteur éminent d’Auguste, qui eut toujours tant de soin de lui complaire en s’effaçant devant lui ; mais peut-être cet air était-il pris à dessein et ne fut-il qu'une habileté de plus.
A Rome, le despotisme porta rapidement ses fruits naturels. Après Auguste vint Tibère , après Tibère, Caligula.
Tibère continua Auguste. Ce lut la même publique avec un caractère plus sombre, et celte différence qu’Augnsle fut cruel au commencement et Tibère à la lin. Auguste, qui affectait pour sa demeure comme pour ses vêtements, la modestie et la simplicité, était allé habiter, dans une partie assez retirée du Palatin, la maison de l'orateur Hortensius. Tibère se logea tout près, plus à l’ouest. On ne parle pas de la magnificence de cette demeure.
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et je doute qu’elle ait été grande. Tibère vécut loin de Rome, d'où sa figure est absente. Il y bâtit peu. Le camp des prétoriens, dont l’enceinte et les baraques subsistent, fut construit par Séjan dans l’absence de Tibère et peut-être contre lui.
Après le despotisme prudent d’Auguste et de Tibère vient le despotisme désordonné de Caligula. Ses traits sont beaux, mais sa physionomie dure et cruelle. Il jette un regard farouche sur le monde. Le coin nord-ouest du Palatin, où étaient les maisons des principaux citoyens, à la fin de la république, fut envahi par le palais de Cnligula. Le pouvoir absolu, qui s’était déguisé jusque-là, se montrait maintenant la face découverte; de là un pont insensé, jeté obliquement sur le Forum, fut rejoindre le Capitole, pour que le dieu Caligula pût aller commodément converser avec son collègue Jupiter; ce pont touchait le temple de Castor et Pollux , entre les images desquels l’empereur fou allait fraternellement s’asseoir.
Claude, homme bizarre, humain et cruel tour à tour, éloquent et stupide, qui savait à fond l’histoire étrusque et ne savait pas ce que faisait Messaline: qui se plaisait au spectacle de la torture et abolit les sacrifices humains en Gaule; qui s'emportait contre les gladiateurs lorsqu'ils refusaient de
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mourir, et le premier lit une loi pour proléger les esclaves contre leurs maîtres ; Claude passe tout simplement pour un imbécile. Il est impossible d’être de cel avis en voyant sa figure, qui ne manque ni d’élévation, ni d’intelligence. L’abjection où l’on maintint sa jeunesse déprava une nature grossière, mais douée à certains égards. Quelquesuns de ses bustes expriment une profonde tristesse, comme s’il sentait douloureusement sa dégradation. Ces bustes m'ont forcé de faire une étude nouvelle sur cet homme singulier.
Les travaux utiles accomplis par Claude m’avertissaient aussi, malgré ses abtences, de ne pas le prendre pour un idiot; car un idiot eût été l'auteur des deux plus grands ouvrages de l’empire : le port d’Ostie et l’émissaire du lac Fucin, que l’on travaille aujourd’hui à rétablir.
Le jardin des Passionnisles sur le Cælius, d’où l’on a une si admirable vue, est planté sur l’cmpla cernent d’un temple élevé à Claude par Agrippine. Ce temple était plus vaste qu’aucun de ceux qu’on avait élevés jusqu’alors. Ce n’était pas, delà part d’Agrippine, faire trop pour un mari qu’elle avait fait dieu.
En ce qui concerne Claude, l’histoire monumentale rectifie ou du moins complète l’histoire écrite ;
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quant à Néron, cos deux histoires se confirment l’une l’autre admirablement : ses portraits ressemblent à son caractère, dont le fond était la vanité d'un artiste manqué. Ces portraits sont de deux sortes : dans les uns, Néron a l’air béat d’un acteur applaudi; dans les autres, l’air féroce d’un auteur sifflé; il est aussi représenté en Apollon, idéal de l'apothéose qu'il rêvait.
Son seul monument est le palais des Mille et une nuits qu’il construisit pour son usage. La Maison dorée, comme un sérail d’Asie, renfermait des palais, des étangs, des forêts, bile commençait sur le Palatin, à côté de la modeste maison d’Auguste; le despotisme dissimulé de celui-ci avait fait place à un despotisme tout oriental, sans mesure comme sans pudeur ; à celte maison de peu d’étendue dont les colonnes étaient formées d'une pierre grisâtre, touchait la Maison dorée, dont le nom indique la splendeur, et qui couvrait un tiers de la ville.
Après Néron passent Galba, Olhon et Vilcllius, leur histoire est courte comme le fut leur puissance; heureusement leurs portraits sont là pour les faire bien connaître.
L'énergie et la cruauté de Galba se retrouvent dans la dureté de ses traits.
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ütlion est beau ; sa beauté, qui commença sa fortune, se fait voir dans les portraits de l’ami de Néron et de l'amant de Poppée.
Vitellius est gras, mais il ne faut pas voir en lui seulement le goinfre inoffensif; un buste souvent reproduit, admirable d’exécution, mais qui peutêtre appartient à la renaissance, a fait prévaloir sa réputation de sensualité sur le renom de cruauté qu'il méritait aussi bien cl que d’autres portraits lui restituent.
Ces trois empereurs n’ont point laissé de monuments; cela même est un monument de la brièveté de leur empire.
Le Forum, dont la vue évoquait de si beaux souvenirs, est hanté dès lors par de hideuses mémoires : le meurtre cruel du cruel Galba, le meurtre ignoble de l'ignoble Vitellius.
Une famille de parvenus sabins, les Flaviens, relève d’abord l’âme attristée et comme humiliée par le spectacle de ces misérables empereurs que la soldatesque proclame et que la populace égorge.
Jamais physionomie n’exprima mieux que la physionomie matoise de Vespasien la nature d’un personnage historique ;Vespasien, habile, prosaïque, ironique, qui savait administrer et mépriser les hommes. Celui qui en mourant se moquait de sa
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propre divinité, a eu les honneurs d un temple en