‹ L'histoire romaine à RomeChapitre 10 sur 90 · partie conservé · texte numérisé non relu

partie conservé

Némésis, qui a passé son niveau sur tant de monuments consacrés par l’adulation, semble avoirélé désarmée par ce railleur de sa propre apothéose.

Titus, dont les commencements furent mauvais, dont le règne fut court et insignifiant, a dans l’histoire une réputation au moins très-exagérée de beauté et de suprême bonté ; se« portraits les moins idéalisés, sut tout sa statue du Vatican, par la vulgarité de sa personne et l’expression plus narquoise qu'élevée de ses traits, démentent cette double erreur.

Domiticn fut peut-être le plus pervers des empereurs; car, comme ses portraits l’attestent et comme le ferait supposer son attachement au culte de la déesse de la Sagesse, à laquelle il dédia son forum, il était intelligent. Un équitable mensonge a fait donner à ce forum où la ligure de Minerve se voit encore, le nom du sage Nerva qui, dans un règne trop court, ne put avoir que le temps de l’achever.

La plus grande ruine de Home est 'celle de cet amphithéâtre auquel travaillèrent les trois Flaviens, qui porta toujours leur nom dans l'antiquité et s’est appelé, depuis les bas temps seulement, le Colisée.

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lui

Cet amphithéâtre et les thermes de Titus nous révèlent toute In politique de celle famille habile. La mémoire de Néron, encore chère à la multitude, qui aime si facilement les tyrans, importunait les Flaviens ; ils voulurent en finir avec cette mémoire. Le Colisée fit disparaître les célèbres étangs de Néron, les thermes de Titus s’élevèrent sur un de ses palais, et on se hâta d’enfouir dans les chambres de ce palais, comblées de décombres et dont on ne se flonna pas même le temps de retirer les objets les plus précieux, le souvenir et la popularité de Néron.

Nerva est le premier des bons et Trajan le premier des grands empereurs romains; après lui il yen eut deux autres, les deux Antonins. Trois sur soixante-dix, tel esta Rome le bilan des gloires morales de l’empire.

Cette fois, par exception, l’iconographie est trompeuse: la grandeur de l'àme de Trajan ne se reflète pas dans ses traits assez vulgaires, mais elle éclate dans les monuments de son règne comme dans les actes de sa vie. On peut reconstruire par la pensée, à l’aide des débris qui en restent, son forum et sa basilique. Quand on contemple la colonne de marbre encore intacte qui portait sa statue et s’élevait sur sa cendre, œuvre où

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tout est admirable, la matière, la construction, les bas-reliefs, on se réjouit que tant de magnificence, d'art et de goût, consacré à un souverain qui en était si digne, ail été conservé parla naïve dévotion du moyen âge, qui croyait que Dieu avait ressuscité Trajan à cause de ses vertus, afin qu’il eût le temps de se faire chrétien. Ici, ce que nous apprend l'histoire romaine est parfaitement d’accord avec ce que nous enseigne l’histoire de l’art et l’iiisloire des ruines.

Parce qu’Adricn a succédé à Trajan et parce que les Antonins ont succédé «à Adrien, il faut se. garder de le confondre avec lui et avec eux. Adrien fut un (Menante spirituel, mais un prince corrompu et méchant; les chefs-d’œuvre qui ont reproduit les traits d’Antinoüs, le nom de ce favori écrit en hiéroglyphes sur un obélisque à côté île celui de l'impératrice Sabine, proclament l impude r d'une honteuse passion affichée à la face du inonde. La bouche et le regard d’Adrien expriment, avec la finesse et la pénétration, la sécheresse et la dureté. Les restes du beau temple de Vénus et de Home, dont Adrien fut l’architecte, rappellent le meurtre d’Apollodore,misà mort pour punir une épigramme. Dans la villa Adrienne, ce produit et pour ainsi dire ce recueil de ses souve-

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nirs de voyage, apparaît vivement, parmi le# ombrages et les ruines, la maladie affreuse et vengeresse qui vin l l’y frapper et qui lui faisait désirer de mourir sans l'oser. Juste accomplissement de l’arrêt d’un vieillard qui, condamné par lui sans motif, avait demandé aux dieux de condamner Adrien à vouloir et à ne pouvoir mourir.

Son mausolée, lui-même un souvenir d’Orient, ce monument d’une grandeur inutile et le pont qu’il fit construire uniquement pour arriver ?» ce mausolée achèvent de peindre la vanité égoïste de son aine par la vanité colossale de son sépulcre.

On voit à côté des empereurs les portraits de leurs femmes, de leurs mères, de leurs sœurs, de leurs filles. Je préférerais, aux images de toutes ces impératrices et de toutes ces princesses, celle de la mère des Gracques, qui était dans le portique d’Octavie.

Cependant on s’arrête avec respect devant la première Agrippine, l’épouse de Germanicus, assise avecune si noblesimplicitéet dont le visage exprime si bien la fermeté virile. L’autre Agrippine, la mère de Néron , nous présente une beauté plus parfaite, beauté coupable qu’elle fil servir à son ambition pour séduire un vieil oncle et peut-être un fils. Poppée est bien la jolie idole que devait élc-

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ver puis briser un caprice de Néron. Julie, fille de Titus, laide et vainc, ne nous offre rien qui puisse excuser le caprice incestueux de Doniitien; de plus, elle a une affreuse coiffure, dont la bizarrerie disgracieuse avertit que le goût s’en va. Plauline, la femme, Marciane, la sœur, Malidie, la nièce de Trajan, ne sont guère mieux coiffées; elles ont l’air honnête et commun. Seule de la famille, Sabine respire la distinction et l’élégance : ce fut une personne lettrée qu’on accusa de trop aimer les gens de lettres.

Les épouses d'Anlonin et de Marc-Aurèle, bien que mariées à la philosophie, ne s’en montrèrent pas assez éprises dans la personne de. leurs époux. Antonin le sut et s'y résigna ; Marc-Aurèle l’ignora toujours. On \oil à Rome le temple d’Anlonin et de la première Fausline et leur apothéose. On y voit aussi celle de la seconde: elle était charmante; en regardant son portrait on conçoit les illusions de Marc-Aurèle sur une épouse qui abusa à son égard de la permission de tromper un mari.

Ces deux Antonins furent admirables; la vertu humaine ne saurait aller plus loin. Marc-Aurèle eut de plus le mérite d’ètre guerrier. Ses guerres contre les Germains sont retracées sur sa colonne par des bas-reliefs dont la perfection moins grande

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fait voir que depuis ceux de la colonne Irajane l’art a déjà décline.

La statue équestre de Marc-Aurèle, d’une majesté si douce, si paisible, dont le geste est un geste clément, fait plaisir à rencontrer sur le Capitole ; bien qu’en bronze, elle a été épargnée, au moyen âge, parce qu’on la croyait une statue de Constantin. Erreur honorable pour Constantin.

La bonté des trois règnes longs et presque consécutifs de Trajan, d’Anlonin et de Marc-Aurèle est la plus foudroyante condamnation du despotisme, car trois empereurs à peu près parfaits n’améliorèrent nullement l’empire romain. Ce qui est foncièrement mauvais le demeure toujours ; après Marc-Aurèle vint Commode : on n'avait rien gagné.

Commode ressemble par le visage à Marc-Aurèle, dont l’âme était si différente de la sienne. La réputation de Faustine avait besoin de cette preuve de la légitimité de son fils. Pour la seconde fois nous trouvons, par exception, l’application qu'on peut faire de l’iconographie à l’histoire en défaut: rien dans Commode n’annonce le fou sanguinaire; il a l’air d’un beau satisfait de lui-même et des autres. Je passe Pertinax, Didius Julianus et son règne d’un moment, les rivaux éphémères deSeplimeSé-

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