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Corhélie , leur mère , était fille du premier Scipion l'Africain , et lorsqu'ils étaient petits, ses deux enfans lui étaient si chers à cause de leur sagesse et de leur obéissance , qu'un jour elle répondit à une dame de Capoue , qui étalait devant elle avec complaisance toutes sortes de bijoux d'or enrichis de pierres précieuses, qu'elle ne voulait pas avoir d'autres bijoux que ses fils : mais vous allez voir combien de chagrin ces deux enfans causèrent à leur pauvre mère.
Lorsque les Gracques furent devenus grands , ils se montrèrent tous deux trèshabiles et très- courageux ^ et Tibérius ,
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plus âge de neuf ans que son frère , ayanl élé finit tribun du peuple , proposa aux comices une loi qui obligeait les riches à partager avec les pauvres les terres qu'ils possédaient au delà de cinq cents arpens, et le sénat à leur abandonner celles que Ton venait de conquérir récemment sur les ennemis delà république. Cette loi, proposée par Tibérius , fut nommée la xoi AGRAIRE , parce qu'elle avait les champs pour objet, et il ne faudra point oublier ce mot dont il est souvent question dans les* grandes histoires.
Mais ie sénat et les riches ne purent contenir leur indignation contre Graechus, et lui imposèrent même silence dans une occasion oo il demandait qu'on distribuât sur-le-champ aux plus indigens une partie des trésors considérables qu'un roi de Per- GAME, en Asie, nommé Attale, venait de laisser en héritage au peuple romain.
Alors Tibérius Gracchus , irrité d'une si criante injustice , assembla la foule autour de lui sur les degrés duCapitole, pour
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se pbiiiidre de la dureté des sénateurs , et engager les citoyens pauvres à leur arracher par la force ce que de sages repré»
sentations n'avaient pu obtenir; mais comme les deux {mrtis étaient prêts d'en venir aux mains , un de ses prc^res parens, nommé SciPion Nâsigà, qui était souverain pontife , monta précipitamment au temple ^ suivi d'une troupe de patriciens armés d'épées et de, bâtons, et ayant aperçu Gracchus à la tête d'une foule de peuple» le tua sur la place, ainsi que plusieurs de ceux qui l'accompagnaient.
Cette violence dispersa l'attroupement, et le corps de Tibérius, d'abord traîné à travers les rues, fat jeté dans le Tibre ^ comme belui d'un homme méchant etdan<gereux.
Cependant les plébéiens , qui s'étaient flattés que Tibérius leur aurait fait rendre une entière j ustice^ ne pouvaient pardonner sa mort à- ceux qui l'avaient tué ; Scipion Nasica, meurtrier d'un tribun , devint tellement odieux au peuple depuis ce mo
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ment, qu'il fut contraint de se retirer en Âs$ie , où il mourut peu de temps après^; et Scipion TAfricain lui-même, Je vainqueur de Carthage et de Numance , qui avait rendu de si grands services à la république , se fit détester pour n'avoir pas craint de dire ouvertement que Gracchus avait mérité son sort. A quelques jours de là on je trouva mort dans son lit, sans que Ton pût soupçonner qui avait pu commettre ce crime.
Caîus Gracchus, dans les premiers moraens , ressentit un vif chagrin de la mort de son frère , qu'il aimait tendrement ; ijftais hientôt sa douleur fit place à une soif insatiable de vengeance, et, résolu, de suivre son exemple, il sut se rendre si agréable à la multitude qu'on le fit tribun du peuple , comme Tibérius Tavait été.
Chaque jour il cherchait de nouvelles querelles au sénat : tantôt il lui demandait compte des trésors qu'avaient produits tant de conquêtes, tantôt il s'écriait qu'il ''•^^^it que le peuple s'en allât rétablir Car-
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ihage, puisqu'on le laissait mourir de faim à Rome.'
Tant que Gracchus conserva le tribunat , aucun Romain n'osa imicer Faudace de Scîpion Na^ica, en pcHrtant la main sur un magistrat populaire , dont la personne était inviolable et sacrée ; mais dès qu'il fut rentré dans la classe des simples citoyens, le sénat mit son existence à prix, en faisant publier que celui qui apporterait sa tête, recevrait, pour récompense, autant de livres d'or, que cette tête pèse»
rait de livres dans une balance.
À cette nouvelle, Caius, cédant aux instances de ses amis , consentit à' se soustraire , par la fuite , au sort qui le menaçait; il traveiisa précipitamment le pont de bois 9 autrefois défendu avec tant de valeur par Horatius Codés , et taudis que deux Romains nommés Pomponius et Lscufivs , qui lui étaient entièrement dévoués, combattaient jusqu'à la mort sur ce pont pour retarder la marche de ceux qui le poursuivaient , il cherchait un re-
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fage dans un petit bois voisin , consacré aux Furies, ces terribles divinités des enfers , dont il est question dans la Mythologie; mais à peine y éuit-il entré, que, voyant approcher les soldats que le sénat avait envoyés à sa poursuite , il ordonna à l'un de ses esclaves , nommé Philocrate, qui n'avait pas voulu Tabandonner, de le percer à Tinstant même de son épëe. Ce fidèle serviteur lui obéît, mais avec tant de douleur, que, pour ne pas survivre à son maitre , il se jeta luimême sur Tépée qui lui avait servi à commettre ce meurtre involontaire. Le même jour, trois mille de ses partisans furent égorgés par ordre des consuls.
Un homme, appelé Ssi»TiMùi.érus , ayant découv^tfe corps de GrÀ'cckus, lui coupa k têfe , et après ^n avoir tiré la cervelle , il y coula du plomb fondu, afin qu'elle pesât davatiti^è ; pufs il s'en fut la porter au bout d'une pique aux sénateurs , qui lui payèrent aussitdt la récompense promise, sans s'apercevoir de la supercherie.
L£S GBACQUBS. an
Ce fut ainsi , mes petits amis , que périrent, en peu d'années, les deux Gracques, abhorrés par le sénat comme des esprits factieux et turbulens, mais regrettés par le peuple comme de grands et généreux citoyens. Après leur mort , quelques Romains consacrèrent à leur mémoire des monumens , où un grand nombre d'bommes du peuple Tenaient chaque jour offrir des sacrifices; et Ton éleva publiquement, dans le Forum, à leur illusV^ mère, qui leur avait survécu , une statue, au bas de laquelle était tracée cette inscription remarquable :
CORIVÉUE, MÈAE DES GrACQUES.