SIXIÈME AOI SE ROME
Depuis l'an $76 jusqu'à Tan 53a avant J.-C«
En tous racontant tout à l'heure , mes bons amis, l'histoire du petit Servius qui avaitétë tu dans sonbereeau entouré d'une flamme , je tous ai dit que la mère de oet enfant était une des esciaTes de la reine Tanaquil; mais tous ne saTez peut-être pa»
ce que c'était qu'un esclaTe à Rome, et je Tais tâcher de tous l'expliquer.
Lorsque les Romains brûlaient ou dé* molissaient les Tilles de leurs ennemis, ainsi qu'ils l'aTaient fait d'AUbe et de plusieur»
SERVroS TULLIUS. 5g
aatrescitës latines, ilsemmenaient avec eux tous les hommes, les femmes et les enfans, qu'ils vendaient ensuite sur des marchés publics, comme à présent on vend des che- Taux et d'autres animaux ; ceux qui les acbetmienten faisaient leurs esclaTes, c'està-dire qu'ils poutaient exiger d'eux tout ce qu'ils roulaient pour leur service : ila avaient le droit de les battre , et quelquefois même de les tuer , sans que personne pût s'y opposer. Vous pouvez juger par là , mes enfans , combien ces pauvres gens étaient dignes de pitié , surtout lorsqu'ils tombaient qh partage à des maîtres durs et inhumains, car ils ne pouvaient jamais les quitter sans leur permission , et leur»
enfans , esclaves avant que de naître , étaient la propriété de ces maîtres impitoyables qui pouvaient en disposer selon leur caprice.
La mère du petit Servius était donc esckre dans la maison de Tarquin , où elle avait été amenée après la ruine des ville»
latines y mais la reine Tanaquil l'ayant
6o SERVIUS TtJUJUS.
prise en amitié, ainsi que son fils, lui rendit la liberté, et fit élever avec soin le jeune Servius, qui annonçait déjà de bonnes qualités : dans la suite, quand il fut devenu grand , et du consentement de Tarquin, elle lui donna pour femme sa fille ainée , de sorte que Servius se trouva le gendre du roi. Mais quoiqu'il eût pris alors le nom de TuUius , il conserva toujours , en souvenir de sa première condition , le surnom de Servius, qui signifiait en latin :
u né d'une esclave. y>
Tarquin-r Ancien , en mourant , avait laissé deux petits garçons qu'il confia à la garde de Servius; mais celui-ci, en sa qualité de gendre du roi , et secondé par la reine Tanaquil , qui le préférait à ses propres fils, écarta ses beaux-frères du trône , comme Tarquin lui-même avait éloigné les enfans d'Ancus Martius. Sans consulter le séna^, il assemble le peuple dans le Forum , présente à la multitude les deux fils de Tarquin , qu'il place sous la protection du peuple romain , en repré»
SERVÏUS TULLIUS. 6i
sentant qu'ils sont trop jeunes encore pour succéder à leur père , et se fait proclamer roi à leur place. Les sénateurs , malgré leur mécontentement , se soumirent à la volonté du peuple, et ils ne tardèrent pa»
à s'en féliciter.
Servius , devenu roi par son habileté , s'occupa beaucoup d^améliorer le sort du peuple de Rome, et agrandit considérablement cette Tille, en y comprenant deux nouvelles montagnes , Tune appelée le
MOKT VlMIlTAL, Ct l'aUtrC le MONT £SQUI-
Lin ^ où il se fit bâtir un superbe palais ; puis il fit environner les sept collines d'une muraille, qui conserva pendant longtemps le nom d'ENCEiNTE de Servius Tullius.
En même temps il battait les ennemis de Rome , et faisait marquer à son image la monnaie , qui , au lieu de la figure du roi, comme aujourd'hui, représentait alors l'image d'une brebis. Comme Servius n'avait point oublié qu'il était né dans l'esclavage, il voulut adoucir le sort des pauvres esclaves, en autorisant leurs maîtres à leur
niST. AOHAIHK. T. I. 5* F.n. A
6a SERVroS TULLIUS.
rendre la liberté, lorsqu'ik le jugeraient à propos, par une cérémonie fort simple : elle consistait , de la part du maître , à donner un petit soufflet à son esclave en présence d^un magistrat, et alors il cessait d'être en servitude , prenait le titre d^AF- FBAiTGHi , et pouvait être compté parmi les citoyens romains s'il acquérait assez de bien pour nourrir sa famille.
Par ce moyen , mes enfans , ce prince augmenta considérablement le nombre des habitans de Rome, et le bien qu'il fit dans cette ville le rendit extrêmement cher au peuple. Malheureusement , il trouva dans sa propre famille d'implacables ennemis qui causèrent sa perte ; et voici comment cela arriva. *— *^
Servius était père de deux filles , qu'il avait mariées à deux petits-fils de Tarquikil'Ancien ; l'un de ces princes , nommé Lucius Târquiit , était d'un caractère farouche ^ et TuLLU, l'une des filles du roi Servius , n'était pas moins méchante que lui. Par un hasard iacfaeax , Lucius
et Tallia n'étaient point mariés ensemble ; mais ils s'entendirent si bien , que Tallia empoisonna un jour son mari pour épouser Lucius , qui de son côté se défit aussi de sa femme par un moyen non moins affreux, se montrant ainsi, par leur scélératesse, dignes d'être associés Tun à l'autre.
A quelque temps de là , Lucius Tarquin déclara tout à coup qu'il prétendait réclamer la couronne de Seryius , parce qu^elle avait appartenu autrefois à son aïeul Tarqnin-l'Âncien ; et s'élançant sur le trône du roi, il voulut le forcer d'en descendre \ mais Tarquin , qui était plus jeune et plus robuste , ayant jeté son beau-père du haut en bas du trône , le blessa grièvement, et achevant son attentat, le fit à l'instant précipiter par une fenêtre du palais.
Le malheureux roi fut donc laissé tout couvert de sang et horriblement meurtri sur le pavé, où il expira sans que personne osât le relever ni le secourir , de
peur de s'attirer la colère du cruel Tar^ quin.
Le corps sanglant du roi Servius était encore étendu dans la rue , lorsque sa fille Tullia passa par cette même rue dans sa voiture , pour se rendre au palais , où elle savait que son mari Tattendait. Le cocher, qui aperçut le cadavre du roi ainsi abandonné, voulut détourner ses chevaux et rebrousser chemin ; mais Tinfâme TuUia lui ordonna de passer outre.
Une action si horrible ne demeura pas impunie ^ et Dieu maudit cette femme cruelle, ainsi que son mari, dont elle avait partagé le parricide.