L'histoire romaine racontee aux enfants
D’importantes améliorations ont clé faites successivement à celte seconde partie de llllstoire Romaine: sans altérer le plan général de ce volume, dont les précédentes éditions avaient été si favorablement accueillies du public, nous nous sommes efforcé de compléter quelques périodes qui n’avaient point paru suffisamment développées ; de lier par des transitions mieux senties plusieurs parties de nos récits, et enfin de présenter quelques faits sous des points de vue plus approprié h l’intelligengc de nos jeunes lecteurs.
Considérée sous le rapport de renseignement, la période qu’embrasse ce petit ouvrage nous a paru digne d’une attention particulière ; la naissance et les progrès du Christianisme coïnci-
dant en quelque sorte arec les sjTnplômes frappants de la décadence de l’empire ; l’introduction dans le monde romain de l’élément barbare, dont l’influence fut si marquée pendant toute la durée du moyen âg*e; les moeurs si nouvelles et à la fois si étrang*es des nations envabissantes; la décrépitude dont semble frappé tout ce qui reste encore des anciennes institutions de Rome, offrent à l’observation un des tableaux les plus imposants que puisse présenter l’histoire; et nous avons pensé que cet espace de cinq siècles, si féconds en événements, ne devait pas seulement être rais sous les yeux de la jeunesse, comme une sombre nomenclature de crimes et de désastres mais encore comme un g^rand drame dont une ère nouvelle doit être le dénouement.
A mesure que notre Cours d’histoire racontée s’est complété par des publications ou des réimpressions successi-
Tes, notre vocabulaire s’est accru; nous avons pu nous appuyer sur des études précédentes ; notre style à grandi avec les auditeurs auxquels nous nous adressons : une morale plus élevée, des considérations plus étendues , nous ont permis de mieux caractériser les faits, et quoique parlant encore le lang*ag:e simple et précis qui convient à des enfants, nous avons eu soin de mettre à profit, pour leur instruction, la masse d’idées et de connaissance qu’ils ont pu acquérir par les lectures de leurs premières années.
Cette méthode graduée, qui place ainsi toutes les études à la jeunesse, en suivant la marche progressive de son intelligence, a produit de trop heureux résultats entre les mains des professeurs éclairés, au premier rang desquels nous nous plaisons à proclamer M. Lévi, pour que son utilité puisse aujourd’hui être révoquée en doute. Grâce à l’habile direction que ce savant pro-
fesseur sait donner à son enseignement, aucune des moindres circonstances d’un fait n’échappe aux plus jeunes esprits, et ce n’est pas sans surprise que chacun peut entendre, dans ses cours, des enfants de huit à douze ans discuter une question d’histoire, souvent fort compliquée, non plus par le travail mécanique de la mémoire, mais par l’exercice bien assuré du raisonnement.
Un puissant encouragement avait manqué jusqu’à ce jour aux efforts que nous avons faits depuis plusieurs années, pour concourir, nous aussi, aux progrès marqués de l’enseignement historique ; cet encouragement ne nous manquera pas désormais; le Conseil royal de l’Instruction publique, en accordant son autorisation aux plus récentes éditions de cet ouvrage, nous a permis d’espérer que nos travaux n’étaient pas sans avenir , puisqu’ils ont été jugés dignes de sou attention.
MCONTÉE AUX ENFANTS
L’an 9 de l’ère chrélienneV;.
A présent, mes petits amis, que vous connaissez rilistoirc de la république romaine, a laquelle Auguste mit fin en prenant le titre d’empereur, je vais vous raconter ce que devint, sous les successeurs de ce prince, cette vaste puissance que l’on ne désigna plus que par le nom d’ËMPiRE Romain.
Si vous avez sous les yeux une carte géographique qui représente le Monde connu des ANCIENS, rien ne vous sera plus facile que de reconnaître quels pays faisaient alors partie de ce grand empire, et de cette manière, lorsq’on vous les nommera, vous pourrez aisément vous rappeler la situation qu’ils occupent sur la carte.
Parmi le diverses contrées où les Romains, aux différentes époques de leur histoire, avaient porté la guerre avec tant de gloire, vous n’avez
point oublié sans doule qu’après avoir conquis l’ilalic sur les peuples qui Toccupaient avant eux, ce fut en Sicile d’abord puis en Espagne, puis enfin en Afrique, qu’ils comballirenl les Carthaginois-, la Macédoine, dont le roi Persée eut un si triste sort; la Grèce, où ils renversèrent la ligue Achéenne; la Judée, où vous savez qu'ils placèrent Ilérode sur le trône de David, avaient été réduites en provinces; file de Bretagne, où Jules-César débarqua le premier ; la Gaule, que ce grand capitaine soumit presque entièrement , n’avaient point non plus échappé à leur puissance ; enfin leur domination s’étendait en Asie sur la Syrie , le Pont, la BiUiynie, le royaume de Pergamc, et les autres Étals formés des débris de l’empire des Séleucides, tandis que l’Égypte elle-ineine, où la fière Cléopâtre régna la dernière, subissait la loi d’un proconsul de Rome.
Cependant, quelque vaste que fût cette puissance, il y avait encore en Éurope et en Asie des contrées où les armées romaines n’avaient point pénétré, et qui étaient habitées par des peuples sauvages et guerriers, auxquel les Romains donnaient indistinctement le nom de Barbares. Ces nations , qui s’étendaient vers l’orient et le nord de ces deux parties du monde, vivaient pour la plupart du produit de leur chasse ou de la chair de leurs troupeaux.
Telle était particulièrement la Germaime, séparée de la Gaule par un grand fleuve appelé
le Rhiw ; elle s’étendait vers l’orient de l’Europe, jusqu’à une autre rivière nommée la Vi- STULE, et se trouvait comprise du nord au midi entre l’Océan et les montagnes des Boïens peuple sauvage qui habitait le pays que l’on nomme aujourd’hui la Boéme. C’est dans ces montagnes que prend sa source le Danube , l’im des plus grands fleuves de l’Europe, autrefois franchi par Darius dans son expédition de Scy- Ihie, et auquel les anciens Grecs donnaient le nom d’Ister, près de son embouchure dans le Pont Euxin.
L’intérieur de la Germanie était couvert en grande partie par une immense forêt connue sous le nom d’HERCYwiEjiNE ou de Forêt Noire à cause de sa profondeur et de son étendue:
plusieurs fleuves remarquables traversent cette contrée, parmi lesquels on distinque le Wéser, I’Elbe et I’Oder, qui tous trois se jettent dans la mer du Nord.
Les peuples répandus autour de la Forêt Noire et sur les bords des fleuves que je viens do vous nommer, ne formaient point une seule et même nation, quoiqu’ils fussent connus sous la dénomination commune de Germains , qui , dans leur langue, signifiait « hommes de guerre )) mais ils se distinguaient entre eux en trois grandes races ou familles , divisées ensuite en un grand nombre de peuplades et de tribus.
Entre le Rhin et le Wéser on trouvait la race
des SiCAMBRES, nation puissante et belliqueuse, la première que les Romains eurent à combattre, et qui cinq siècles plus tard devint elleinôme conquérante et redoutable.
De l’autre côté du Wèser s’étendaient les Ché- RusQüES, les Cattes et les Marcomaws, tantôt alliés , tantôt ennemis irréconciliables du nom romain , peuples souvent flotlans qui occupèrent successivement diverses pai’ties de la Germanie.
Enfin une troisième race d’hommes , celle des SuÈvEs, était dispersée entre l’Elbe et la Tislulc, où l’on distinguait parmi eux les Vandales, les Burgondes et les Longobards que vous retrouverez plus tard dans cette histoire et dans d’autres.
. Les peuples germaniques avaient, dit-on, la même origine que les Teutons, que Marius vainquit autrefois en Italie, et ils parlaient un langage rude et guttural connu sous le nom de langue Tudesque ou Teltoxiqie ; il faudra vous souvenir, mes enfants, de l’origine de ces diverses nations barbares, dont la connaissance vous aidera beaucoup par la suite à comprendre les histoires que l’on vous apprendra.
Plusieurs de ces grand corps de troupes, qui, sous le nom de légions, formaient les armées de Rome, étaient constamment campés sur les bords du Rhin , pour empêcher les Germains de passer ce fleuve, et de pénétrer dans l’empire, et nous verrons plus tard que ce n’était
pas une précaution inutile, puisqiiè ces barbares devinrent, avec le temps , les maîtres du monde et les fondateurs de presque toutes les nations modernes.
César fut le premier Romain qui, franchissant le Rhin avec une armée, s’avança dans la Germanie : il remporta plusieurs victoires signalées sur les premières tribus qui se présentèrent devant lui, mais bientôt après, retournant sur ses pas, les Gaules et la Bretagne le virent successivement, avec tout l’ascendant que lui donnaient sa fortune et son génie, lutter glorieusement contre les barbares et les éléments conjurés.
Du temps de l’empereur Auguste, le général qui commandait les légions romaines sur les bords du Rhin, se nommait Varus ; c’était un homme d’un esprit borné et orgueilleux, mais insatiable de richesses , qu’il préférait à tout ce que les hommes bien nés estiment le plus.
Ce Varus, malgré son avidité, ne trouvait guère de trésors à amasser chez les Germains, peuple pauvre et sans luxe, mais il s’en dédommageait en faisant peser sur le peuplades les plus voisines de son camp, une servitude que ces hommes fiers et courageux supportaient avec impatience.
11 y avait alors en Germanie un jeune homme qui appartenait h l’une des principales familles du pays; il joignait à un grand courage une habilité peu commune pour la guerre ; Ar-
MiKius, c’était son nom , indigné de voir avec quelle dureté le général romain traitait ses coinpulrioles, résolut à la fois de venger son pays des maux que lui faisait endurer Varus, et de l’afiranctiir pour jamais du joug insupportable de Rome.
Pour y parvenir, il feignit d’étre l’ami de l’insatiable Varus, ét lui promettant la découverte de trésors cachés que lui seul prétendait connaitre, il l’attira avec ses légions dans une des vastes forêts dont la Germanie était alors couverte, et là, plusieurs tribus chérusques qu’Arminius avait rassemblées a dessein, étant tombées à lïmproviste sur les Romains, ces malheureux, surpris pendant une nuit obscure, périrent pour la plupart sans avoir pu faire usage de leurs armes.
Varus , comme Brutus après la bataille de Philippes, se perça lui-même de son épée, pour ne pas tomber vivant au pouvoir des ennemis et à peine s’il échappa quelques Romains pour porter sur les bords du Rliin la nouvelle d’un si grand désastre.
Alors, Arminius, abusant de sa victoire avec toute la férocité d’un barbare , monta sur un tribunal qu’il avait fait dresser tout exprès, au milieu du champ de bataille , et condamna à périr dans d’orribles supplices tous les Romains qui étaient tombés entre les mains de ses soldats ; trois légions entières furent ainsi exterminées par les ordres de cet homme cruel : a-
près quoi abandonnant cette terre arrosée de tant de sang , qu’il laissait toute couverte de débris d’armes et de corps morts, il défendit, sous les peines les plus sévères , qu’on leur donnât la sépulture.
Ce funeste événement, dont le théâtre est encore connu en Allemagne sous le nom de Boemerfeld , qui signifie « le champ des Romains, )) eut lieu quelques années avant la mort d’Auguste, et lorsque la nouvelle en fut connue à Rome, le plus grand effroi se répandit dans toute l’Italie : on eût dit, à voir la consternation publique, que les Germains avaient déjà franchi le Rhin et venaient ravager l’empire.
Il n’en fut pourtant point ainsi : Arminius , satisfait de cette sanglante victoire , ne porta pas plus loin ses armes triomphantes: mais la défaite de Varus apprit aux Germains que les soldats de Rome pouvaient être vaincus, et l’oii dit qu’ Auguste lui-même, affaibli par l’âge tomba dans une affliction profonde ; il se revêtit d’habits de deuil, et laissant croître sa barbe et ses cheveux, ce qui était le plus grand signe d’affliction que pût donner un Romain, il s’écriait souvent dans sa douleur: «Varus, rendsmoi mes légions ! »