LE SANGLIER
Depuis Tan 275 jusqu’à l’an 284 de l’ère chrétienne.
Il y avait déjà six mois que le trône était vacant -, le sénat et l’armée se renvoyaient mutuellement le choix d’un maître, et il ne se présentait encore personne pour occuper une place devenue si périlleuse, lorsqu’un sénateur appelé Tacite, parent de l’illustre écrivain de ce nom, dont je vous ai parlé dans riiistoire de Trajan , consentit enfin à se laisser porter à l’empire, et se dévoua pour la chose publique.
Le règne de ce prince, qui ne dura que deux
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cents jours, permettait déjà de concevoir d’heureuses espérances, lorsqu’il fut tué, comme la plupart de ses prédécesseurs, dans une révolte de soldats mécontents.
PROBüs,qui lui succéda presque aussitôt, grand homme de guerre, et plus encore homme de bien, rendit des services importants à l’empire en chassant des Gaules les Francs et les Bür- GONDES , autres barbares d’origine Suève , qui les avaient envahies, et prétendaient y former des établissements.
Il porta même la guerre de l’autre côté du Rhin, et fit construire une longue et forte muraille de pierre entre ce fleuve et le Danube, pour mettre un terme aux invasions continuelles des peuples germaniques, comme autrefois les empereurs Adrien et Seplime Sévère en avaient fait élever une dans l’île de Bretagne.
Je dois vous faire remarquer, mes petits amis, que Probus est surtout connu en France, où cet empereur, le premier fit di-on, planter des vignes qui forment aujourd’hui l’une des principales richesses de notre pays. Malheureusement, ce prince qui était trop sage pour tolérer la licence des soldats, ayant entrepris de rétablir parmi eux une discipline sévère , devint, comme Pertinax, leur victime, après un règne glorieux et prospère de six années , et l’empire échut à Carus préfét du prétoire, qui bientôt apr^s, appela ses deux fils, Carw et Nu- MÉiuEW à le partager avec lui.
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Ces deux princes, quoique frères, étaient tout aussi différents d’humeur et de caractère que Caracalla et Géta l’avaient été autrefois. Carin, entièrement adonné à la débauche, était en même temps le plus cruel des hommes ; Numérien, au contraire , se distinguait de tous les jeunes gens de son temps par sa douceur et son amour pour l’élude. Aussi les Romains craignaient-ils autant le règne du premier, qu’ils souhaitaient celui du second ; mais aucun des princes de celle famille ne devait conserver l’empire, ainsi que je vais vous le raconter.
Le préfet du prétoire de l’empereur Carus nommait Aper (ce qui en latin veut dire le saiir glier), et il avait peut-être reçu ce nom à cause de son humeur sombre et farouche. Cet ambitieux, parvenu à l’un des premiers postes de l’armée, n’était pas encore satisfait, et il avait conçu la pensée de faire périr Carus et ses fils pour se mettre à leur place.
Une nuit que Carus dormait au milieu de son camp , il s’éleva tout à coup un violent orage , pendant lequel le tennerre tomba sur la tente impériale, et la consuma entièrement. Le lendemain on ne retrouva plus aucune trace de l’empereur, et Aper répandit le bruit qu’il avait été écrasé par la foudre.
Le jeune Numérien, qui se trouvait alors à l'armée , ressentit une si vive douleur de la mort de son père, qu’il faillit devenir aveugle à force de pleurer : et Aper , feignant de lui
donner les soins que son état réclamait, le fit porter dans une litière fermée , au milieu dé ses troupes, ayant soin de prendre lui-même le commandement de l’escorte, sous prétexte de veiller à la sûreté du prince pendant sa maladie.
Mais le perfide ayant corrompu les valets du jeune empereur, le fit secrètement étrangler, et pour que personne ne soupçonnât ce crime , il continua à faire transporter le prince mort dans cette litière entourée de gardes, jusqu’à ce que l’odeur infecte qu’exhalait son ca* davre eût fait connaître que le malheureux Numérien n’existait plus depuis plusiers jours.
A celle découverte, tous les soupçons se tournèrent sur Aper ; peu s’en fallut que ce scélérat ne fût aussitôt mis en pièces par les soldats, et il n’eut que le temps de se réfugier auprès des drapeaux; qui étaient le seul asile qui lui restât; car ces hommes turbulents, malgré leur indiscipline, conservaient encore un respect estrême pour leurs enseignes militaires; mais comme Carin était détesté de tous, ils résolurent sans plus larder de se choisir un nouvel empereur.
11 y avait alors dans l’armée un ofllcier nommé iJiociéTiEif , qui, né de parents esclaves, s’était distingué par son courage dans plus de cent batailles. Lorsqu’il n’était encore que simple soldat, une Driidesse, sorte de prêtresse gauloise, qui prétendait connaître l’avenir, lui
avait prédit qu’il dcviendi'ait empereur, quakd