‹ L'histoire romaine racontee aux enfants (volume 2)Chapitre 28 sur 39 · LA REINE DE PALMYRE · texte numérisé non relu

LA REINE DE PALMYRE

Depuis l’an 267 jusqu’à l’an 275 de l’ère chrétienne.

Il n’y avait point eu d’empereur du nom de Claude depuis le faible époux d’Agrippine, dont vous n’avez point sans doute oublié l’histoire. Le prince auquel Gallien, avant de mourir, envoya les ornements impériaux en le désignant pour son successeur, prit le nom de Claude II lorsqu’il monta sur le trône, et il ne manqua à son règne qu’une plus longue durée pour être compté parmi les époques glorieuses de l’histoire romaine.

Claude II vainquit la nombreuse armée des Golhs, tandis qu’une effroyable tempête assaillant leur flotte dans le Bosphore de Thrace , la détruisait complètement, et peut-être fùt-il parvenu à rétablir la puissance romaine par sa sagesse et son courage, si une maladie ne l’eùt enlevé au milieu de ses succès, après un règne de deux années seulement.

Digilized by GoogI(

On le mit au rang des dieux, suivant l’usage de celle époque, et je dois vous faire remarquer, mes petits amis, que Claude II fut le grand-oncle du fameux Constantin, sm* lequel j’aurai bientôt beaucoup de choses à vous raconter. •

Dans ce lemps-là , la ville de Palmyre en Syrie, où régnait la fière et belle Zénobie, veuve d’Odenat, était une des plus puissantes cités du monde : on assure qu’elle avait été fondée autrefois sons le nom de Tadmor par lo roi Salomon , et qu’elle avait reçu plus tard celui de Palmyre, à cause des nombreux palmiers dont elle était entourée.

L’illustre Zénobie, qui était alors aussi célèbre par son mérite que par sa puissance ^ prétendait descendre de la fameuse Cléopâtre, dernière reine d'Egypte, dont vous connaissez riiisloire. Comme celte princesse, elle avait un goût passionné pour le faste et la magnificence, et ne jugeant pas que le titre de reine de Palmyre fût digne d’elle, elle prit celui d’impératrice d’Orient, et entreprit de chasser les Romains de l’Asie.

Quoique fort recherchée dans ses parures de femme , celte princesse aimait aussi à porter des ornements militaires ; elle se couvrait la tête d’un casque surmonté d’un riche diadème de pierreries, et se montrait à la tête de ses troupes vêtue d’une cotte' d’armes toute resplendissante d’or et de diamants. Comme un

gnerricr, clic parcourait à pied cl à cheval des (lislaiices considérables, afleclail toutes les manières des oiïiciers dont elle était accompagnée ^ et quoique pareilles habitudes dussent paraHre fort peu convenables chez une dame, on les excusait en elle à cause du courage et de l’habileté dont elle était douée pour la guerre et le gouvernement de son royaume.

Tandis que Claude II était occupé à comballrc les Gotlis, Zénobie s’élait emparée de l’Egypte , et lorsqu’elle apprit la mort de cet empereur, elle se hala d’arracher aux Romains de nouvelles provinces, et se lit même l’alliée des Perses, sur lesquels régnait alors un fils du farouche vainqueur de Yalérien.

Cependant le successeur de Claude II n’étail pas moins redoutable que ce prince; il se nommait AruéLic:s, et ne s’était élevé à l’empire que par scs talents et son extrême bravoure à la guerre : celui-ci, après avoir défait les Barbares en Germanie et sur le Danube , réunit une grande armée avec laquelle il marcha contre Zénobie , pour la punir de s’èlre déclarée l’ennemie de Rome.

H vainquit toutes les troupes que cette princesse envoya à sa rencontre, et prêt à former le siège de Palmyre, il écrivit à l’impératrice pour lui ordonner de se souméttre, et de lui livrer avec sa personne tous ses trésors , ses ])ierreries, ses armes et ses chameaux , promenant qu’à ce prix il ne lui serait fait aucun mal.

Zonobie, aveuglée par un fol orgueil, au lieu d’obéir sans résistance , répondit fièrement à l’empereur , qu’à l’exemple de Cléopâtre, elle aimait mieux mourir que de vivre dans resclavage; et sans plus tarder elle se prépara à défendre sa ville jusqu’à la dernière extrémité.

Les premiers assauts donnés par Aurélien furent sans succès, mais dès que pressés de toutes parts par un ennemi aussi formidable, les assiégés se virent réduits à la plus affreuse famine, ils résolurent de se mettre à la discrétion du vainqueur tandis que Zénobie, montée sur le plus léger de ses dromadaires, essayait de s’enfuir chez les Perses; mais les cavaliers romains, qui se mirent à sa poursuite, l’atteignirent bientôt après, et la ramenèrent devant Aurélien.

Ce prince, sans être cruel, poussait quelque fois la sévérité à l’extrême; il pardonna à Zénobie la révolte dont elle était l’auteur, mais il exigea d’elle le sacrifice de Loxciiv, son secrétaire , homme vertueux et savant , dont le seul crime était d’avoir écrit la réponse arrogante qu’elle avait faite à l’empereur. Longiii, dont il nous reste encore quelques ouvrages écrits en grec, périt ainsi victime de son dévouement, et ne méritait pas un pareil sort.

Quant à Zénobie, Aurélien la lit conduire à Rome avec ses enfants, et lui-même se mit promptement en marche pour ritalie, où l’attendaient les honneurs du triomphe^

Il 2*

Malheureusement pour la ville de Palinyre, il peine l’empereur l’eul-il quittée, que les liabilaiils, excités par un parent de Zénohie, 6gorgèrent tons les Romains qu’ils purent surprendre, et attirèrent ainsi sur eux-mêmes les plus terribles représailles.

Aiirélien, revenant sur ses pas avec son armée, se montra tout à coup devant ses murs, et s’en fit ouvrir les portes sans résistance; puis, abandonnant celte malheureuse ville au pillage, il fit égorger par ses soldats la plus grande partie des habitants. Celle cité, autrefois si florissante, fut alors presque entièrement détruite, et jamais elle ne se releva d’un si grand désastre.

De nos jours, quelques voyageurs ont parcouru avec intérêt les débris de cette ville célèbre, dont il reste encore quelques traces remarquables, mais presque totalement abandonnées : quelques familles arabes ou syriennes, qui ont construit leurs huttes grossières parmi les ruines imposantes d’un temple magnifique, en sont aujourd’hui les seuls habitants.

Le triomphe d’Aurélien, après son retour à Rome, est fameux par la magnificence qu’il y déploya.

Plusieurs chars enrichis de pierreries, et ornés de ciselures d’or et d'argent, précédaient celui du triomphateur; le primier était celui d’Odenat, que le vainqueur avait ramené de Palmyre; le second avait été donné en présent,

par le roi des Perses, à Aurélien lui-méme: le Iroisièmc apparlcnail à Zénobie, qui l’avait fait préparer dans le temps de sa grandeur, poulie jour où elle ferait son entrée victorieuse dans Rome , où elle était aujourd’hui prisonnière. Après celui-là venait un autre char attelé de quatre jolis cerfs, que l’on disait avoir appartenu au roi des Goths; et enfln celui où Aurélien était assis, traîné par quatre superbes éléphants.

Un nombre considérable d’animaux de tout espèce, lions, tigres, léopards, panthères, chameaux, escortés par huit cents gladiateurs, contribuaient à celte pompe d'un nouveau genre dont la marche était fermée par une foule innombrable do prisonniers de toutes les nations barbares et asiatiques, qui s’avançaient tristement les mains liées derrière le dos.

Au milieu de ces captifs, tous les yeux distinguaient Zénobic, tellement chargée de pierreries et d’ornements de toute espèce, qu’elle avait peine à en supporter le poids; les chaînes d’or que portaient scs pieds, ses mains et son cou, étaient soutenues par les gardes qui l’environnaienl.Ses enfants marchaientauprésd’elle.

La fière Zénobie, après cette cérémonie, où son orgueil eut tant à souffrir, fut traitée par le vainqueur avec tous les égards dus à une grande infortune. 11 lui assigna pour retraite une délicieuse maison de campagne à Tivoli, auprès des jardins d’Adrien, où elle finit pai-

siblement ses jours , comme si elle n’eut été qu’une simple dame romaine. Ses filles furent mariées à de grands personnages de Rome, et l’un de ses fils reçut d’Aurélien un petit royaume qu’il conserva toute sa vie.

Ce puissant empereur ne survécut que deux années à son triomphe: il péril victime de la trahison d’un de ses domestiques appelé Mke- STHÉE , et sa perle fut une véritable calamité pour l’empire, qui paraissait renaître sous ce grand prince.

Après la mort d’Aurélien , il ne se trouva plus personne qui osât accepter le trône, tant la puissance souveraine était devenue funeste à tous ceux qui l’avaient possédée.

Page 1